• Sylvain Lupari

ROGER UNIVERSE: Earth Express (2022) (FR)

N'est pas Jarre qui veut l'imiter ou lui rendre hommage, mais c'est un bon opus du rock cosmique français

1 Arrival 1:31

2 Awakening 3:37

3 Electrogravity 5:55

4 Far Away 9:23

5 Mariana Trench 7:59

6 Under Ground Over Unity 5:36

7 Sacrifice 5:44

8 Infinite Potential 8:38

9 Memories of Past Futures 6:46

10 Epilogue: Far In 7:02

Spheric Music SMCD3020

(CD/DDL 62:15)

(French Cosmic Rock)

Lorsqu'on fait la promotion d'un album en spécifiant qu'il sonne comme du Jean-Michel Jarre du temps de Oxygène et Équinoxe, ça attire inévitablement les curieux comme les fans de la glorieuse époque du musicien français. C'est de cette façon que les penseurs du label Allemand Spheric Music font la promotion de EARTH EXPRESS, un nouvel album d'un musicien au nom étrangement prédestiné pour le genre, Roger Universe. Maintenant, est-ce vrai que ça sonne tel que présenter? Oui! Les 62 minutes de cet album sonne littéralement comme du Jarre. Un Jarre effectivement qui revient dans le passé en retravaillant ses premiers albums de façon à leur donner une texture musicale et sonore qui défiera le temps. Parce que ce EARTH EXPRESS possède toute une texture sonore! Ulrich Mühl est l'homme derrière Roger Universe. Journaliste et rédacteur dans le domaine du jeu vidéo, il a commencé à tâtonner la musique électronique (MÉ) dans les années 80 sur les ordinateurs C64 et Amiga. Il a abandonné cette option afin de se consacrer à des enregistrements vocaux pour les jeux vidéo. Il a recommencé à faire de la MÉ au milieu des années 2010. Il a composé plusieurs titres, tous inspirés par JM Jarre, avant de décéder en janvier 2022. Avant son décès, il a demandé à Gerald Arend, de Klangwelt, son ami de longue date, de finaliser le montage et de mixer EARTH EXPRESS pour le présenter au public.

Arrival nous fait découvrir d'emblée toute la magnificence musicale de cet unique album de Ulrich Mühl. Le son est riche et les diverses sources s'entremêlent dans une intense vision dramatique. L'offrande débute avec un long bourdonnement qui voyage sinueusement entre des séries d'accords de clavier qui tombent en saccade. Ces accords possèdent déjà cette tonalité harmonique des premiers albums du célèbre musicien français. Des vents cosmiques, des basses pulsations éparses et une nappe de basse complètent ce décor cosmique où l'intensité des arrangements est aussi dense que la multiplication des couches de sons. Nos oreilles trempent dans un univers qui transcende ceux de Oxygène et Équinoxe. Vents cosmiques, arpèges scintillant comme des étoiles, mélodies évasives, arrangements lunaires, sourds élans de basse, rythmes électroniques interrompus par des phases atmosphériques, et j'en passe sont autant d'éléments et/ou de textures musicales qui ornent chaque composition de cet album. Parfois, nous retrouvons tous ces éléments à l'intérieur d'un seul titre, témoignant du travail de moine que Gerald Arend a effectué afin de rendre cet album le plus immortel possible. C'est comme si Jarre décidait de remixer ses albums en y injectant de massives couches de musique tout autour. Chaque titre est imbriqué un à l'autre, créant une mosaïque de 62 minutes d'une MÉ cosmique sans interruption. Awakening porte l'essence, la signification de son titre avec une structure qui hésite à éclore dans un contexte atmosphérique bousculé par des accords de clavier. Les différentes teintes des arpèges organisent un combat mélodieux, genre stop'n'go, qui cherche à explorer une vision rythmique qui débloquera avec le dynamique Electrogravity. S'il y a un single, un succès commercial à soutirer de EARTH EXPRESS, c’est bien ce Electrogravity. Un titre énergique, un rock électronique construit sur l'épicentre de Oxygène 4 avec un dynamisme qui flirte avec Rendez-vous 4. Far Away est une longue pause atmosphérique construite sur un mouvement de rythme qui oscille en suspension. Des nappes de voix cosmiques, des arpèges scintillants et des élans pulsatoires d'une nappe de basse composent son décor cosmique que Gerald Arend ne cesse d'enrichir avec cette constante idée que la musique peut exploser à tout moment. Par la suite, Mariana Trench nous rappelle comment Jarre aimait terminer ses albums avec un genre de Rumba cosmique. Une belle ballade lunaire!

Mélangeant phases de rythmes funks et phases atmosphériques et mélodieuses, guidées par des solos de synthé très musicaux, Under Ground Over Unity nous plonge plutôt dans le genre de En Attendant Cousteau, la portion rythme des îles caraïbéennes. Sacrifice propose une phase atmosphérique cosmique avec de latentes élans de rythme qui meurent sur place. Les premiers instants de Infinite Potential restent dans cette texture atmosphérique cosmique avec des couches d'arpèges qui font tinter différentes sources d'harmonies, certaines sont même légèrement rythmique, sous des chants de synthé, ou des Ondes Martenot, qui nous ramènent à l'époque de Au-delà du réel. Un rythme aussi explosif que Electrogravity secoue nos haut-parleurs dès la 3ième minute franchie. Enveloppé de ces chants d'extra-terrestres, il bat sur des séquences explosives, de solides basse-pulsations et des arpèges séquencés qui multiplient les couches harmoniques dans le dernier tiers du titre. On ne peut faire plus Jean-Michel Jarre que dans l'ouverture de Memories of Past Futures. La valse des nappes de synthé s'accroche à un mouvement pulsatoire d'une ligne de basse-séquences. Ça donne un rock cosmique tourant au ralenti et qui zigzague entre de lentes orchestrations lunaires. Une fabuleuse nappe d'orgue injecte une dose dramatique à ce genre de procession cosmique qui s'accroche bien plus à la vision mélodieuse de ses lignes d'arpèges, même si des claquements percussifs excitent les sens vers la finale. Les vents cosmiques reviennent hanter EARTH EXPRESS dans sa finale avec Epilogue: Far In. En fait, ils dominent cette longue structure tout en balayant les effets de voix déraillées par la portée d'un vocoder.

N'est pas Jean-Michel Jarre qui veut bien l'imiter ou lui rendre hommage, tant il en a été influencé! Bien que ce EARTH EXPRESS soit l'album le plus près des véritables essences de Jarre, exception faite du superbe Music from France de Frédéric Mercier, il n'a pas cette profondeur, cette vision de spontanéité du célèbre musicien français. En contrepartie, c’est un très bel album de MÉ que Roger Universe (Ulrich Mühl) nous offre comme ultime testament artistique. Soulignons aussi l'excellent travail de Gerald Arend qui parachève ainsi une vision plus qu'intéressante de ce que Jarre aurait pu créer à la suite de Oxygène 7–13.

Sylvain Lupari (20/08/22) *****

SynthSequences.com

Disponible chez Spheric Music & CD Baby

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