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  • Sylvain Lupari

Barry Schrader Lost Analog (2022) (FR)

Pour un public friand de l'évolution de la MÉ des années 70 au milieu des années 80

1 Death of the Red Planet Suite 10:07

2 Bestiary - Introduction & Assemblage 6:58

3 Bestiary - Sea Serpents 6:04

4 Bestiary - The Unicorn 5:41

5 Bestiary - Basilisks 7:35

6 Bestiary - Return & Exit 5:32

7 Classical Studies - Canon 1:54

8 Classical Studies - Chorale 2:53

9 Classical Studies - Perpetuum Mobile 1:21


10 Moon-Whales Suite - The Moon-Oak 5:31

11 Moon-Whales Suite - The Moon-Bull 7:23

12 Moon-Whales Suite - Moon-Wings 5:01

Ex Machina Music

(CD/DDL 66:05)

(Experimental classical EM)

La récente explosion d'œuvres musicales composées et crées à partir des synthés modulaires nous a permis d'entendre une foule d’artistes indépendants qui ont trouvé leur niche chez DiN, Behind the Sky Music et Buh Records. Certains artistes ont même réintroduit le Bucha 200 dans leur arsenal d'équipements, redonnant à la musique électronique (MÉ) cette touche avant-gardiste qui était pourtant bien présente dans les années 70. C'est dans cette foulée que j'ai découvert l'artiste vénézuélienne Oksana Linde et son album Aquatic and other Worlds (1983-1989). Ce qui m'amène à Barry Schrader. Cet artiste américain, né en 1945 en Pennsylvanie, est un véritable pionnier de la musique électro-acoustique. Il a débuté a composer de la musique aussitôt qu'en 1969. Il a par la suite fondé et fut le premier président de la SEAMUS, la société pour la musique électro-acoustique aux États-Unis. Ses œuvres, majoritairement de la musique pour films, vidéos, spectacles de danse et/ou projections multimédias informatiques, et ses performances ont été acclamées par le monde entier et ont reçu des commentaires très élogieux de magazines de prestige, incluant la société Gramophone qui le décrit comme étant un compositeur de MÉ accessible avec un style distinctif. Certains vont jusqu'à comparer sa musique à du Jean-Claude Eloy, Pierre Henry et Karlheinz Stockhausen. En lisant ces noms, vous vous doutez que nous sommes dans le royaume de la musique avant-gardiste, expérimentale voire abstraite. Malgré ce florilège de compliments et cette reconnaissance internationale, Barry Schrader a réalisé très peu d'albums et reste à peu près inconnu dans les cercles de MÉ de style plus accessible. LOST ANALOG est un 8ième album réalisé de façon commerciale et fait suite à son premier album réalisé en 1986 Lost Atlantis. Crée à l'origine en mode quadriphonique, la musique de cet album a été composée entre 1972 à 1983 à l'aide du synthétiseur modulaire analogique Buchla 200. Et pour le critique John Rockwell, du New York Times, la musique sur Death of the Red Planet surpasse celle de Tangerine Dream dans sa coloration électronique hypnotique (sic!). Qu'en est-il?

