• Sylvain Lupari

STEVE ROACH & ERIK WOLLO: The Road Eternal (2011) (FR)

C'est une expérience musicale qui chevauche de longues poussées silencieuses et nocturnes de synthés et de guitares sur des rythmes absents de séquences

1 The Road Eternal 21:21

2 Depart at Sunrise 9:16

3 The Next Place 12:15

4 First Twilight 4:35

5 Travel by Moonlight 10:06

6 Night Strands 5:16

PROJEKT| PRO00259 

(CD/DDL 63:30)

(Experimental ambient music)

La beauté de THE ROAD ETERNAL est son évolution et toutes les ramifications que sa pièce-titre étale tout au long de cette deuxième collaboration Wollo & Roach. Si Stream of Thought avait résulté en un album où l'ambiant régnait sur quelques structures électroniques, THE ROAD ETERNAL en est tout le contraire. C'est un album vivant où les deux maîtres des illusions sonores moulent des rythmes et ambiances aussi envoûtants que perplexes sur d'hypnotiques structures minimalistes où les séquences sont habilement forgées dans de superbes couches d'une fusion synthés et guitares. Il en résulte des rythmes étonnants où les mélodies ululantes émanant des lamentations de guitares et de synthés flottent et nagent dans le cosmos comme de célestes harmonies en contradiction avec les rythmes croissants. Et lorsque l'on y jette un peu l'oreille, on a la vague impression d'entendre une fusion de Structures from Silence et @shra de la gang à Manuel Göttsching. Préparez-vous à quelque chose d'inattendu car il est aussi difficile d'entrer dans les ambiances de THE ROAD ETERNAL que d'en sortir. Chronique d'un album étonnant et d'un autre petit chef d'œuvre de l'ami Steve qui, décidément, continue d'étonner et de charmer.

Le tout débute comme si nous étions dans le cosmos, assis sur le bord d'une rivière qui scintille d'arpèges miroitants. D'oblongues couches musicales, de ce qui semble être une fusion synthés et guitares, poussent de lentes lamentations qui s'entrecroisent et flottent paresseusement dans un firmament chimérique où la quiétude emplie l'espace. L'effet lourd, ambiant et dramatique n'est pas sans rappeler les années analogues de Ashra Temple. Un rythme se dessine en arrière-plan, mais ce ne sont pas avec des séquences. Ce sont de nerveuses nappes de synthé dont les élans saccadés se heurtent, formant un mouvement rythmique chaotique qui sautille nerveusement. Cette ligne rythmique linéaire insufflée de soubresauts est tout simplement géniale. Elle palpite avec une douce frénésie et roule en boucle comme les vaguelettes sur une mer qui s'éveille. Et la mer s'éveillera. Peu à peu ce rythme s'anime avec l'ajout de fines et subtiles pulsations-percussions, alors que le ciel devient parsemé de fines étoiles musicales qui scintillent et défilent comme dans les années vintages de Klaus Schulze et que de lentes couches astrales survolent The Road Eternal de délicats mouvements d'errance. Une idyllique fusion qui nous amène en mi-parcours, là où les lamentations de guitares percent cette rythmique saccadée et là où le rythme devient de plus en plus animé. Nous sommes dans les labyrinthes musicaux de Steve Roach avec une suave et envoûtante évolution qui s'agite finement avec l'ajout de percussions et de pulsations hétéroclites uniques à son univers, alors que de délicates couches morphiques d'une fusion synthé/guitare sont suspendues et ondoient en contraste avec cette cadence progressive. Les boucles minimalistes du rythme fragile de The Road Eternal hoquètent sur une progression chevrotante. Toujours aussi vaporeux ce rythme se fracture avec une approche nerveusement syncopée qui palpite frénétiquement sous les ensorcelantes couches et lamentations de guitare. Une guitare solitaire qui libère de superbes solos morphiques. Des solos isolés sur une cadence sans séquences mais qui chevrote dans une panoplie de sonorités et percussions hétéroclites des structures claniques qui sont les charmes de Steve Roach. Et The Road Eternal s'éteint comme il s'était allumé, laissant ses empreintes musicales sur les 5 autres titres suivants.

Depart at Sunrise étale ses longilignes et sombres ondes comme les lents vols d'un aigle à l’affût. Une intro ambiante assortie de douces couches éthérées et de suaves lamentations d'une guitare écorchée qui sont finalement entraînées par une délicate rythmique qui sautille finement du bout de ses accords. Une cadence aux soubresauts délicieusement harmonieux, tissé un peu comme celle de la pièce-titre, inondée de superbes couches de synthé et soutenue par d'étonnants roulements de billes glauques qui sont les étonnantes étrangéités d'un univers de percussions unique à l'imagination débordante de Steve Roach. Et, lascivement, les couches de synthé et les lamentations de guitares flottent au-dessus de cette rythmique chaleureusement envoûtante et étonnamment morphique pour un titre qui offre une cadence tout de même assez vivante. The Next Place est un long titre qui fourmille d'une vie animée par un mélange de pulsations et percussions composites. Un univers de percussions qui palpitent et roulent à un bon débit sur de légers riffs de guitares et de moulantes ainsi que mouvantes couches de synthé. Un titre qui s'apparente énormément à Travel by Moonlight qui lui est par contre plus sinueux, ambiguë et hypnotique. Délicat, First Twilight flotte au-dessus de nos songes comme un ange au-dessus de nos rêves. La fusion des couches de synthés et guitares façonnent un univers de solitude extrême sur ce titre ambiant, tout comme dans Night Strands qui est par contre plus métallique et qui baigne dans une faune sonore éclectique sur un fond de guitare à la Michael Rother.

J'ai adoré THE ROAD ETERNAL, autant la pièce-titre que les 5 autres bijoux d'une texture musicale similaire mais au final tellement différente. Cet album est une expérience musicale qui chevauche les longues envolées silencieuses et nocturnes des synthés et guitares autant ambiantes que spectrales sur des rythmes absents de séquences. Des rythmes inusuels et inusités, témoins d'une recherche sonore qui établit Steve Roach et ses collaborateurs dans une classe à part dans ce monde musical en constante évolution. Cette deuxième collaboration avec Erik Wollo est un coup de génie et un travail minutieux qui amène à un résultat tout simplement génial. C'est de la poésie sans mots, un livre de chevet fait de sons et un incontournable compagnon des nuits vides où l'on cherche à comprendre ce que l'on fait sur cette route qui, par moments, nous semble tellement éternelle.

Sylvain Lupari (22 juin 2011) ****½*

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Disponible au Projekt Records Bandcamp

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