• Sylvain Lupari

TANGERINE DREAM: Legend (1985) (FR)

“Legend est une bande sonore magique qui ajoute une profondeur poétique à un superbe film qui n'aurait jamais été le même sans cette musique”

1 Is Your Love Strong Enough 5:10 2 Opening 2:55 3 Cottage 3:23 4 Unicorn Theme 3:27 5 Goblins 3:03 6 Fairies 2:57 7 Loved by the Sun 5:57 8 Blue Room 3:24 9 The Dance 2:23 10 Darkness 3:05 11 The Kitchen/Unicorn Theme Reprise 4:49

Varèse Sarabande | VSD 5645

(CD 40:33) (V.F.)

(Melodic Berlin School)

Ridley Scott aura produit les 2 films qui auront marqués ma turbulente vie de jeune adolescent; Blade Runner et Legend. Deux magnifiques films qui ont un point en commun; de la très belle musique. Mais à chaque fois, une musique qui a causé tout un imbroglio auprès des fans. LEGEND c'est l'histoire d'une jeune et jolie princesse qui est convoitée tant par le bien, incarné par l'innocence, et les forces du mal, incarnées par un puissant Minotaure, qui cherche avant tout à pervertir la belle en tuant ces deux licornes. C'est un superbe conte fantaisiste que Tangerine Dream embellit encore plus avec une musique qui épouse à perfection l'histoire et les images. Initialement c'était Jerry Goldsmith qui devait faire la musique, mais les penseurs et décideurs de la Universal Studios ont demandé une musique plus jeune, plus moderne. Deux versions allaient naître; l'une avec la trame sonore de Tangerine Dream pour le marché Nord-Américain et le reste de la planète aurait la musique de Jerry Goldsmith. Au-delà de cette confusion artistique, LEGEND est le dernier véritable album du Dream avec Johannes Schmoelling. Et en ce qui me concerne, c'est le genre d'album qui donne une deuxième dimension aux très belles images du film et qui a un effet inoubliable pour le reste de votre vie. Comme Blade Runner mais avec une approche nettement plus poétique. Après un titre pop, à la hauteur du répertoire de Bryan Ferry, la magie de Tangerine Dream et de leur musique aux arômes de contes fantastiques envahit nos tympans.

Opening ouvre avec une flûte incisive et ses souffles de poésies médiévales qui flottent dans une ambiance intrigante. Des strates et des chœurs bercent ces souffles obscurs dont les brèves harmonies cisaillent nos tympans avec des souffles enchanteurs qui hanteront nos oreilles tout au long de cet opus. Cottage est une sublime berceuse féerique où la beauté et la noirceur cohabitent dans un ballet méphistophélique. Le refrain, assaisonné par un superbe arpégiateur, semble avoir inspiré Franke et Froese pour Alchemy of The Heart sur Tyger. C'est une superbe pièce qui charme dès la première écoute, tout comme Unicorn Theme dont la structure onirique servira de tremplin à Loved by the Sun. Cette structure est le cœur d'une musique qui resplendit à merveille les ambiances mythiques et romanesques de cette période médiévale. Le titre plonge dans une ambiance angoissante avec des percussions magiques, des séquences aux tonalités de bois et des orchestrations qui tissent une course folle à travers une forêt enchanteresse et l'antre de sa folie. Cette course se poursuit avec Goblins et son ténébreux passage à vide où règne une forte odeur méphistophélique. Fairies continue d'émietter ce parcours rythmique cacophonique avant d'épouser les harmonies d'une étonnante berceuse pour magie noire avec un beau duel de souffles du mellotron qui chante dans des poussières ensorcelées.

Jon Anderson démontre toute la magie de sa voix en étant le seul vocaliste capable de suivre la musique éclectique du Rêve Mandarin. Sa voix sur Loved by the Sun, issue de la partie superbement mélodieuse de Unicorn Theme, est sublime. Et lorsque des voix elfes récitent; Sweet songs of youth, the wise, the meeting of all wisdom et to believe in the good in man la sueur s'étend sur notre épine dorsale, démontrant l'ultime magie d'une musique sur des images à la démesure de nos attentes. Chaque titre est inondé de cette ambiance phare qui édicte les émotions sur ces superbes images. Ainsi Blue Room étend son tapis d'ambiance ténébreuse où flottent des chœurs en rédemption et des lignes de synthé aux ululements stridents égarées dans une forêt aux mille mystères sataniques alors que The Dance est tout son opposé avec une ambiance juvénile. C'est une superbe ballade d'un folklore moyenâgeux où la virginale princesse danse et danse dans des harmonies enivrantes. Le souffle de la Bête au cou, elle donne son innocence à travers cette superbe valse sphérique habilement conçue par le trio Berlinois. Avec ses chœurs noirs aux souffles gutturaux Darkness, le nom de la Bête, est aussi intrigant et dérangeant que Blue Room, mais avec une touche diabolique nettement inspirante. C'est un titre aux ambiances noires qui se conclut avec des martèlements de percussions et un nuage de souffles flûtés. The Kitchen/Unicorn Theme Reprise termine le LEGEND de Tangerine Dream avec des brises nerveuses qui tremblent dans un tourbillon infernal où percussions et séquences tissent les bases d'un rythme qui trépigne lourdement dans les phases de l'apocalypse que la guitare d'Edgar Froese mord de solos vindicatifs avant de sombrer dans les douceurs réconfortantes de Unicorn Theme et de sa mélodie aux souffles virginales.

LEGEND est une superbe trame sonore qui ajoute une profondeur poétique à une œuvre fantastique. Et pour bien rendre hommage à cette musique, la version DVD offre la possibilité d'entendre la musique du Dream sur les images amputées des dialogues, mesurant ainsi tout l'impact de ce petit chef-d'œuvre de musique cinématographique où les images prennent tout leur sens à travers ces douces ambiances autant oniriques que méphistophéliques. J'ai vu le film avec la trame sonore de Jerry Goldsmith, et l'impact sur les émotions (vous savez, ces petits détails qui donnent la chair de poule) n'a jamais approché celle de la musique de Tangerine Dream. Et en revanche, j'écoute la musique sans les images et j'ai toujours ces petits frissons d'angoisse qui courent sur la colonne de mes émotions. C'est un album magique et sombre qui renferme des passages d'une extrême beauté. C'est un voyage dans les beautés perverses d'un abysse à glacer le sang.

Sylvain Lupari (05/11/06) *****

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