• Sylvain Lupari

ANANTAKARA: Momentum Lapses (2018) (FR)

“La couleur et la calligraphie des sons est l'objectif visé par Anantakara et force est d'admettre que Momentum Lapses frappe en plein dans le mille”

1 Momentum 9:04 2 The High meets the Low 7:12 3 Breath of an Unstained Desire 5:59 4 Intuition's Breeze 5:38 5 The Great Chi in the Sky 5:44 6 Spiral Bridge to Timelessness 8:05 7 The Meaning in Every Curves and Lines 7:20 8 Doorways to Unnamed Power 6:25 Anantakara Music

(DDL 55:30) (Ambient, meditative, progressive New Age)

Dans une année, je reçois énormément de requêtes afin d'entendre un album dans le but d'en écrire une chronique. La liste est longue et dans celle-ci, il y a un nombre incroyable d'artistes inconnus à mes oreilles qui proposent des albums de tous genres, en autant que des synthés et séquenceurs soient utilisés. Inutile d'écrire que mes oreilles en entendent de toutes les couleurs tonales. Et il y a de bonnes surprises. De belles découvertes comme celle-ci; Anantakara. Projet de Philippe Wauman, un musicien Belge qui se défini comme un calligraphe sonore contemplatif, Anantakara, un adjectif sanskrit signifiant rendre infini, propose en MOMENTUM LAPSES un petit bijou pour le plaisir des sons et des ambiances qui flirtent avec un New Age plutôt progressif, voire même expérimental. Des arpèges dont la limpidité danse avec leurs ombres sibyllines accompagnent des cognements sourds dans l'ouverture très théâtrale de Momentum. Aussitôt, des gargouillements volettent dans ce décor embelli par des ondes aux contours gorgés de rayonnements abrasifs qui vont et viennent dans une enveloppe tonale toujours en croissance. Une onde de synthé parfumée des trompettes de Mark Isham explore ces ambiances, lui donnant ainsi un charme séraphique qui ajoute à la capacité dramatique de ce très beau titre d'ouverture. Et ce n'est pas tout! Des riffs de clavier sortent un habit d'orchestrations et sculptent une chorégraphie pour ballet avec un doux mouvement en staccato dont l'intensité est poussée par des percussions pourtant très limitées mais oh combien bien posées. Le piano pose aussi ses délicates notes dans une finale qui troque son rythme passif pour un bref mouvement d'oasis sonore, juste avant de reprendre ce rythme de danse classique qui a amené Momentum à sa floraison émotive. Le ton est donné et la musique de MOMENTUM LAPSES est lancée. Les orchestrations sont moins saccadées dans The High meets the Low qui, après avoir laissé des accords jongler en suspension, anime les ambiances avec des tam-tams claniques. Des joyaux sonores gravitent en suspension sur ce rythme très près de la transe spirituelle et des ondes de synthé barbouillent les horizons avec des rayonnements qui flirtent avec les portes de néant. Breath of an Unstained Desire fait dans la décomposition avec une approche assez audacieuse où tout semble être joué à l'envers. Le résultat est étonnant. Même si on reconnait des petits bouts de structures qui vont et viennent dans ce 7ième album d'Anantakara, dont une belle finale plus musicale, nous sommes plutôt dans les parfums d'Univers Zéro ici. Intuition's Breeze nous amène sur les sentiers d’une guerre sans armes avec une ligne de basse dont les résonnements trouvent écho dans les larmes des ondes Martenot. Le rythme sans heurts progresse sous un ciel sonique embelli de multiples stries de synthé aux larmoiements acuités et d'accords de piano électrique qui scintillent dans une approche mélodieuse contractée. Les percussions, qui se sont greffés en toute subtilité autour des 3 minutes, insufflent un 2ième souffle rythmique à ce titre qui a capté mon attention dès la 1ière écoute. Lent et très sinistre dans son développement, The Great Chi in the Sky n'a rien à voir avec ce classique de Rick Wright dans Dark Side of the Moon! Son rythme est lent, comme une pendule géante dont le balancier intimide et ordonne soumission. Les accords et arrangements qui le sculptent regorgent d'une musicalité sournoise, puisqu'ils magnétisent notre attention tout en déployant une force musicale qui forme un tintamarre qui reste tout de même aux portes d'une fascinante musicalité. Ces sons, ces notes ainsi que ces orchestrations en continuelles évolutions afin de former des couches musicales sur un lit de rythmes lents, quasiment hypnotiques, sont la force de cet album dont on ne sait jamais sur quel pied danser…ou sur quel neurone méditer. Idem pour Doorways to Unnamed Power qui est par contre plus complexe et plus évasif. Le rythme léger, Spiral Bridge to Timelessness se déroule comme une suite de mélodies enchaînées dans une boîte à musique. Les percussions et effets percussifs sont simplement divins ici. Ceux aux tonalités en verre soufflé chatouillent l'ouïe, et amorcent cette chaîne de mélodies, alors que d’autres plus près du réel offrent un habile mélange de tribal tibétain et de tribal oriental dans un paysage sonore orné de graffitis et de fantasmes qui ne peuvent être permis que par les frontières de la MÉ. La finale asperge nos oreilles d'un parfum Steve Roach. Une affirmation qui s'impose considérant l'ouverture de The Meaning in Every Curves and Lines. La particularité de ce titre sont ces lassos de sons qui vont et viennent comme des immenses frondes sonores alors que graduellement un rythme lent impose sa stabilité dans un genre de Groove ésotérique avec un autre spectacle d'effets percussifs haut en couleurs. La couleur et la calligraphie des sons se veut l'objectif visé par Anantakara et force est d'admettre que MOMENTUM LAPSES est en plein dans l'œil des intentions de Philippe Wauman. Un album étonnant qui est assez musical pour les genres imposés à travers une délicieuse palette de tons et un esthétisme sonore qui rend justice aux ambitions du multi-instrumentaliste Belge. De la musique méditative avec un zest de création qui nous amène dans un univers où peu d'artistes osent s'aventurer! Sylvain Lupari 17/12/18 ***½**

SynthSequences.com Disponible au Anantakara's Bandcamp

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