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  • Sylvain Lupari

UWE RECKZEH: Perfection Mode (2015) (FR)

“Sans doute le plus bel opus d’Uwe Reckzeh qui enfin apprivoise un moyen unique d’enrichir ses structures d’une texture sonore profonde égale aux grands noms du genre”

1 Cold Mountain 14:50 2 Forbidden Thoughts 12:02 3 Perfection Mode 12:48 4 Sequence Mode 14:42 5 Transfer Mode 16:52 MellowJet Records | CD-r ur1501 (CD-r/DDL 71:14) (New and Retro Berlin School)

Voilà un album qui a la prétention de sa pochette. De sa présentation! La couleur ocre, le rouge rouille d'une terre granulé de poussière radioactive se fait entendre tout partout dans les riches ambiances soniques qui enveloppent les 71 minutes de PERFECTION MODE. Toujours influencé par les essences de Tangerine Dream, majoritairement de la période Hyperborea, Uwe Reckzeh affiche sur ce dernier album une impressionnante assurance en inondant ses rythmes, toujours tressés dans des mouvements séquencés parallèles, d'une ambiance aussi déroutante que les couleurs qui attisent l'imaginaire. Le synthésiste Allemand fait tellement preuve de débrouillardise en matière de sculpteur d'ambiances que le lien à faire entre sa dernière œuvre et celles de Bernd Kistenmacher est plus qu'omniprésent. PERFECTION MODE, c'est 5 corridors musicaux campés sur des structures minimalistes où les principaux schémas rythmiques sont délicatement détournés de leurs axes par des mouvements de rythmes contigus qui fragmentent leurs ossatures dans des approches plutôt harmoniques. Ces contrastes sont des objets de séduction pour les oreilles qui se gavent aussi de ces duels tout à fait inattendus entre guitare et claviers dans un environnement qui est en continuel mouvement.

Des points de référence à des œuvres plus contemporaines sont aussi présentes dans cet album qui déroute par les complexes phases évolutives de ses 5 longues structures. Prenez l'introduction de Cold Mountain où les ronronnements des insectes se permutent en ceux de scies géants, rappelant l'ouverture du célèbre Paradise de Bernd Kistenmacher. Une délicate mélodie morphique, jouée sur un piano très nostalgique, s'extirpe des effets sonores d'une forêt qui enchante de ses mille bruits de vie, concluant les 3 premières minutes d'une douce introduction nourrie de ses contrastes artistiques. Une ligne de basses séquences émerge d'un brouillard remplie de tonalités cristallines, structurant un rythme tranquille qui engraisse continuellement sa vigueur. Le rythme est mou et soutenu. Il donne l'impression de gravir des cimes imaginaires en compagnie de soyeux solos de synthé qui chantent à travers ce chœur de prismes. Accélérant peu à peu la cadence avec des mouvements brusques des séquences, il hoquète en saccades. Et les ombres des ions sautillants dessinent des brefs filaments rythmiques qui tournoient tout autour de cette structure ascensionnelle. C'est du très bon New Berlin School (la structure de Sequence Mode est forgée dans cette même interlude rythmique) où les contrastes dans le rythme s'atténue alors que Cold Mountain atteint un point plus ambiosphérique bien garni d'effets électroniques vers la 10ième minute. Ce pattern de rythmes versus ambiances sera récurrent pour les 4 autres titres. Des bruits filamenteux serpentent les cieux, comme de gros vers soniques, établissant les bases d'une nouvelle approche où un lourd effet de ronflements réoriente la structure de Cold Mountain vers des séquences plus agiles qui papillonnent et spasment sur une structure de rythme soyeusement ambiante où chantent des solos de synthé et dont les harmonies détonnent dans ces bourdonnements iconoclastes qui nourrissent la superbe ambiguïté de la finale de Cold Mountain.

L'introduction de Forbidden Thoughts est aussi nouée dans le bizarroïde. On y entend des accords de guitare électrique flâner dans des ambiances qui reflètent à merveille un esprit tourmenté par ses pensées interdites. Je ne sais pas si c'est moi, mais je trouve que ça fait très Bernd Kistenmacher (la recherche et la structuration des compositions). Et c'est très bien fait. Ces ambiances évasives ne franchissent pas le seuil des 3 minutes alors que Forbidden Thoughts s'anime d'un rythme spasmodique. Un rythme à la verticale qui est disloqué par des percussions nerveuses et des séquences bouillonnantes ainsi que par des riffs de guitare fantôme qui vont et viennent pour disperser des bribes d'harmonies. Les riffs et les nappes de claviers rappellent l'univers du Dream des années Schmoelling; la signature habituelle de Uwe Reckzeh. Et ces influences de Tangerine Dream viennent border les ambiances plus tempérées du pont sonique de Forbidden Thoughts vers ses 7 minutes. Ça sonne vraiment comme du Dream ici. Et c'est encore plus évident avec la pièce-titre et son amorce de rythme ambiant où les séquences sautillent sur place dans une enveloppe furtive. C'est un délicieux petit 6 minutes avant que Perfection Mode n'offre une structure de rythme minimaliste circulaire construit sur de bonnes pulsations séquencées basses, avec un débit quelque peu variable, dont les coups vifs et secs dessinent une cadence légèrement zigzagante. Les ambiances tout au long de PERFECTION MODE sont la pierre angulaire de ce dernier album de Uwe Reckzeh. Très nuancées, parfois mêmes effacées comme ici, ils embaument les différentes structures de rythmes d'une toile de fond embué de mysticisme. Sequence Mode offre la structure de rythme la plus soutenue ici avec des ligne de séquences qui s'entrecroisent dans une ambiance sonique pimenté par les influences de Tangerine Dream, notamment ces solos éthérés qui flottent comme des soupirs. La guitare est très belle et son duel avec des séquences papillonnantes est un moment de charme qui embellie une finale qui étend ses ombres jusqu'au délicieux Transfer Mode et ses séquences oscillantes qui ruent comme une chevauchée séquencée digne des bons rythmes ambiants de la Berlin School. Des élytres métalliques picorent cette structure qui ennoblit sa beauté avec des voiles de prismes, des solos de synthé très musicaux ainsi que des riffs et des nappes très bien insérés. Une autre ligne de séquences disloquent des ions qui serpentent avec des spasmes saccadés, concluant un album sur le même principe que son ouverture en approfondissant son champs d'ambiances autant mystiques que lyriques qui lie les deux pôles de la Berlin School. Ouais....Un très bel album délicieusement différent d'Uwe Reckzeh.

Sylvain Lupari (13/10/15) *****

SynthSequences.com

Disponible au MellowJet Records

© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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