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  • Sylvain Lupari

PARALLEL WORLDS & DAVE BESSELL: Dystopia (2018) (FR)

“Sombre et troublant, Dystopia est un album d'atmosphères cinématographiques appartenant aux ambiances des films d'horreur”

1 Cipher 6:40 2 Filament 9:50 3 Underclouds 6:56 4 Into The Distance 8:50 5 Forest of Stars 8:56 6 Mutagen 5:37 7 Devoid 3:51 8 Mycelium 10:01

DiN 56 (CD/DDL 60:41)

(Dark ambient cinematic music)

C'est avec des vents sombres, certains avec une teinte de voix démoniaques, que Cipher nous introduit à DYSTOPIA. Les murmures d'une rivière de tons, des cliquetis et des ululements ornent une structure dont la signature est reconnaissable depuis le fameux Morphogenic. Trois riffs de clavier détournent notre attention de cet univers Méphistophélique autour de la 1ière minute. Une mélodie en suspension règne sur ces ambiances et guide Cipher vers un rythme ambiant, mais dansable, où les frontières de King Crimson et de Redshift n'ont jamais été aussi près l'une de l'autre. Éléments angoissants, décor d'outre-tombe, mélodie spectrale et rythme qui flirte avec un techno mou; voici les principaux éléments d'un album qui ne peut-être qu'une digne suite à ce troublant Morphogenic, paru sur étiquette DiN en 2012. Construite autour de 8 chapitres d'une durée moyenne de 7 minutes, la musique de DYSTOPIA dérange. Son approche est sombre avec des éléments percussifs qui flirtent avec une entité organique et où les larmes et les lames d'une guitare jouée par le guitariste de Node, Dave Bessell, forgent un univers spectral et certainement cinématographique. Les arrangements sont aussi ingénieux et complexes que les rythmes sont alambiqués. Ambiants ou légèrement animés par des fondations constamment déstabilisées, ils se promènent dans les pénombres de Redshift et/ou Node avec des filaments d'angoisse de Ramp. Un univers charmant et angoissant idéal pour un feu de soirée dans un cimetière, DYSTOPIA charme autant que dérange.

Filament propose aussi cette approche rythmique dont les évolutions restent à l'intérieur d'une structure à la fois ambiante et dansable. Riffs de clavier, pulsations sourdes et résonnantes ainsi que percussions claquantes; la structure s'unit à une énorme ligne de basse qui étend son ombre vampirique. Le mouvement se métamorphose avec de subtiles variances, mais son environnement est par contre dédié à une musique de films avec de très bons arrangements.

D'ailleurs son introduction est portée par une envolée de violons qui sculptent une ambiance flottante, comme une grosse rivière en suspension avec un débit ondulant. Arrangements obsédants en plus, Underclouds se colle plus à la structure et aux ambiances de Cipher. Inspiré par le roman sombre de William Gibson, Neuromancer, DYSTOPIA butine d'un titre à l'autre en apportant chaque fois un élément plus troublant. Into The Distance baigne dans des ambiances d'incantations pour magie noire avec un rythme sauvage qui explose au milieu de ses 9 minutes. La vision est très cinématographique d'un film genre Le Locataire ou encore le Bébé de Rosemary, 2 films de Roman Polanski. Peut-il y avoir une ballade dans cet album? Tendre et envoûtante, avec un petit zest chthonien, Forest of Stars en propose une! Mais c'est une ballade sise sur une structure d'ambiances nouée dans ces étonnants éléments percussifs de Bakis Sirros. Un clavier dépose de beaux accords ascensionnels enrobés d'une présence douteuse d'une six-cordes et de ses nappes fuyantes. Plus on avance, et plus Forest of Stars dévoile un voile d'intensité monté par ces arrangements sépulcraux qui promènent cet album d'une tombe à l'autre. Mutagen est un des moments fort de cet album. Tiraillée entre des ambiances toujours plus glauques et des phases de rythmes aussi intenses que sauvages, la musique remplie nos oreilles avec des riffs de guitare, et leurs résonances rock, et des percussions qui claquent comme des coups de matraque sur une peau de métal. Des arrangements digne d'un film d'horreur et une étrange mélodie glauque interviennent dans cette structure où des élans de danse pour Zombies sur méthadone se métamorphosent en voyage pour comateux. Puissant! Devoid est un titre lent qui pourrait être le visage plus diabolique de Forest of Stars. Il y a un petit truc à la John Carpenter de très séduisant sur ce titre. De ses 10 minutes, Mycelium termine DYSTOPIA avec une structure toujours aussi insaisissable où les riches éléments d'ambiances se tiraillent entre des structures de rythmes genre celles de Cipher ou encore Filament. Bienvenu dans le sordide univers de Parallel Worlds & Dave Bessell!

Disponible en 500 copies, DYSTOPIA est un album d'ambiances cinématographiques qui appartient au cinéma d'horreur. Le tandem Bessell/Sirros tisse ici un univers où tous les passages parallèles vers les sociétés chthoniennes sont ouverts le temps des 61 minutes. Les orchestrations et les arrangements dans les ambiances sont tissées dans l'effroi alors que les riffs de guitare et ses vapeurs d'iode qui flottent avec celles de synthé modulaire jettent une aura Méphistophélique à cet univers où un cerveau fragile pourrait se perdre pour toujours, tant les détails, surtout au niveau des éléments de percussions, et les moments de tension sont dépeints avec justesse. Un grand album où la folie trouve sa mesure!

Sylvain Lupari (07/09/18) ****½* SynthSequences.com

Disponible chez DiN

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© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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