• Sylvain Lupari

ANDY PICKFORD: Shadow at the Gate (2017) (FR)

Updated: Jul 31, 2019

Je ne sais pas comment il fait, mais sa musique agit comme un immense ver d'oreille qui nous rend tout simplement addictif”

1 Shadow at the Gate (Pieces I-V) 1:11:12 2 Shadow at the Gate (Pieces VI-X) 1:11:12 3 Shadow at the Gate (Pieces XI-XV) 1:11:50 4 Drone Alone 14:26 Andy Pickford Music

(DDL 3:48:40) (Minimaliste, melodieux, ambiospherique et slow beats)

Tout de même assez impressionnant ce Andy Pickford! Depuis son retour en 2015, il a réalisé 4 albums avec Binar ainsi qu'une série de 5 EP, sur les bases de l'adagio, et finalement 4 albums solos dont 2 d'une durée exceptionnelle de plus de 3 heures, même que ce SHADOW AT THE GATE lorgne les 4 heures. Trop vous me direz? Non si on est fan du phénomène AP! Des vieux trucs recyclés? Absolument pas! Et je ne sais pas comment il fait, mais sa musique agit comme un immense ver d'oreille qui nous rend tout simplement addictif pour chacune des 71 minutes que dure les 3 principaux actes de la saga sonique SHADOW AT THE GATE. Un peu comme Harmonics in the Silence, SHADOW AT THE GATE propose un immense collage sonique riche en tons et en ambiances assez sombres auquel Andy Pickford greffe des rythmes, qui se situent entre une douce Électronica et le côté plus mélodieux de l'England School avec des airs aussi accrocheurs que les rythmes. Et la contagion est aussi rampante que dans Harmonics in the Silence. Et même plus! Ça commence par une explosion de sons. Des fragments vaporeux et des brumes nébuleuses traînent. On entend même des murmures et des nappes de chœurs qui flottent au-dessus la désintégration des éléments sonores. Peu à peu, notre ouïe perçoit une onde chevroter alors qu'un piano très nostalgique étend un lit de romance qu'une voix Elfique entoure d'ensorcellement. En arrière-plan, l'onde tremblotante devient un mouvement saccadé. Peu à peu, la mosaïque de Shadow at the Gate (Pieces I-V) prend forme. Sur un rythme légèrement invitant, la mélodie pianotée circule avec des effets de synthé qui ululent d'une voix biscornue et acuité. Lourde, lente et finalement entraînante, cette première portion de SHADOW AT THE GATE prend la forme d'un bon down-tempo qui mobilise nos sens avec une approche minimaliste qui accote les 8 minutes. Le piano s'extirpe de cette masse sonique pour s'évaporer dans un de ces ponts qui relient les diverses formes de rythmes de cette œuvre aussi impressionnante qu'imposante. Effets sonores cosmiques et surnaturels habillent ces passerelles sonores d'une richesse texturale qui alimentent cette folie des consommateurs de sons que sont, à la base, les amants de la MÉ. De ces 2ième cendres phoniques s'élèvent une série de séquences circulaires dont les teintes cristallines se fondent à de lointains riffs de guitare. D'emblée j'insiste pour écrire qu'Andy Pickford dévoile ici sa pièce maîtresse, son hymne à couper le souffle de SHADOW AT THE GATE. Torsades de synthé fantomatiques, percussions lentes et entraînantes et une guitare qui jette le spleen comme notre âme jette du lest pour survivre, cette merveilleuse 2ième partie de Shadow at the Gate (Pieces I-V) va vous obséder demain, après-demain et même plus loin pour en avoir fait l'expérience. On dirait un mariage entre Darshan Ambient et AP, tant la mélodie envoûtante de la guitare, et ses sempiternels boucles addictives, pleurent sur un lit cosmique et un rythme à se frotter le ventre sur celui de notre douce moitié. Un superbe slow cosmique qui dure au-delà des 10 minutes et que l'on voudrait encore éternel. Cette étape étire sa mélodie qui se fond à un autre pont de tons et dont les ambiances éthérées nous amènent vers une structure électronique plus vivante. Sur un rythme sautillant, ce 3ième segment de Shadow at the Gate (Pieces I-V) est nourri d'éléments soniques qui circulent comme dans une galerie de spectres affamés. AP maîtrise cette structure avec des nuances dans les tons, évitant les pièges de la redondance des structures minimaliste qui sont un peu moins magnétisantes. Et c'est la