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  • Sylvain Lupari

PETER MERGENER: Creatures 2020 (2014) (FR)

Creatures 2020 est un superbe album qui nous amène au cœur du mouvement de la New Berlin School

CD 1 (54:58)

1 God Said 4:57

2 Crying Beast 6:25

3 Creatures 2020 7:34

4 Secret Night 6:06

5 People want More 9:20

6 Aliens Birth 5:29

7 Song for the Whales 14:31

CD 2

1 The Pride of Creation 6:30

2 Animal Voices 4:40

3 Lions Dance 6:47

4 The Moon and the Elephant 8:43

5 Whirling Waters 7:34

6 Insects Talk 4:49

7 Rain Forest 4:12

8 Morninglight 6:46

9 Treibjagd 3:34

10 Let there be More Light 9:04

Prudence ‎– 398.6834.2

(2CD 117:12)

(New Berlin School, Cosmic E-Rock)

Autant vous le dire tout de suite; je suis retombé en amour! Nous sommes au début des années 90. Ici la MÉ, telle que structurée et jouée par Klaus Schulze, Tangerine Dream, Ashra, Kraftwerk, Jean-Michel Jarre et Vangelis est devenue absente dans les médias écrits et très rarissime à la radio. Tous les dimanches, nous avons droit à une émission radiophonique nationale qui diffuse de la musique cosmique et une autre station indépendante qui diffuse 2 heures de New Age. C'est beau mais on est loin du traditionnel Berlin School où la MÉ a pris la tangente du numérique. Et c'est là que j'ai entendu Electronic-Universe de Software. Le titre, pas l'album. J'ai été tout de suite séduit par ces sons cosmiques si limpides. Ces séquences aux tonalités de verre qui flottent et qui dessinent aussi des rythmes circulaires dans des halètements de violons artificiels. Et j'ai sauté sur tout ce que Software faisait. Bon comme pas bon! Et j'ai toujours recherché ce son, les années après le départ de Peter Mergener qui m'avait pourtant bien chatouillé les oreilles avec son Instinctive Traveller en 1996. Je l'ai finalement retrouvé en CREATURES 2020. Pourtant ce dernier album de Peter Mergener n'est pas une nouveauté, loin de là. C'est une fusion de 2 albums qui ont précédé son premier départ de Software en 1991, Creatures, et un autre album produit en 1994, Let There Be More Light (Creatures II). CREATURES 2020 est un double-CD où Peter Mergener a révisé et remasterisé les 19 titres de Creatures I et Creatures II, fondant les épiques Song for the Whales et Let there be More Light en un titre, créant des nouvelles versions de Creatures, Secret Night, Lions Dance, Rainforest et Let there be More Light et ajoutant aussi 4 nouveaux titres; Insekts Talk, Morninglight, The Pride of Creation et Treibjagd à cette fresque électronique allégorique qui nous replonge merveilleusement dans le splendide univers cosmique d'Electronic Universe.Une ouverture très théâtrale, quasiment dramatique, introduit God Said dans les tonnerres des roulements de tambours symphoniques. On y entend les souffles des anges se perdent dans les aurores des Voies Lactées et de leurs violons artificiels qui soupirent de fines harmonies valsantes. Et c'est l’explosion! De fines particules soniques aux tintements disparates explosent ici et là sur les doux battements réguliers d'un cœur cosmique.

