• Sylvain Lupari

STEVE ROACH: Etheric Imprints (2015) (FR)

Comment ne pas être séduit par un album qui mélange les parfums ambiants de The Delicate Forever, la série Immersion et le grand Structures from Silence?

1 Etheric Imprints 29:44 2 Indigo Shift 12:07 3 Holding Light 17:15 4 The Way Forward 14:49 Projekt | PRO319

(CD/DDL 73:56) (Deep Ambient EM)

Qu'est-ce que Steve Roach peut bien avoir de bon à nous charmer? Bon an mal an et d'album en album, le magicien des ondes cérébrales parvient toujours à hausser ses œuvres à un niveau que très peu atteignent. Et lorsqu'ils le font ce n'est que pour l'instant d'un album. Après sa très intéressante incursion dans l'univers des rythmes ambiants finement secoués par les délicieux mouvements de séquences du modulaire du Synthesizer System, le barde des ambiances intimement introspectives revient cette fois-ci avec un opus de musique purement méditative. ETHERIC IMPRINTS propose 4 longs titres où les éléments sonores sculptent les empreintes d'instruments que nos oreilles reconnaissent au travers leurs lentes vibrations agonisantes. C'est un monument de tranquillité où les ombres flottent malicieusement, comme pour entrouvrir les portes d'un autre univers de perceptions.

La très longue pièce-titre ouvre avec un genre de murmure qui se fond dans une lourde ombre patibulaire. Certains y entendront un long drone sourd ou encore un instrument à cordes qui torture son âme et se lamente lentement dans des brises gutturales, alors que d'autres n'y percevront que les réverbérations des ombres qui se projettent dans les notes esseulées d'un piano. La magie Roach opère illico avec cette façon qu'il a de superposer ses notes, et surtout leurs ombres, dans une mosaïque sonore qui se veut bien souvent une posologie contre la constante course contre le temps qui peu à peu émiette notre vie. Ici les ambiances sont autant immersives que dans la série Immersion, mais avec les reflets des notes d'un piano très méditatif. Des notes qui tombent dans un abysse sans fond pour en orner des parois où chuchotent les murmures d'ombres géantes et pleurent les réverbérations des lignes d'un synthé absolument noir qui s'agglutineront toujours comme une nuée d'ombres menaçantes. Indigo Shift se veut le reflet de Etheric Imprints. Ici les notes de piano deviennent les ombres alors que les lignes de synthé étendent un aura sibyllin avec un amas de graffitis soniques qui étiolent leurs lignes en de longues bises létales. Les ambiances sont lourdes, tant que nous perdons d'oreilles les reflets des notes de piano. Elles nous enveloppent d'un puissant rideau de sons rempli de lamentations écarlates et où erre un semblant de cacophonie qui perturbe les ambiances de Indigo Shift, contrairement à la pièce-titre qui se veut un lent coït cérébral dont le seul orgasme reste l'atteinte de notre niveau de quiétude. Après cette longue ode ambiante sibylline, Holding Light est le titre le plus près des usuelles élégies ambiantes de Steve Roach. Le bonheur est dans nos oreilles! La couleur des sons est riche avec de lentes et de longues nappes de synthé qui flottent et roulent comme des vagues astrales. Un peu plus et nous dérivons dans les secrets de Structures from Silence. Donc, comment ne pas tomber sous les charmes de Holding Light? The Way Forward ne s'éloigne pas trop de la musicalité de Holding Light en présentant une structure qui mélange splendidement les deux extrêmes de ETHERIC IMPRINTS. L'enveloppe texturale des lignes de synthé projette une onde cosmique alors que les lamentations, plus visibles ici que sur Etheric Imprints, sonnent vraiment comme un violoncelle que l'on caresse avec un archet de plomb. C'est lent et c'est lourd, alors que d'autres lignes de synthé, plus vivantes, virevoltent avec calme, comme ces dernières vagues qui déroulent les derniers moments de colère des océans.

Littéralement scindé en deux visions, ETHERIC IMPRINTS est le Ying et le Yang d'une ode où les contrastes sont intimement liés par les besoins de l'un pour l'autre. Autant c'est sibyllin, autant c'est séraphique. Et c'est aussi du grand Steve Roach qui mélange savamment les fragrances de The Delicate Forever aux noires ambiances de sa série Immersion tout en chatouillant les fantômes de Structures from Silence. Et avouons qu'avec un tel arsenal, nous ne pouvons qu'être totalement envoûté! Magique et mirifique...c'est du grand Steve Roach.

Sylvain Lupari (22/07/15) *****

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Disponible au Projekt Records Bandcamp

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