Et l'album, disponible en CD manufacturé comme en DDL, débute justement avec Death of the Red Planet Suite, un condensé musical de la musique qui accompagnait le film Death of the Red Planet. Ce film, d'une 20taine de minutes, a été le premier à être créé à partir d'images réalisées avec des lasers et a été présenté dans plusieurs théâtres américains en même temps que le film Yessongs du quintet britannique Yes. Je me souviens du regard très condescendant des puristes de la MÉ du début des années 70 lorsqu'ils essayaient de me convaincre que cet art était la nouvelle révolution culturelle. C'est de cette façon que je perçois le commentaire de John Rockwell, parce que TD avait une vision cinémascopique pas mal plus élargie tout en étant assez musicale. Ce qui n'est pas le cas de ce titre créer afin de nous plonger littéralement dans le sens de son titre. Un long bourdonnement modifie sa texture organique pour développer une membrane statique qui défile par secousses. Ces secousses métamorphosent leurs portées sonores, entraînant l'auditeur dans un univers de musique bruitiste et spatiale où les brises et les effets sonores deviennent plus musicales. Il faut reconnaitre la capacité de l'auteur qui réussit à mettre en sons, et en musique, la portée de son titre. Bestiary, composé entre 72 et 74, est un acte musical composé de 5 parties qui est inspiré de ces gladiateurs qui combattaient des bêtes féroces. Bestiary - Introduction & Assemblage met en relief des ondes vacillantes dont les tonalités incongrues sont bousculées par de petites explosions sonores. Il y a un goût de métal hurlant dans ces nappes de synthé où la recherche de nouvelles tonalités et leurs transformations étaient le point d'ancrage de cette création. Pour l'époque, je dois admettre que le son et leurs oblongs effets dissonants avaient une couleur avant-gardiste. Le mouvement de Bestiary - Sea Serpents est plutôt conforme au titre avec de longues lignes qui se meuvent comme ces invertébrés aquatiques. L'écume des vagues qu'ils font est assez réaliste. Bestiary - The Unicorn est plutôt tranquille, quasiment méditatif, alors que Bestiary – Basilisks, après son intro toujours sous le signe de la méditation, fait entendre les premiers mouvements de rythme réel de LOST ANALOG. Mais là, on parle de rythme électronique comme ceux de Pierre Henry dans Messe pour le temps présent, une excellente œuvre avec une portée assez commerciale pour l'époque; autour des années 67-68. Bestiary - Return & Exit conclut les presque 32 minutes de cette épopée musicale avec une structure de rythme ascendante qui monte et descend, dans un pattern assez similaire au Berlin School, dans une ambiance de bruits électroniques. Si j'avais à vous conseiller par quel bout prendre LOST ANALOG, j'irais avec la saga Bestiary.

Classical Studies – Canon, Classical Studies - Chorale et Classical Studies - Perpetuum Mobile sont de courts titres de musique abstraite qui représentent ces anciennes formes de musique classique. Classical Studies - Perpetuum Mobile est assez décapant avec son débit plutôt vif dans une approche de musique bruitiste. Moon-Whales Suite présente 3 segments d'une œuvre beaucoup plus longue intitulée Moon-Whales and Other Moon Songs que Barry Schrader a composé entre 82 et 83. Nous sommes dans le meilleur de LOST ANALOG avec un beau mouvement adagio qui débute Moon-Whales Suite - The Moon-Oak. Ici, la partie qui segmente les 5 minutes est une étape de musique concrète (du bruit sur une texture classique) avant que la musique ne nous reberce avec une texture de musique créée pour les abysses. Moon-Whales Suite - The Moon-Bull est plus musicale avec une texture de musique cosmique qui est composée comme si le synthésiste américain était assis sur une banquise du Cosmos. J'aime bien la douceur lunaire des ambiances. Avec un peu, et très peu, d'imagination, nous volons sur les ailes sonores de Moon-Whales Suite - Moon-Wings. Le déploiement des ailes est très réaliste, avec de vives saccades métallisées, et la musique nous fait dériver avec réaliste entre chacune de ces envolées. Des envolées qui se brusquent à mesure que le titre arrive à sa finale.

Soyons franc et réaliste, LOST ANALOG est un album qui plaira à un public friand du développement de la MÉ depuis le début des années 70 jusqu'au milieu des années 80. Ne cherchez pas de structures de rythmes soutenus, ni de mélodies dans cet opus qui démontre certes un niveau de créativité pour son époque. Et si nous comparons cette œuvre à ce qui se fait aujourd'hui dans la MÉ, on constate que nos artistes contemporains qui œuvrent avec ce fameux Bucha 200 sont aussi en avant de leur époque que leurs valeureux pionniers et prédécesseurs. À la seule différence qu'aujourd'hui, ces artistes arriment des rythmes soutenus ainsi que des mélodies à leurs expérimentations. Une énorme différence…

Sylvain Lupari (01/12/22) ***½**

SynthSequences.com

Disponible au Barry Schrader Bandcamp

(NB : Les textes en bleu sont des liens sur lesquels vous pouvez cliquer)

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