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  • Sylvain Lupari

ANDREAS HACK: Pieces (2014) (FR)

Je dois être honnête, Pieces est un défi pour ceux qui sont à la recherche d'une MÉ purement musicale

1 Abandoned 8:00

2 Before the Fall 7:16

3 Lonely 4:17

4 Sand Spice 5:48

5 Hashima 6:45

6 Ghostly 4:37

7 Barcode 5:59

8 Spaceport 4:26

9 Under the Ice 7:24

MellowJet Records | CD-r AH1401

(CD-r/DDL 54:31)

(Industrial electronica, ambient and cinematographic EM)

Pour plusieurs d'entre nous le nom de Andreas Hack ne signifie pas grand-chose! Mais parlez-en dans le cercle de la musique progressive Allemande et des regards s'illumineront. Des discussions s'enflammeront. Claviériste et principal compositeur au sein du groupe Frequency Drift, Andreas Hack a su imposer son style qui est fortement inspiré par le cinéma contemporain et les œuvres de science-fiction. Alliée à la séduisante voix de Katja Huebner, la musique du groupe de Bayreuth est une source de fascination qui vise à nourrir l'imagination de ces oreilles hasardeuses et désireuses d'entendre quelque chose d'unique. Et c'est exactement de quoi est fait cette première œuvre en solo du musicien qui transpose maintenant son style dans les couloirs de la MÉ où les possibilités de créer ces ambiances cinématographiques et de sci-fi sont plus infinies. Dans ce décor surréaliste, PIECES offre une panoplie des genres qui sont en tout temps fragmentés par le couperet des ambiances industrielles et de la lourdeur de leurs particules métallisées qui irradient autant dans nos oreilles que dans tous les recoins de ce premier effort en solo de Andreas Hack. Le résultat est quelque chose d'assez unique que vous avez à découvrir avec un sens de l'audace.

Des wooshh creux entraînent des particules prismiques qui eux se transforment en murmures imaginaires. La bruyante, on dirait une onde de résidus d'une catastrophe, et passive ouverture de Abandoned nous plonge dans l'univers très patibulaire de cet album. Un univers où les ambiances restent en suspension et où les rythmes, comme les mélodies, s'articulent par bouts inachevés. Un piano sombre étend des miettes d'une mélodie qui s'égare dans des corridors gorgés des tonalités d'un univers parallèle. Du psybient? Pas vraiment, mais ne nous sommes pas loin. Une ligne de synthé dérobe les airs d'un saxophone solitaire pour reprendre ses airs électroniques, entraînant la douce ballade des âmes perdues qu'est Abandoned vers un superbe et inattendu down-tempo qui traîne sa carcasse péniblement dans un hallucinant décor. Et comme pour chaque structure de PIECES, le rythme, la mélodie et les ambiances s'égarent pour errer dans des endroits sombres que l'on imagine aisément être une porte pour un monde parallèle catastrophique ou pour les étoiles. Before the Fall suit avec son troupeau de percussions qui tonne et rage auprès de cloches et d'accords chinois. Le rythme est statique, tantôt ambiant et tantôt violent. Une voix féminine, tissée dans la magie des échantillonnages, parle au travers un mégaphone qui peine à restituer ses sons dans cette ambiance très cinématographique que des vois hors-champs amplifient encore plus. Chaque titre s'imbrique ici, tissant une toile apocalyptique qui fascine les amateurs de sons, mais qui peut agacer les amateurs de musique. C'est dans ce contexte que Lonely sort de nos haut-parleurs. C'est une belle ballade ambiante, avec des larmes de synthé aux parfums des ondes Martenot qui caresse des arpèges très tendres, croupissant sous un dense voile de bruits blancs et de ses étranges frissonnements.

À date ce voyage sonique nous amène dans un univers où les bruits deviennent des objets de fascination, alors que le reste devient obsession. Un peu comme dans Sand Spice où les percussions forgent une obsessive transe spirituelle constamment refrénée par l'opacité des lignes de synthé. Le rythme sort un peu de sa coquille pour un bref instant, nous faisant même balancer le tronc, alors que les percussions labourent un up-beat passif transporté par de lentes vagues de synthé aux arrangements orchestraux. Les vents et les particules d'une civilisation perdue soufflent sur l'introduction de Hashima où un délicat et mélancolique piano calme nos inquiétudes. Une très belle voix chasse ces souffles, nous entraînant dans un coin de notre âme où il fait bon rêver. C'est très bon. Ça me fait penser aux beaux moments de tendresse qui nichent sur le superbe I Remain de The Glimmer Room. Ces ambiances se poursuivent sur Ghostly qui développe une intense enveloppe dramatique avec un maillage de lignes et de voix aux tonalités très métallisées, un peu comme des chants distordus provenant d'un Minaret qui a perdu son acoustique. Ici la structure de rythme est superbe, mais trop courte, avec deux lignes qui affronte la lourdeur de ligne avec la violence de l'autre. Toujours divisé entre rythme et ambiances, Barcode et Spaceport passent du funk à l'ambiant et au rock progressif toujours nappé d'une toile quasi psychédélique, alors que Under the Ice reprend là où Abandoned avait abandonné.

Plus expérimental que musical, plus trempé dans des ambiances industrielles qu'éthérées et définitivement plus impénétrable qu'accessible, PIECES ne reste pas moins une œuvre aussi fascinante que dérangeante. J'admets que la première écoute peut laisser très perplexe, sauf que l'on devient assez rapidement attiré par toute cette confusion qui au final prend la séduisante forme d'un truc qui obsède sans que l'on ne sache vraiment pourquoi. Disponible chez le label MellowJet Records qui étonne avec une sélection de musique aussi éclectique qu'audacieuse.

Sylvain Lupari (08/04/15) ***½**

SynthSequences.com

Disponible chez MellowJet Records

© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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