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  • Writer's pictureSylvain Lupari

TM Solver Dividuum (2023) (FR)

Une très bonne réalisation qui demande une plus grande écoute de l'auditeur

1 Dividuum Part I 14:45

2 Anciedent Landscape 10:12

3 Serious Ambient 10:45

4 Metaphysics 8:38

5 Dividuum Part II 11:44

6 Vectors 9:35

7 Drift Pad 10:09

(CD-r/DDL 75:52)

(Ambient New Berlin School)

Des tintements, qui me font penser à l'ouverture de Hergest Ridge (Mike Oldfield), de longues et sinueuses trainées de vents bourdonnants meublent les 100 premières secondes de Dividuum Part I. Une ombre plus menaçante invite les premiers battements d'un rythme incertain de sa genèse. Le séquenceur sculpte un mouvement qui zigzague et trébuche, parfois fait même dribbler ses arpèges hésitants, dans une structure ambivalente où la couleur des ions sauteurs et leurs sauts asymétriques forment une étonnante cohésion rythmique. Bien qu'invitant à faire tapoter nos doigts sur la surface de notre appui-bras, le rythme est plus ambiant que vivant. Il sert de base au synthé qui y siffle de très beaux solos, tout en injectant ces bancs de brume remplie de morphines gazeuses qui remplissent les paysages sonores d'une musique électronique (MÉ) qui puise sa source dans les premiers albums de Software. Plus Dividuum Part I progresse et plus Thomas Meier ajoute un bref bout de rythme qui est désassorti de la structure principale, créant des phases évanescentes dont les mouvements vifs et rapides incitent à se concentrer un peu plus sur l'évolution du premier et plus long titre de son nouvel album, DIVIDUUM. Après une absence de près de 3 ans, Oxymoron est sortie en mai 2020, TM Solver nous revient avec un album qui respecte en tous points son esthétisme musical. Transposant la signification philosophique du mot divisible (dividuum) sur sa musique, le musicien-synthésiste Allemand propose un nouvel album remplie de ces structures évolutives où les rythmes ambiants et d'autres plus accentués entrecroisent leurs permutations dans la pure tradition de la New Berlin School. Il élabore des structures de séquenceur qui sont décomposées et/ou réarrangées en micro-séquences afin de créer de nouvelles structures rythmiques, mais aussi de stimuler une MÉ conçue pour faire travailler nos neurones et les mettre en mode cinéaste pour un film intimiste et imaginaire de 76 minutes. Soit la durée de DIVIDUUM que vient tout juste de faire paraître le label Allemand de MÉ, SynGate.

Plus complexe et plus entraînant, Anciedent Landscape déploie son armature rythmique tel une demi-douzaine de centipèdes qui sillonnent, tout en entrecroisant leurs tracés, un sol plat. Les rythmes combinés forment aussi sur ce titre une fascinante symbiose, autant rythmique qu'harmonique, avec leurs différences dans les intonations et leurs tonalités, certaines sont limpides comme du cristal pour rythme, ainsi que les couleurs de leurs artifices rythmiques. Un de ces artifices est une ligne de pulsations organiques qui grommèlent en zigzagant un peu après la 7ième minute, accentuant un peu plus son débit qui devient légèrement plus spasmodique tout en restant chétif. Ces structures, qui nous donnent parfois l'agréable impression de dériver, servent de base à un synthé créatif et à ses bancs de brume lunaire ainsi qu'à ses solos remplies de mélodies rêveuses et mélancoliques. Un jet de matières électroniques recouvre l'introduction de Serious Ambient qui ne perd pas une seconde afin de faire scintiller un chapelet de séquences moirées tourbillonnant sur place. Un mouvement de basses séquences structure l'axe principal du rythme qui est plus dynamique que celui de la dernière phase de Anciedent Landscape. Une ligne de basse ajoute une belle profondeur, tout autant que ces accords de clavier qui sont vite engloutis par le tourbillon des premiers arpèges séquencés. Cette structure de Serious Ambient est plus complexe. Ses différentes orientations et ses bouts de rythme entrecoupés qui se raboutent dans un chassé-croisé cadencé créent une structure polymorphe spasmodique. Un genre d'ossature rythmique qui danse maladroitement entre les mains incertaines et les doigts sclérosés d’un marionnettiste qui vient de se faire une ligne de coke. Et ces structures pour le moins particulières inondent l'entièreté de DIVIDUUM. Ici, elle s'allie aux harmonies du clavier, aux souffles spectraux des synthés et à des effets sonores qui illumine notre écoute comme ces bulles d'oxygène dans les profondeurs océaniques provenant de l'injection des ballasts de sous-marins. Enfin, vous voyez le genre!

Metaphysics met en relief cette panoplie de petites structures du séquenceur qui se raboutent en un rythme constant. TM Solver est aussi actif que créatif dans l'art de faire trébucher et/ou dribbler des ions galopeurs, de même que des éléments de rythme qui ont une texture plus organique. Bien que rapide, la vitesse et les courbes du débit donnent parfois une savoureuse impression de ralenti. Un peu comme un essaim de petits pas qui arpentent une crête inégale. Les harmonies du synthé suivent la trajectoire cacophonique de cette ossature rythmique, et de ses dérivés, avec des effets de psybient et des ondes qui me font penser à du Edgar Froese. Après un Dividuum Part II qui est nettement plus ambiant, Vectors propose deux structures de rythme. La principale trace un schéma sautillant de façon désordonnée, respectant ainsi la vision de bouts de rythmes emboutés de Thomas Meier. Les séquences ont une délicieuse texture caoutchouteuse et leurs bonds élastiques étirent un rythme qui bondit dans des nappes d'un synthé parfumé d'essences plus orientales. Un synthé d'ailleurs qui lance de très bons solos plaintifs qui sonnent comme une guitare possédé par un esprit enrhumé. Tranquille et séduisant! Drift Pad conclut cette nouvelle aventure de TM Solver avec un rythme plus lent. Un rythme qui prend quasiment la sournoise démarche d'un loup avec des effets de claquements feutrés. Posé sur des lignes qui sautillent, gambadent, courent et trébuchent, le rythme emprunte une tangente circulaire qui titube dans le néant, créant un discret filament stroboscopique. C'est ici que les essences de Software sont les mieux senties avec un synthé manipulé par un esprit mélancolique et ses solos qui dérivent autant que l'axe d’un rythme qui ne semble jamais vouloir être apprivoisé.

DIVIDUUM est ce genre d'album qui peut être entendu en boucles, et toujours nous aurions cette sensation de découvrir un truc nouveau tant l'aspect polymorphe et pluralisme des rythmes lui donnent une profondeur égale à un puits d'originalité sans fond. C'est une très belle réalisation de TM Solver qui commande une plus grande attention de l'auditeur, sinon il risque de passer entre les mailles d'un séquenceur déconstruit pour reconstruire avec un zest d'une originalité aussi audacieuse que le concept. Très bon!

Sylvain Lupari (23/03/23) ****½*

Disponible au SynGate Bandcamp

(NB: Les textes en bleu sont des liens sur lesquels vous pouvez cliquer)

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