• Sylvain Lupari

TANGERINE DREAM: Phaedra (1974) (FR)

“Phaedra est à la Musique Électronique ce que Sgt Pepper's est au rock”

1 Phaedra 16:45

2 Mysterious Semblance at the Strand of Nightmares 10:35

3 Movements of a Visionary 7:55

4 Sequent C 2:17

Virgin V 2010

(CD 37:48)

Berlin School

PHAEDRA est à la Musique Électronique ce que Sgt Pepper's est au rock; un album phare qui influencera une multitude de musiciens et révolutionnera le monde de la musique expérimentale, psychédélique et électronique. Situons-nous dans le contexte! Le rock progressif évolue à cire d'oreille, soit par la témérité de ceux qui n'ont pas peur de dépenser des sous afin d’avoir la chance d’apprivoiser la floraison sonore de la période psychédélique. Pink Floyd secoue les colonnes du temple de la musique progressive avec l'étonnant, et le très commercial, Dark Side of the Moon. Si le Moog reste toujours mystérieux, le VCS3 arrive à la rescousse (On the Run). L'échantillonnage musical fait ses premiers pas dans la musique commerciale et l'utilisation de séquenceur forge ses premières structures de rythme basées sur 3 ou 4 accords roulant en boucle. Toujours à l'avant-garde, Tangerine Dream se procure ses nouveaux équipements et concocte un premier album de rock planant qui se distance du rock progressif expérimental d'Atem. Dorénavant, les harmonies sont disponibles dans un dense magma de sons et d'effets paranormaux et psychédéliques où les rythmes convulsifs et les ambiances chthoniennes sont les maîtres des mirages de mélodies. C'est la naissance de la Berlin School.

Très ambiant ténébreux, le début de Phaedra se fait entendre à travers une strate métallique qui s'amplifie comme une menace. Les premiers pas de la musique gothique viennent de se faire entendre. Des effets sonores, qui animeront l'imaginaire des futurs créateurs de jeux vidéo, s'écoulent comme des gouttes venant du néant. Tourbillonnant comme des vents sans destinations, un synthé traverse nos oreilles avec discrétion. L'ouïe en attente, il amplifie sa présence et jette les bases de la première utilisation d'un séquenceur dans l'œuvre de Tangerine Dream. Le rythme est sombre avec ses basses oscillations qui tournent en boucles, alors que le synthé, et possiblement le Mellotron, mystifie nos oreilles avec une mélodie spectrale qui voyage entre les haut-parleurs avec des effets d'atténuation et de distorsions. C'est la première mélodie électronique à m'avoir charmé et fasciné alors que mes oreilles étaient toujours intoxiquées au heavy-métal. Le galop du séquenceur se décompose et s'écrase sur une banquise d'effets sonores. L'air ambiant refait surface et nous entraîne dans une galaxie vaporeuse qui fume encore de ses cendres. PHAEDRA redéfini le genre et lance la désormais célèbre Berlin School. Les lignes de rythmes séquencés qui torturent cette pièce sont des classiques qui guideront maintes structures de rythmes électroniques dans les prochaines années. Encore dans les années 2000, on peut entendre des groupes et/ou des musiciens s'en inspirer.

Nous sommes plus dans les ambiances du paranormal que du psychédélisme avec PHAEDRA. On entend l’écho de gamins jouer et crier dans une zone de béton dans l'ouverture de Mysterious Semblance at the Strand of Nightmares. Et puis, le silence! Une vague astrale, comme une onde de synthé, s'élève avec une étonnante sensibilité dans son lent déplacement. Un peu comme dans la pièce-titre, cette mélodie méphistophélique joue avec ses effets d'atténuations, des effets stéréo et de pertes de volume dans un corridor cosmique traversé par de jets bruyants. On discerne un peu plus l'orgue, ou le Mellotron, à mesure que cette mélodie évasive flotte et dérive sous des cumulus d'effets sonores, comme cette envolée de canards sur le fil de l'eau. Un mouvement de rythme ambiant, comme un staccato de brume nébuleuse, donne un second souffle à une envie d'écouter plus attentivement cette mystérieuse ballade faite de brume. Disons que ça pris quelques années avant que j'apprécie pleinement ce titre. J'ai eu plus d'affinité pour Movements of a Visionary qui prend forme autour de bruits atmosphériques. Comme pris dans l'œil d'un cyclone, des arpèges séquencés s'agitent et virevoltent sur eux-mêmes sous des nappes d'orgue remplies de parfums d'église. Sequent C termine PHAEDRA par une flûte éthérée qui sort des doigts magiques de Peter Baumann au Mellotron. Auguste et médiéval, c'était le titre idéal pour clôturer le meilleur opus de MÉ de sa génération.

Sylvain Lupari (29/04/06) *****

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