• Sylvain Lupari

RENE VAN DER WOUDEN: Tangerine Sands (2022) (FR)

Entre un Berlin School complexe et plus accessible, c'est une belle nouveauté de René

1 Impact Basin in Northern Hemispheres 21:00

2 First Signs on Mars Deserts 8:01

3 Seismically Active 4:45

4 Desert Storm Inferno 8:09

5 Tangerine Sands 19:39

Cyclical Dreams CYD 0048

(DDL 61:36)

(Progressive Berlin School)

Solide de sa carrière indépendante, René van der Wouden propose sa dernière création musicale au désormais célèbre label Cyclical Dreams. Il devient ainsi le 3ième artiste de renommée internationale, les autres étant Paul Ellis et Michael Brückner, à présenter un album-téléchargement sur le label Argentin. Et comme ce label aime proposer une musique électronique (MÉ) plus audacieuse, le musicien-synthésiste Hollandais a créé sur TANGERINE SANDS une musique inspirée par la planète Mars et ses déserts. Exploitant à satiété ses influences de Tangerine Dream sur les lourds mouvements du séquenceur, il nous livre un album qui égale la vision de son sujet sur deux longs mouvements qui cernent des explorations plus poussées au niveau musique. Et dans ce très bon album niche le plus beau titre que j'ai entendu de son répertoire qui en contient pourtant de très bons.

Des ondes de synthé de nature hybride, tant au niveau des effets que des couleurs, et des nappes de voix absentes ornent le panorama d'ambiances de la longue ouverture de Impact Basin in Northern Hemispheres. On y entend des sons et des effets vintage, ainsi que des airs flûtés de couleurs cuivrées qui nous amènent à ce mouvement dandinant du séquenceur autour de la 6ième minute. La ligne de rythme est minimaliste avec une texture finement ondulante qui se rapproche du thème de Halloween dans une vision qui est moins dramatique. Des lignes de réverbérations et des fredonnements accompagnent cette paisible procession de rythme ambiant qui revêt un caractère plus dramatique lorsque de gros accords résonnants instaurent un climat d'inquiétude non loin de la 10ème minute. La résonnance de ces accords dessinent des ombres rampantes qui obscurcissent cette nappe de voix séraphique qui avait sis son emprise quelque part autour de la 8ième minute. Ce duel entre la noirceur et son contraire s'étire sur une distance d'un peu plus de 4 minutes, avant que Impact Basin in Northern Hemispheres arrive à sa première et unique phase de transition. Ce sont des voix devenues sibyllines qui relient la phase ambiante du titre vers un solide mouvement Berlin School avec des séquences aussi lourdes que vives qui structurent un mouvement ascendant aussi sombre qu'entraînant avec de subtils effets d'halètements métalliques qui ajoutent une dimension percussive à un dernier 5 minutes infernal. First Signs on Mars Deserts propose une texture plus complexe et oppose ses résonnantes ondes cuivrées, bourdonnant comme d'immenses carillons, à des harmonies de flûtes soufflées comme si c'était le centaure Newton dans Le Puissant Hercule. Ce duel amenuise son impact, même avec ses quelques soubresauts, pour se perdre dans un fascinant mouvement organique du séquenceur au milieu de la 3ième minute. Le rythme est feutré avec une ligne de gargouillements, ou de bruits de gorge, qui reste plutôt discret même avec ses oscillations spasmodiques dans un décor de Mars rougeâtre, comme dans le film Planète Rouge de Antony Hoffman mettant en vedette Val Kilmer.

Atmosphérique, Seismically Active suit avec une vision de tempête sur Mars avec de violentes bourrasques qui ne dérangent pas la texture cinématographique des orchestrations légèrement en mode alerte. René van der Wouden réussit à attacher sa vision musicale aux ambiances de Desert Storm Inferno qui respire vraiment l'âme de son titre. La progression est plus lente que dans Seismically Active avec de chaudes brises creuses qui soufflent et sillonnent Mars avec des orchestrations brumeuses. Le séquenceur active les ambiances avec un autre mouvement spasmodique quelque secondes après la 4ième minute. Les oscillations adoptent une structure minimalistes avec des tonalités qui s'apparentent à un langage de communication sous formes de bip. Et ces 4 dernières minutes du titre se passent sous un ciel orageux, tel que mis en scène avec de vrombissantes nappes de synthé réverbérantes et des solos de synthé agressifs dans ses tortillements. Honnêtement!? Ces trois derniers titres demandent un peu plus d'amour et d'ouverture d'esprit afin de faire une correcte association entre les visions de l'artiste Hollandais aux significations de ses titres. Une connexion très bien réussie en passant! C'est de cette façon que nous arrivons au fameux joyau de TANGERINE SANDS, sa pièce-titre. Son introduction est nourrie de bruits usuels et de demi-cerceaux qui ondulent maladroitement dans une sphère qui se remplit de wah-wah étirés jusqu'à déformation et de grondements réverbérants. On peut aussi entendre des chants d'oiseaux synthétiques et des effets psychédéliques modernes…comme ce sourd battement qui solidifie de plus en plus sa présence. Discrète dans ce panorama de bruits, une nappe cousue de murmures et d'orchestrations émerge pour coucher des mélodies ambiantes rappelant le mirifique univers de Vangelis. On franchit la 6ième minute que déjà les premiers frissons s'installent. Je me surprends même à espérer une suite qui emprisonnerait nos émotions dans un genre de boléro émotif. Les orchestrations, les murmures, les diverses harmonies claironnées et les chants de flûtes dans une horizon musicale qui se dissout emmurent mon souhait. Tangerine Sands et son rythme battant la mesure comme un marathonien battant le bitume progresse avec une splendide vision d'un Berlin School dominé par l'immense tendresse du musicien qui ne cesse de multiplier ces frissons qui rendent ce contact si unique entre le musicien et son auditeur. Le rythme devient plus sec, plus tranchant alors que la flûte reste si onirique jusqu’à une finale où nos émotions rencontrent un nœud, sinon deux, où elles chavirent momentanément pour être finalement récupérées par la beauté d'un titre qui est à René van der Wouden ce que I Remain est pour The Glimmer Room, ce que Set the Control for the Heart of the Mother est pour le duo Schulze/Namlook; soit un classique de MÉ moderne. Ne serait-ce que pour ce titre, TANGERINE SANDS vaut amplement le prix de son téléchargement. Sauf qu'il n'y a pas juste la pièce-titre pour chauffer nos émotions à bloc. Un autre excellent album, et de René et de Cyclical Dreams!

Sylvain Lupari (09/03/22) ****½*

SynthSequences.com

Disponible au Cyclical Dreams Bandcamp

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