force d'Andy Pickford ici; l'art de bien doser et de bien comprendre quel moment sera le plus attirant pour ses fans. Je dirais que le 2ième coup de cœur sort d'un intrigant corridor sonique autour de la 45ième minute. Sur un lent rythme circulaire dosé par de bons effets de percussions, des séquences miroitent et chantent une mélodie aussi accroche-cœur que celle de la 2ième partie. Plus court, ce passage vide ses émotions dans un autre paysage sonique bourré de vents sibyllins avant qu'un solide rythme mitraillé par une approche acide termine Shadow at the Gate (Pieces I-V). Épousant les mêmes préceptes, mais dans une enveloppe tonale tissée très drue et qui laisse filtrer peu d'oxygène, Shadow at the Gate (Pieces VI-X) évolue entre ses 5 phases avec une approche toujours aussi délicieusement en crescendo. La 1ière structure de rythme se lève après les 4 minutes et son approche est très cinématographique, ça me fait penser à Geoff Downes dans son immortel New Dance Orchestra, avec une muraille d'orchestrations noyée dans une masse sonique très compacte. C'est très intense! Un autre petit bijou? On grimpe jusqu'à la 16ième minute avec un lourd slow tempo orné de voix célestes et de vents azurés. Les effets électroniques sont toujours aussi intenses et relèguent cette structure ensorcelante en arrière-plan, mais le charme reste redoutable. La 3ième phase de rythme est dans le pur England School signé Pickford. La mélodie est forgée sur une enclume alors que la structure de rythme est sculptée dans un maillage de séquences, aux ombres stroboscopiques, et de percussions qui sautillent comme un hip-hop qui mange l'asphalte de ses pieds rebelles. Le tout se noie, avec une fascinante justesse dans le timing, dans une autre délicieuse phases d'ambiances. On y reprend notre souffle car dès la 45ième minute Shadow at the Gate (Pieces VI-X) offre un autre bijou de rythme électronique lentement stroboscopique tellement farci en sons et en tons que ça m'a refilé le goût d'entendre l'hyper séduisant et mélodieux The Song of a Distant Earth de Mike Oldfield. La dernière valse électronique de Shadow at the Gate (Pieces VI-X) se termine par une approche similaire mais avec plus de vigueur dans le rythme et une guitare étonnamment Oldfield. Présenter 2 heures aussi solides est tout un tour de force, alors imaginez mes oreilles incrédules lorsque j'ai mis Shadow at the Gate (Pieces XI-XV) dans mon Pioneer Elite N50! Je n'irai pas dans tous les détails, mais la superbe mélodie flûtée sur un slow tempo aussi énigmatique que cette mélodie nous entraîne dans les labyrinthes d'enchantement de la MÉ. Le synthé extirpe une mélodie plus synthétisée que la flûte qui danse dans une trame sonore aussi intense qu'un chagrin d'amour qui va et vient. La 2ième structure est une fiesta tribale intergalactique toujours aussi nourrie que toutes ces phases d'ambiances qui relient ces carrefours giratoires rythmiques, alors que la 3ième offre ce fabuleux mélange spectral et onirique qui cerne la majorité des mélodies de SHADOW AT THE GATE. Le crescendo est très poignant ici. Après une structure du genre Acid-House (je vous rappelle que je ne suis pas un connaisseur en Électronica), Shadow at the Gate (Pieces XI-XV) boucle la boucle avec un lourd mid-tempo aussi dévastateur qu'entraînant. Et comme si ce n'était pas assez, Andy Pickford offre un titre sorti de nulle part en Drone Alone, un long titre servi sur une ambiance un peu ténébreuse. Le rythme est doux et suit une courbe assez évolutive au niveau de son intensité alors que les bribes de mélodies qui se greffent vont et viennent avec une approche très réservée. Le synthé sonne comme une guitare, ou vice-versa, qui pleure dans une nuit encombrée d'un lourd voile phonique imprégné d'une bonne dose d'émotion. C'est un peu difficile de survivre aux 3 monuments de SHADOW AT THE GATE, mais l'approche très mélancolique de Drone Alone parvient à rayonner dans cette œuvre tout simplement colossal d'Andy Pickford.

Sylvain Lupari (22/04/2017) *****

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