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  • Sylvain Lupari

Carbon Based Lifeforms Stochastic (2021) (FR)

Une œuvre majeure de musique purement ambiante avec une touche de poésie éthérée

1 6EQUJ5 13:34

2 Holding Time 10:03

3 Hello from the Children of Planet Earth 10:48

4 Probability Approaches Infinity 9:34

5 Stókhos 7:36

6 Mycorrhizal Network 7:45

7 Delsjön 6:33

8 Sphere Eversion 7:32

9 Eigenvector 13:35

10 Finite State Space 8:21

Leftfield Records – LFTFLD24

(CD/DDL 95:23)

(Ambient Music)

STOCHASTIC ou les dimensions aléatoires qui nourrissent les 10 structures et les 95 minutes d'un album de musique électronique (MÉ) purement ambiante. Après une absence de 4 ans et le délicieux Derelicts, Carbon Based Lifeforms renoue avec un style amplement exploité dans les albums Twentythree et VLA en 2011, les espaces atmosphériques. Pourtant, STOCHASTIC a failli jamais arriver à nos oreilles. Daniel Ringström et Johannes Hedberg se sont amusés à explorer les fonctionnalités aléatoires de vieux synthétiseurs qu'ils n’avaient pas utilisé depuis longtemps. La musique crée lors de cette vague expérience a servi à remplir les ambiances lorsque les deux musiciens réalisaient des tâches connexes au groupe. Ils ont remarqué que ces séquences de musique aléatoires gardaient leur esprit relaxé et concentré. Très satisfaits des résultats, ils ont retravaillé la musique en y ajoutant des mélodies ambiantes et ces sourdes impulsions rythmiques qui attisent constamment ce désir d'en entendre plus. Baignant dans une délicieuse ambiance cosmique, STOCHASTIC est devenu assez rapidement ce compagnon pour accompagner mes lectures et même mes dodos depuis une couple de semaines. Nous sommes dans ces territoires où la musique ambiante possède son âme!

Les premiers rayons sonores de 6EQUJ5 ont un cachet céleste avec des ondes douces qui incubent des filets de voix éthérées. Un battement fantôme se fait entendre, simulant un lent rythme amphibien. Un peu comme un effet de remous pulsatoire cosmique. Les ondes de synthé sont divisées entre le bleu céruléen et une teinte légèrement écarlate, gardant cette texture séraphique où les bourdonnements restent la toile de fond qui se dégage des lentes pulsations vibratoires du rythme ambiant. Nous ne sommes pas loin de l'univers de Jean-Michel Jarre dans la longue pièce titre de En attendant Cousteau. Holding Time possède aussi son rythme fantôme avec une nappe de basse qui ronronne comme une machine industrielle. Ces ronronnements suivent une courbe d'intensité qui reste à un niveau atmosphérique. Une pléthore d'ondes de synthé s'en échappe. Elles suivent cette légère implosion du mouvement rampant de la basse, irradiant les couleurs de l'arc-en-ciel avec des textures tantôt passives et parfois émotives. Maintenant, imaginons une tache d'encre multicolore sur un papier buvard qui étend son emprise en métamorphosant sa texture, et vous avez la plus belle image sonore pour définir les axes de sérénité qui créent la lente symphonie de Hello from the Children of Planet Earth. Cette nappe de basse qui fait avancer cette lente éclosion est aussi chloroformique que le mouvement. Un titre ambiant tout simplement délicieux dont les légers tintements bien éparpillés, on dirait des cliquetis organiques, sont des accroche-attention. Cette métaphore de la tache d'encre sert aussi bien les autres titres de cette nouvelle offrande de CBL. Probability Approaches Infinity nous guide vers les territoires plus du genre Dark Ambient de l'album avec une grosse masse de bourdonnements. Ces sombres brises creuses font avancer lentement cette navette sonore dont la carcasse luit de ses pâles réflexions cuivrées.

Le très long Eigenvector est du même genre avec de très beaux chants ambiants des synthés. Les élans fantômes du mouvement se décuplent par de sourdes impulsions provoquées par des nappes de drones qui s'entrechoquent. Stókhos fait entendre des ronflements mélodieux qui vont et viennent comme le chant ambiant d'un gros ronfleur. Des lignes de synthés initient de lointains chants séraphiques aux formes et aux couleurs diversifiées, il y a une influence de Jarre ici, tandis que d'autres nappes étendent des orchestrations lunaires. On y dort bien! Les synthés continuent de développer de belles phases d'harmonies séraphiques sur Mycorrhizal Network. Le nid de bourdonnements vibratoires est comme une source sonore pouvant irradier de multitudes d'ondes et de lignes de synthé aux qualités autant mélodieuses qu'orchestrales. Profitant d'une ouverture nettement plus intense, Delsjön magnétise nos sens avec une lente valse cosmique qui dérive sur son lit de bourdonnements. Le mouvement est hyper lent avec une touche de lyrisme à cause de ces voix secrètement audibles qui voguent sur ces nappes et de cette texture opaline qui les fait rayonner. Sphere Eversion cache minutieusement un rythme fantôme dont les longs décalages entre les pulsations cadencées qui s'étirent en bruissements industriels. Son mouvement est aussi lent que Delsjön sans offrir cette tendance à valser dans le Cosmos. On y dérive tout autant sur un mouvement linéaire dont les ondes de synthé ont cette tendance pour s'élever avec un niveau d'intensité émotionnelle variable, créant de beaux motifs poignants, dans une nuée de particules sonores qui proviennent de la décomposition de ces ondes cuivrées qui naissent et se désagrègent sur un énorme linceul de bourdonnements. Des clapotis d'eau remuent les ambiances de Finite State Space qui flirte avec le style Dark Ambient avec des drones plus résonnants qui se déplacent d'une démarche amorphe. Des filaments plus translucides injectent une autre forme de mélodie ambiante qui gémit dans cet horizon peint de noir bourdonnant.

Les formes, les textures et les couleurs des sons! Au-delà de toutes formes de mathématiques, il se cache un trait d'émotivité qui rend la découverte de STOCHASTIC savoureuse. J'aime cette balance équitable entre les textures plus ténébreuses et ces phases oniriques, entre la froideur du Cosmos et la chaleur des émotions qui sert de tremplin afin de la créer. Au final, c'est un très bel album qui donne ces lettres de noblesse à un art que trop peu se donne le temps de découvrir avec la patience de sa pertinence. Une œuvre majeure de Carbon Based Lifeforms pour le genre!

Sylvain Lupari (20/12/22) *****

SynthSequences.com

Disponible au Carbon Based Lifeforms Bandcamp

(NB : Les textes en bleu sont des liens sur lesquels vous pouvez cliquer)

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