• Sylvain Lupari

TANGERINE DREAM: Pergamon (1986) (FR)

Pergamon est encore un autre classique et l'un des derniers vestiges du trio le plus intéressant de l'histoire que la MÉ a connue

1 Quichotte Part One 23:33

2 Quichotte Part Two 22:38

Reactive/Esoteric | EREACD 1026 (CD 46:11)

(New Berlin School)

PERGAMON est l'histoire typique du cheminement des raretés de Tangerine Dream qui s'écoulaient à prix d'or dans les circuits alternatifs des bootleggers de l'époque et plus tard sur eBay. Tiré lors de deux mémorables concerts performés en Allemagne de l'Est le 31 Janvier 1980, PERGAMON arrive pourtant 6 ans après la sortie de Tangram et présentait aussi le tout dernier membre de Tangerine Dream: Johannes Schmoelling. Ces concerts amenèrent les célèbres bootlegs White Clothes, Staatsgrenze West et Don Quixote. Et lorsque le concert en soirée fut retransmis près de 1 mois plus tard par une station de radio, il y a eu une recrudescence d'enregistrements pirates disponibles en format cassette qui circulaient partout en Europe. C'est dans cette foulée que paraissait Quichotte, un premier album officiel disponible seulement en Allemagne de l'Est sur le label Amiga, en Juin 1980. Près de 6 ans plus tard Virgin s'emparait des droits, et distribuait Quichotte au niveau international sous le nom de PERGAMON. Et 25 ans plus tard, après plusieurs bootlegs et un superbe enregistrement en entier du spectacle disponible via le Tangerine Tree (Vol. 17), PERGAMON fait son neuf avec un remixage par le label Esoteric qui, à défaut d'apporter quelque chose de nouveau, offre une pochette vivifiée et un beau livret de 16 pages rempli de belles photos. Était-ce nécessaire? Humpfff! Et la musique? Ah oui, j'oubliais! PERGAMON est un magnifique album qui offre deux très beaux extraits d'un événement historique mémorable avec deux longs titres remplis des parfums sonores de Tangram.

Les notes d'un piano dramatique s'abattent avec éclat, enveloppant d'aise un Johannes Schmoelling timide qui étend les délicates harmonies d'une introduction qui le poursuivra tout au long de sa carrière. Le piano est mélodieux et ses notes défilent dans un chassé-croisé harmonieux, alliant rythme acoustique et rêverie en embrassant au passage des tintements qui sont plus perceptibles sur cette réédition. Le piano se fond dans les ondoyantes lignes d'un synthé éthéré, évaporant sa mélodie dans des strates bleutées qui flottent sur une ligne de basse au pas furtifs. Le synthé rappelle les ambiances des œuvres solos de Edgar Froese avec sa tonalité nasillarde. Et tranquillement, et dans ce que l’on peut présumer être un passage d'improvisation contenue, la ligne de basse, les séquences et les lignes de synthé valsent dans une incohérence harmonieuse qui dirige Quichotte Part One vers une phase rythmique qui galope avec fureur sur de lourdes séquences d'un séquenceur-basse. Ces séquences hoquètent de leurs élans désarticulés, moulant un rythme lourd et spasmodique qui se noie dans des solos de synthés dont les brumes et les harmonies vaporeuses dansent, virevoltent et chantent sur une structure lourde qui ne peut que décroître son tempo hargneux et belliqueux. Disons que c'est de la dynamite compressée!

Après un départ atmosphérique nébuleux où des lignes de synthé croassent dans une faune électronique bigarrée qui s'apparente à un vide interstellaire, Quichotte Part Two prend vie avec des séquences agiles qui alternent leurs touches sur les sourdes pulsations d'une ligne de basse. Des solos évasifs ondulant comme des spectres irisés recouvrent ce rythme embryonnaire qui est ardemment pilonné d'un incessant mouvement linéaire. Et la mélodie s'installe avec des accords de clavier qui sont déposés avec candeur, forgeant les préceptes d’un lourd rock progressif électronique qui croisse avec lourdeur sur des roulements de percussions électroniques. Et notre ami Edgar va torturer Quichotte Part Two de superbes solos d'une six-cordes enflammée et aussi vicieuse qu'hallucinante. Des solos qui sont une pièce d'anthologie dans l'univers de Tangerine Dream et qu'Edgar réussi à merveille à concocter pour une judicieuse insertion dans ces tourbillons de séquences lourdes qui survoltent les concerts magiques du Dream. Et tranquillement, Franke et Schmoelling saisissent les derniers cris de la guitare de Froese pour les joindre à des synthés mélodieux qui modèrent graduellement la cadence jusqu'au dernier souffle de Quichotte Part Two. Puissant et surtout intemporel!

PERGAMON est arrivé dans un contexte que personne n'attendait. Tangerine Dream avait délaissé ses longues structures aux odeurs d'improvisation contrôlée et de folies créatrices pour des titres plus courts. C'était un cadeau inespéré dans une période où le Dream voguait sur différents labels à la recherche d’une identité artistique qui inquiétait leurs fans. C'est un superbe album qui démontre encore toute la magie derrière ce mythique groupe Allemand qui avait encore des choses séduisantes, en portions parcimonieuses, à offrir à ses fans. Voilà bien un des derniers vestiges du trio de MÉ le plus rock que l'histoire ait connu; Franke-Froese-Schmoelling. Un incontournable, un indispensable, un autre classique!

Sylvain Lupari (05/11/06) *****

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