• Sylvain Lupari

PATRICK KOSMOS: Monument (1988-2018) (FR)

“Monument est un bel album qui dépeint à merveille l’âge d’or de la MÉ tel que vu par un de ses pionniers visiblement oublié; Patrick Kosmos”

1 Monument 22:49 2 Sunburst 15:16 3 La Silence 3:46 4 Slowmotion 10:04 5 The Last Monument 16:07 Groove | GR-249

(CD/DDL 68:01) (Cosmic Rock, Berlin School)

Enfin, voilà une première chronique à propose de Patrick Kosmos! Et c'est à Ron Boots que nous la devons. Le boss de Groove s'intéresse de très près à la MÉ en provenance de la Belgique depuis qu'il a remasterisé le trop bon Let the Night Last Forever de Walter Christian Rothe. Deux autres rééditions d’albums de WC Rothe ont suivi, ainsi qu'une réédition du groupe AGE. Et maintenant, c'est au tour de Patrick Kosmos! Discret au niveau activités promotionnelles, Patrick "Kosmos" Wille De Wael s'est fait mieux connaître avec des apparitions à divers festivals ou en donnant des concerts dans des endroits assez typiques pour le genre (églises, planétariums, etc…). C'est durant ces prestations qu'il vendait ses cassettes dont plusieurs contenaient ses enregistrements en spectacle. Avec l'aide de son frère Philip, Ron Boots planifie de rééditer le catalogue de Patrick Kosmos. Et l'aventure débute avec MONUMENT, un album enregistré en concert au légendaire KLEM-Day de 1988.

Flottant du cosmos, la pièce-titre dérive jusqu'à nos oreilles avec les bruits cosmiques d'usage et des filaments sonores qui décrivent des lignes de feu dans le noir. D'étranges bruits s'ajoutent à cette ouverture riche de ses découvertes électroniques de l'époque, alors que des nappes traînant une lourdeur de violons pleureurs modulent une lente procession interstellaire. Des pulsations, très espacées, se greffent au mouvement qui se transforme en un fascinant chant Berbère. Ce chant fredonne une mélodie qui semble ancestrale ornée de cliquetis et de bons effets de percussions. Si le mouvement reste d'une lenteur magnétisante, il accueille d'autres percussions, plus vives, et des séquences résonnantes alors que le chant devient plus flûté. Cette lente ouverture s'étend sur les 10 premières minutes de Monument. Par la suite, le rythme s'anime avec une bataille de cliquetis et des percussions en verres dont le tumulte accentue la vélocité d'une ligne ascendante de basses pulsations. La musique explose plus que le rythme lorsque le point des 10 minutes arrive. La charge vient d'un synthé et de ses solos rageurs qui hululent comme ces effets extraterrestres dans le Twilight Zone des années 60. Les percussions sont toujours en mode claquettes alors que les séquences crachent du poids et que les orchestrations ajoutent un élan dramatique aussi fort que troublant. Un moment fort et très intense qui mérite sa finale éthérée. Sunburst propose une structure moins homogène. Après une ouverture ambiosphérique unique à cette époque, la musique explose en un bon rock cosmique avec des arrangements un brin orchestral, au niveau des nappes de synthé qui chantent en volant de ses ailes de violon. Même si les percussions affichent cette tonalité de boîte à rythme sans âme, certaines sont tout simplement délicieuses et conduisent une structure vivifiée par des séquences aux teintes contrastantes, soit basses ou en verres. Ces séquences sont le berceau d'un long intermède sans rythme soutenu, déployant des refrains rythmiques qui pétillent comme un xylophone en folie. Elles nous guident aussi vers la deuxième phase de Sunburst. De ses explosions de percussions philharmoniques, de ses rythmes éphémères et de ses chants flûtés qui démontrent toute l'adresse de Patrick Kosmos au Mellotron dont les brumes cotonneuses restent à la grandeur du décor de MONUMENT.

Majestueux dans son enveloppe séraphique, La Silence étend son manteau de mélancolie cousu dans des harmonies guidées par un synthé, ses ondes stridentes et ses parfums d'une flûte acérée. Le tout fond en une très belle berceuse dont les rayonnements dépassent nos frontières. Slowmotion est un titre qui me fait penser énormément à du Robert Schroeder, période 82-83. Le rythme est aussi lent que la pièce-titre, mais plus animé avec un excellent jeu du séquenceur, pour l'époque, et de ses moult effets percussifs. The Last Monument reprend un peu les essences de la pièce-titre mais dans une vision plus lento. Une ligne de basse vampirique module une procession accablante sous un ciel bardé d'effets stellaires. Peu à peu, des filaments s'extirpent de cette approche lente pour fuir vers une accélération du mouvement. Les percussions s'agitent en même temps que les séquences et les harmonies astrales se perdent dans un rock fougueux alimenté par de bons solos tonitruants et acérés. Sur un rythme purement électronique, cette phase rock de la guitare fusionne avec un synthé et ses orchestrations qui prennent une impressionnante forme de solos. C'est la guerre entre ce synthé et cette guitare, clouant un des plus violent rock cosmique lourd dans une étiquette de MÉ. Ce violent 5 minutes cherche ses repaires ambiants un peu avant la barre des 11 minutes, amenant The Last Monument vers une finale cinématographique, dramatique et très digne d'un album qui m'a donné des frissons plus qu'une fois. Vivement le prochain!

Sylvain Lupari 04/07/18 *****

SynthSequences.com

Disponible chez Groove NL

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