• Sylvain Lupari

BROEKHUIS, KELLER & SCHONWALDER: Yellow (2017) (FR)

“Ça doit être un des très bons albums, du début à la fin, de BK&S depuis fort longtemps”

1 Yellow Stone 18:52 2 Yellow Sun 14:26 3 Yellow Train 12:53 4 Yellow Cab 14:21 5 Yellow and Purple 10:56 Manikin ‎– MRCD 7106

(CD/DDL 71:30) (V.F.) (Berlin School)

Pour YELLOW, le célèbre trio revient à la base! C'est donc sans Raughi Ebert et Thomas Kagerman que Bas Broekhuis, Detlef Keller & Mario Schönwälder nous présente un 25ième album (avec ou sans Bas Broekhuis) et un 6ième sur la thématique des couleurs qui débutait avec Noir en 2003. Près de 15 ans plus loin, on peut dire que le son du trio Berlinois a constamment évoluer, pour le plaisir de nos oreilles et aussi afin de suivre l'évolution des instruments de MÉ développés par Manikin, alors que les compositions restent toujours enveloppées dans ce cocon minimaliste sautillant et spasmodique qui sert à orner une MÉ des plus beaux atouts soniques de la maison Manikin. Bien enveloppé dans une pochette digipack à 6 côtés, YELLOW est sans aucun doute l'album le plus tranchant de cette série sur les couleurs. BK&S ne renie en rien l'essence de leurs inspirations en offrant à ses fans une belle palette de couleurs de synthés qui éveillent des souvenirs de Tangerine Dream des années 74 à 77. C'est avec un charme absolu que j'ai dégusté les 71 minutes de cet album, comme à la belle époque où j'ai découvert le superbe The Annazaal Tapes.

C'est dans des vapeurs d'un orchestre qui accorde ses cordes derrière un étang brumeux que débute Yellow Stone. Recouverte de motifs intrigants, l'introduction se dégage de son emprise d'ambiances glauques afin de sauter dans le train d'un séquenceur qui sautille en compagnie d'une ligne de basse. Le jumelage de ses deux éléments structure un délicieux rythme chaotique dont l'approche minimaliste colligera toutes les fineries rythmiques sur son passage. Ce rythme, qui me fait l'effet d'un train sans passion, sautille en accordant les motifs harmoniques qui se dégagent des synthés avec sa cadence. C'est ainsi que la palette de couleur jette des jets de brume iodée et des nappes poignantes alors que les cliquetis de Bas Broekhuis nous rappellent qu'il n’est pas trop loin dans le décor. Les pulsations de basse deviennent plus intenses, elles feront vibrer vos murs à mesure que le rythme de Yellow Stone atteindra sa pleine puissance, alors que les nappes de synthé lancent des jets chloroformés. Nos sens en état d'hypnose remarquent cette ligne de séquences égarées qui papillonnent sans envie alors que les nappes intensifient leurs emprises sur nos sens. Les percussions deviennent de plus en plus actives. Et Yellow Stone devient de plus en plus intense avec des nappes de synthé et de chœurs chtoniens qui logent un appel au temps avec ses parfums d'un autre célèbre trio Allemand; celui de Franke, Froese & Baumann. La vélocité atteint, la structure est plus puissante que vive avec un arsenal de tons et d'effets qui font du rodéo sur une structure qui a gardé toute son enveloppe minimaliste depuis ses 12 dernières minutes. Ce pattern d'évolution minimaliste, incluant ouverture et finale, est l'ossature des 5 titres de cet album de bon Berlin School contemporain qui marie à merveille ses nouveaux éléments avec ceux d'hier. Après une introduction bariolée d'effets d'ambiances, Yellow Sun se développe dans une structure qui se colle aux rythmes claniques et surtout éthérés de la série Repelen. Le travail de Bas Broekhuis est tout simplement exquis sur une structure où la Musique du Monde exploite à merveille les langoureux solos de synthé.

Beaucoup de bruits, une belle palette de couleurs tonales et des synthés illuminés parfument la structure sautillante de Yellow Train. Érigé sur une structure qui s'apparente à un train astral camouflé dans la subtilité, le titre se libère de son introduction bourrée de bruits électroniques qui sont près des tonalités de jeux d'arcades avec une ligne de séquences courant comme des iules effrayés par des arpèges qui étirent leur musicalité avec des grandes enjambées qui cherchent à les écraser. Les bruits bizarres, la vivacité des cliquetis des iules et le ralenti des foulées dessinent un contraste sonore qui remplit nos oreilles de charme. Trois minutes plus loin, le rythme sautillant unique à la signature BK&S gambade vivement dans une plaine sonique où les solos affluent comme des nuages sur une turbulence d'éléments tonals. Un piano tisse une mélodie dérobée à ces éléments, alors que l'enveloppe minimaliste du rythme tranquille étend ses cabrioles et ses cascades sous des solos toujours langoureux. Je vous parlais des influences de Tangerine Dream dans ce YELLOW et Yellow Cab ne se gêne pas pour les étaler. Un pur remake et remix de Betrayal (Sorcerer Theme), c'est aussi un pur délice pour les oreilles des amateurs de cette trame sonore avec une approche qui ne dénature en rien la version originale. C'est tout le contraire. La musique, les harmonies, les ambiances et surtout les séquences et les percussions sont ici plus approfondies. BK&S exploite à fond les essences de ce titre phare du répertoire de TD avec une même vision dans les solos et les harmonies des synthés qui sont plus longs et aussi plus élaborés, un peu comme s'il possédaient et partageaient les secrets de Franke, Froese & Baumann lors des sessions d'enregistrements de Sorcerer. Les séquences et surtout les percussions sont exploitées avec plus de mordant et démontrent l'approche plus contemporaine au niveau des équipements de la maison Manikin. Du bonbon pour les oreilles. En tout cas, les miennes!

Yellow and Purple annonce sans doute la prochaine étape de cette série sur les couleurs du trio Allemand. Après une introduction d'ambiances dans le ton, le rythme emprunte une surprenante tangente de musique de danse avec un débit toujours sautillant, et plus spasmodique, entouré de solos aussi tortueux qu'un nœud de serpents qui se dévrillent dans des vapeurs de synthé chthoniennes. Il y a un bon mélange de vieux Berlin School à des essences plus contemporaines où rôdent toujours ces parfums de Tangerine Dream. Oui! Le meilleur à date de l'arc-en-ciel sonique aux couleurs aussi improbables que très séduisantes de Broekhuis, Keller & Schönwälder.

Sylvain Lupari (24/04/18) ****½* SynthSequences.com

Disponible chez Manikin Bandcamp

  • Twitter - Cercle blanc
  • Facebook - White Circle

© 2019 by  Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari