• Sylvain Lupari

ASURA: Radio-Universe (2014) (FR)

Voici un autre magnifique album de psybient des magiques territoires d'Ultimae Records

1 Overture 9:56

2 Interlude Sky 7:17

3 Oblivion Gravity 11:57

4 Gaea (Transit) 1:08

5 Ascension in Blue 7:58

6 Farscape 7 7:20

7 Lonely Star 8:30

8 Illuminations 8:51

9 Back to Earth 4:02

10 Everlasting (Album Edit) 9:56

Ultimae Records | inre057

(CD/DDL 77:00)

(Psybient and psychill)

Je ne sais pas pour vous, mais j'attends toujours les nouvelles parutions du label Ultimae Records avec une impatience et une curiosité auditive qui sont à chaque fois récompensées. Et comme à chaque fois, je suis sceptique devant cette faune sonique où tranquillement les ambiances se dessinent, le rythmes prennent forme et les mélodies tissent d'attrayants vers-d'oreilles. La magie opère et les charmes m'envoûtent. Je sais que je suis loin de mon dada, le Berlin School séquencé ou ambiant, mais les artisans qui nichent dans ce label ont le don de créer des mosaïques musicales enduites de bruits parasitaires et d'ambiances plus que surnaturelles dont la dissonance finie toujours par s'harmoniser dans un crescendo harmonique sans égal. On appelle ça du psybient ou du psychill. Et il y a de tout! Comme ces notes de Kyoto qui perlent dans des vents creux et des chevrotements secrets. Des notes d'un piano songeur errent aussi dans une bruine métallisée sous l'un œil de gyrophare sonore qui recouvre les ambiances de Overture de ses rayons circulaires. Un compte à rebours a beau souffler les ambiances quasi parasitaires de cette ouverture du dernier album d'Asura qu'elles restent passives. Et ce, même avec ces explosions gazifières à la Blade Runner qui ornent le décor de Overture d'une texture de science-fiction. Une enveloppante onde, pleine de lumière, balaie les horizons avec plusieurs déferlements, inondant nos oreilles d'une chorale séraphique et d'un chant de spectre fredonné par des ondes d'un genre Martenot. Riche en texture sonores et en bruits blancs, la dernière œuvre à sortir des studios d'Ultimae Records reste fidèle à son impeccable catalogue. Avec ses rythmes lunaires, ses ambiances qui entremêlent vie stellaire et terrestre et sa luxuriante faune ambiosonique, RADIO-UNIVERSE d'Asura, 4ième album de Charles Farewell sur Ultimae, est une audacieuse et séduisante odyssée dans l'univers des sons et bien au-delà.

Des cerceaux de synthé difformes, des chants aux harmonies interstellaires et des pulsations égarées; l'introduction de Interlude Sky s'agrippe à nos oreilles avec une superbe chorale séraphique qui chante sur le lit d'un intemporel ruisselet sonique. Les ambiances se révoltent et une ébauche de rythme fait gesticuler des ions oscillatoires qui ondulent fébrilement alors qu'une ligne stroboscopique sillonne une structure de rythme nerveuse mais qui restera toujours implosive. L'aventure se poursuit avec les lasses pulsations basses de Oblivion Gravity qui palpitent aléatoirement dans un fort courant ambiosonique. Nous entrons dans un univers riche en sons et ambiances avec cette longue ballade anesthésique où des lignes argentées ronflent dans les secrètes gravitationnels harmonies d'une ligne de basse qui ne donnera jamais naissance à du rythme. Sauf que Oblivion Gravity explose comme un volcan géant dans son univers gravitationnel, amenant les rêveurs que nous sommes sur les ailes de belles orchestrations planantes. Après les brèves brises de Gaea (Transit), l'introduction de Ascension in Blue s'arrime à nos oreilles avec une odeur de Blade Runner. Explosions et larmes pullulent parmi des lignes de synthé qui me rappellent Jean-Michel Jarre dans Ethnicolor. Un clavier y égrène ses accords pensifs alors que l'arrière-champ laisse planer un crescendo menaçant. C'est très attendrissant. Quasiment poétique avec une approche mélancolique où on peut imaginer des chants de baleines stellaires errer dans une toile sonore rempli de prismes. Évoluant dans un genre de crescendo ambiosphérique qui suit la courbe des rythmes, RADIO-UNIVERSE dévoile son cœur avec un mouvement de balançoire sonique qui introduit sa phase rythmique. Farscape 7 inonde nos oreilles avec des nappes de bruits blancs qui vont et viennent dans des roulements de percussions un brin militaro-cosmique. La voix très éthérée d'Ayten est tout simplement enveloppante. Ses chants orgasmiques pavent la voie à une superbe mélodie lunaire qui fait chanter ses étoiles prismiques. Le débit est fragile. Quelquefois interrompu, il repart avec un rythme ambiant un peu plus lourd. Les percussions le martèlent avec de bonnes frappes alors que les nappes de grésillements pétillent encore plus dans nos oreilles et que les chants d'Ayten s'accouplent à une chorale séraphique. C'est un très bon passage qui nous amène au superbe Lonely Star et son piano songeur qui égare ses notes pensives dans des visions futuristes. Une ligne pulsatoire crache son venin sonique alors que la mélodie s'accroche à sa nostalgie. Les percussions alourdissent son mouvement de mid-tempo alors que les notes oublient leurs pleurs dans de belles orchestrations qui valsent dans un chatoyant mouvement de séquences dont les ions statiques pétillent dans un large banc d'ondes grésillantes. Des solos de synthé pleurent alors que les séquences papillotent dans un mouvement intense et lourd qui tergiverse entre sa pesanteur et sa mélancolie évasive, faisant de Lonely Star une très belle mélodie psychédélique où le désordre fini par s'harmoniser dans une délicate finale et où les notes de piano se fondent dans des brises d'interférences. C'est accrocheur et très beau. Roulements de tambours saccadés et percussions claniques du Moyen-Orient, Illuminations oscille entre un rythme sec, lapidé par de bonnes percussions, et ses intermèdes ambiantes qui ravigotent un rythme engraissant sa fureur avec une incroyable lourdeur. C'est du psybient lourd et assez entraînant qui s'évapore dans la tranquillité oisive de Back to Earth et de son impressionnante faune aviaire. J'entends du Kitaro (période Silk Road) dans une intense enveloppe d'excentricités sonores. La vastitude des albums d'Ultimae Records finissent toujours avec un titre assassin. Un genre de titre qui explose les lentes approches de crescendo des œuvres psybient ou de chill cosmique qui ont fait la renommée de ce label. Et Everlasting ne fait pas exception. C'est un savoureux down-tempo torride où chaque pulsation, chaque battement nous percent le cœur et où les enveloppantes vagues de synthé nous recouvrent de morosité. Il y a une petite mélodie carillonnée qui troue cette densité sonique et qui nous amène à un autre niveau. Mais toujours, les enveloppantes ondes de synthé, aux chants si séraphiques, nous noie dans une immensité sonique qui est tellement puissante que l'on peine à en saisir toute la dimension. Nos oreilles débordent et notre cœur saigne. Et c'est lourd, c'est lent, c'est poignant et c'est est surtout le signal qu'un autre très bel album vient orner la luxuriante discographie du label Lyonnais.

Sylvain Lupari (16/10/14) *****

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Disponible au Ultimae Records Bandcamp

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