Une voix d'outre-monde expose un récit de cette genèse alors que tout doucement God Said flotte à la dérive pour se rouler dans les vagues introductives de Crying Beast et de son délicat rythme sphéroïdal tissé dans des accords de séquences aux tonalités d'harpe. La richesse de ce double-CD réside dans ces merveilleuses séquences aux fragiles tintements de coups d'enclume ou de xylophones qui dessinent des rythmes hybrides dont les figures insaisissables se lovent et s'entrecroisent dans des formes aussi allégoriques que leurs tonalités. Le monde de Software s'ouvre alors à nos oreilles avec ce délicat rythme ambiant qui tournoie dans des gazouillis d'oiseaux, des stries de synthé aux chants éthérés et des cris d'animaux sauvage. Une guitare éparpille des solos rêveurs alors qu'une autre ligne de séquences pilonne une structure de rythme vertical avec ses bonds linéaires qui sautillent dans les ombrages des coups de percussions dont les martèlements cherchent une véritable structure de rythme parmi des échantillonnages orchestraux saccadés et des solos de guitare qui mordent l'oreille avec une combinaison de riffs. Chaque titre ici est une corne d'abondance musicale et regorge de ces structures ambivalentes où rythmes et ambiances copulent avec une diversité très colorée à l'intérieur de ses espaces temps. Et nous tombons dans la jungle avec la pièce-titre et son amalgame de percussions/séquences qui tangue dans des brises de synthé aux arômes très TD. Tranquillement le pilonnement des percussions/séquences féconde un rythme lourd dont la structure stroboscopique hoquète dans des solos de synthé très lyriques. Très bon. Je n'ai jamais entendu aucun de ses deux albums auparavant. Mais j'aime ces séquences qui valsent et tournoient dans des ambiances très Tangerine Dream et du New Berlin School. Secret Night offre une intro panoramique et cosmique ambiante (j'entends du Vangelis) qui étend son enveloppant manteau sonique vers de fins tic-tacs séquencés qui fondent en un doux down-tempo lunaire. Ambiant et musical (j'adore ces flûtes à la Fluting Electronic Universe), le rythme reste doux et cosmique avec un chant d'étoiles qui scintillent avec une netteté poétique avant d'emprunter une délicate approche tribale à la Mike Oldfield avec de fines séquences qui tambourinent et gazouillent dans des rots et riffs de clavier aux fragrances très cosmiques. Après le robotique et Teutonique rythme très enlevant de People want More, et de sa furieuse guitare, ses orchestrations saccadées et ses chœurs allégoriques, Aliens Birth nous ramène à une dimension plus éthérée avec de fines percussions manuelles qui tambourinent un rythme perdu dans une ambiance plutôt organique. On se laisse enivrer, bercer par ces douces séquences Software aux tintes de verre qui valsent dans un univers ambiant. Un univers de paranormal qui chevauche une approche autant terrestre que cosmique où les délires électroniques caressent des structures tribales très psychédéliques. Après une intro cosmique, secouée de brusques élans orchestraux, de roulements de tonnerres symphoniques et de chants grégoriens cosmiques, les douces séquences de Song for the Whales scintillent et tracent un chemin onirique qui s'élève vers des chœurs intergalactiques. On nage en plein Electronic Universe II avec une structure ambiosonique flottante qui tantôt explose et tantôt se recueille dans les brises d'un cosmos qui semble être en étroite relation avec notre système. La seconde partie est tout simplement délicieuse avec une mélodie forgée dans des séquences harmoniques qui se perd dans un très beau chaos rythmique. CD2 présente une vision musicale plus contemporaine de l'œuvre initiale.

Que ce soit avec le très beau et tendre The Pride of Creation, et de sa belle approche cinématographique, ou encore le flottant The Moon and the Elephant, qui ressemble à Creatures 2020, ou la marche ambiante de Morningligh, Let There Be More Light (Creatures II) suit la tangente contemporaine des visions retouchées de Peter Mergener. Et que dire de Whirling Waters et de sa superbe guitare qui rêve dans une ambiance aussi insaisissable que son rythme électronique instable qui fini par être assez enlevant. Et toujours, nous avons cette impression de flotter à la frontière des deux mondes du co-fondateur de Software, surtout avec le très beau Let there be More Light. Ce deuxième CD est aussi plus dynamique avec des titres tel que Lions Dance et son jeu de séquences aux tonalités de flûte haletante, ou encore Rain Forest et ses poussières d'étoiles animées dans une gargouillante structure tribale, de même que Animal Voices qui atterrit dans nos oreilles avec ces échantillonnages vocaux et ses brusques arrangements orchestraux si uniques à la magie Software. Magique, le rythme est cosmique avec une ligne de séquences qui secoue des ions papillonnant dans le vide, alors qu'une autre ligne de séquences trace une douceur harmonique aux tonalités d'étoiles qui tournoie sous les sourdes frappes des percussions électroniques.

Peter Mergener était plus que la moitié de Software et ce CREATURES 2020 le prouve par dix. C'est un très bel album où l'auditeur, et fan de MÉ cosmique, est constamment inondé par ces vagues de séquences aux rythmes hybrides et aux tonalités allégoriques. Nous sommes submergés par des parfums d'Electronic Universe et Chip Meditation avec des échantillonnages de voix angéliques, des chœurs cosmiques et des brusques mouvements orchestraux qui surplombent des mouvements de séquences aux structures de rythmes aussi insaisissables que séraphiques. De Vangelis à Tangerine Dream, la musique caresse les berceaux de la New Berlin School avec une très belle symphonie électronique qui mérite amplement sa place dans votre discographie.

Sylvain Lupari (30 Avril 2014) ****¼*

SynthSequences.com

Disponible chez BSC Music

© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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