• Sylvain Lupari

ANANTAKARA: Forgotten Key (2021) (FR)

Une musique qui nous engloutit petit à petit pour tomber dans ses pièges séduisants

1 Right Time - Right Place 11:12

2 Behind Below and Above 9:18

3 Ask the Seer 9:36

4 Unnamed Rituals 8:27

5 La Force du Cœur [That Heart Courage] 3:24

6 Times are Changing 25:32

Aural Films Music

(DDL 67:29)

(Tribal, Neo-classical, Dark Ambient)

J'ai un faible pour la musique d'Anantakara dont la vision électro-acoustique minimaliste me rappelle un peu Mike Oldfield. Son tout nouvel album chez Aura Films est la bande originale d'un roman qui n'a pas encore été écrit et qui n'a pas encore été adapté au cinéma. C'est l'histoire d'une quête menée par des personnes à la recherche d'une clé qui permettra d'enrayer la folie autodestructrice du monde induite par le comportement d'humains complètement désorientés et paniqués. Ça vous dits quelque chose?

Des pads de synthé musicaux qui sautillent avec de délicates ruades constituent la première phase rythmique de Right Time - Right Place. Ils se vissent à une sinueuse onde sonore qui en absorbent les chocs jusqu'à l'annihilation afin d'inviter des percussions manuelles pour établir une équilibre entre la musique et l'hypnose. Une ligne de basse épouse la cadence alors que le synthé siffle des airs spectraux. Un murmure sonore installe un climat plus intrigant alors que nos sens se concentrent sur le cliquetis des cymbales depuis l'arrivée des percussions. Une masse de sons infiltre les ambiances du titre, faisant radier différents éléments qui se succèdent sans pourtant alourdir la courbe minimaliste de Right Time - Right Place. Comme un carrousel arrivé à destination, le rythme s'évapore peu à peu autour de la 6ième minute. L'onde sonore reprend avec plus de vigueur. En fait, le titre renait avec plus de vigueur dans une vision tribale aborigène, ou de folk tribal électronique, où le rythme bat autant que murmure dans un segment devenu plus intense. Trop, puisque les ondes et les lignes de synthé se chamaillent quelques secondes plus loin afin de nous amener vers des derniers moments encore plus intenses, gracieuseté des orchestrations et leurs furieux staccatos. En posant ces délicats pads de synthé d'un bleu acétate sur un ciel garni de différentes lignes et de graduelles impulsions de synthé, Anantakara donne à Behind Below and Above une solide ouverture dont le piano hésitant est le dernier clou de notre béatitude. Un titre sans direction, autant rythmique qu'atmosphérique, ce titre se créé une fascinante ballade atypique dont le déroulement appartient à notre imagination. Des ondes de synthé errent en étirant leurs tonalités ambiantes afin de porter Ask the Seer à nos oreilles. Nous sommes dans l'âtre d'un titre très ambiant avec quelques accords acoustique d'une guitare japonaise qui brille dans un décor tonale mis en scène par les multiples tachetures de synthé. Même dans un état très léthargique, Ask the Seer nous mord l'âme dans un dernier droit plus musical et surtout très intense.

On arrive à la structure en deux temps de Unnamed Rituals. Des pads de synthé évanescents en ornent une introduction animée par de basses pulsations qui cognent d'un pas lourdaud. Il y a ce piano qui vient tourmenter les ambiances avec sa direction tout à fait opposée et dont le charme n'a rien à envier à ces pads qui dégagent des parfums de sirènes enchanteresses. Le titre perd ses repères une 20taine de secondes avant d'atteindre la 4ième minute. La structure philarmonique qui tente d'insuffler la seconde vie à Unnamed Rituals est digne des effusions de folie du compositeur Pierre Boulez. Même mes oreilles ont chercher à sortir de mes écouteurs! Une chance que la 6ième minute nous ramène à une structure plus accessible. C'est un xylophone qui anime le très vivant La Force du Cœur [That Heart Courage]. Le xylophone et autres éléments percussifs sont le lit pour qu'un clavier y dépose ses accords séquencés qui se défont peu à peu de leurs boucles rotatives afin de laisser des instruments à vents regarnir de mélodies natives de ce rythme joyeux. Si on aime ces rythmes tracés par la limpidité et la vitesse d'un xylophone, sachez qu'il nourrit les visions rythmiques du titre épique de FORGOTTEN KEY. Dans mon cas, je dois remonter à l'album Transmuted By pour me mesurer à un aussi long titre d'Anantakara. Et on peut aisément tracé un parallèle avec Initiations puisque la structure de Times are Changing embrasse autant de changements de phases dans un environnement moins violent par contre.Un environnement plus musical avec diverses explosions rythmiques et où le côté symphonique se sert du décor électronique pour faire éclater autant ses visions harmoniques que ses cacophonies cadencées. Son introduction ne laisse pourtant présager de telles orientations. Sauf que si on connait bien Philippe Wauman on sait qu'il peut devenir aussi imprévisible que Philip Glass. De staccato à ostinato, les rythmes se suivent avec un léger filament de cohérence qui les lient. Le jeu des percussions est à la hauteur avec de bons éléments séquencés. Et lorsque le dernier tiers du titre se présente, on entend un soupçon de sérénité souffler dans les airs. Un court moment avant que la tourment, moins violente, ne s'installe et que Times are Changing se taise pour de bon 2 minutes avant son temps.

Alors que penser de ce FORGOTTEN KEY d'Anantakara? Définitivement plus accessible que Ashta, ce nouvel album rejoint un peu plus les fragiles beautés de Newt [At Whose Feet is Eternity]. Le musicien Belge flirte constamment avec la dissonance sans jamais y aller à pieds joints, ou presque avec les tumultueuses phases de Times are Changing. Pour ce qui est du reste, l'ami Philippe sait rester tendre et convaincant avec une musique qui nous avale peu à peu pour y tomber dans ses pièges de séduction.

Sylvain Lupari (17/12/21) *****

SynthSequences.com

Disponible chez Aural Films Bandcamp

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