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  • Sylvain Lupari

COLIN RAYMENT: Architects of Orion (2017) (FR)

Updated: Aug 9, 2019

“C'est un très bon et lourd England School mixé à un non moins solide Berlin School qui est très agréable à découvrir avec ses puissants mouvements chargés d'intensité”

1 Blue Moon Epiphany 10:37 2 View with a Planisphere 10:04 3 Astronomical Twilight of NQ1 4:52 4 Waxing and Waning 5:59 5 Dobsonian Vision 7:00 6 Ephemeris Lullaby 9:39 7 Phase of an Illuminated Cresent 8:30 SynGate CD-r CR03

(CD-r/DDL 56:41) (England and Berlin Schools)

Il y a quelque chose de nouveau dans le style de Colin Rayment. Le musicien anglais se distance des influences des Blue Years de Tangerine Dream pour plonger dans le style plus intense et plus cinématographique des années Sonic Poem Series. Inspiré par la constellation d'Orion et de ses boulevards d'étoiles, Colin Rayment offre en ARCHITECTS OF ORION un album extrêmement puissant où la complexité de certains titres resplendit toujours d'un petit quelque chose qui accroche, qui séduit. Si vous aimez le genre lourd, séquencé et très mélodieux dans une riche ambiance d'un cosmos plus contemporain que vintage, cet album ne prendra pas de temps pour vous séduire. Dans cet album, la musique est assez lourde. Lourde, intense et bouillonnant d'un maillage séquences/percussions, mis à part les quelques odes contemplatives, avec une subtile accentuation émotionnelle qui vous procure des beaux frissons dans les oreilles.

Blue Moon Epiphany donne le ton à cet album très riche en tons, et autant en couleurs des sons, avec une approche plutôt austère. En fait, une marche quasi militaire d'un séquenceur forge ce genre de rythme stationnaire qui fait tapoter des doigts et rouler du cou. La large dimension du mouvement permet à des arpèges d'y danser un ballet harmonique. Un mouvement de séquence plus grave papillonne comme un hélicoptère en mode attaque mais qui doit faire face à l'instabilité de l’air, mimant une accentuation rythmique qui reste pourtant stationnaire. Des effets et des nappes fumigènes alimentent un décor assez intense et font même dériver la structure légèrement de son point d'ancrage. Si on regardait de la terre le navire sonique de Blue Moon Epiphany on remarquerait un engin qui lutte avec noblesse contre les forces de la gravité. Dix minutes soutenues? Pas vraiment puisque le titre doit puiser des réserves dans un port d'ambiances avant de menacer à nouveau avec sa structure lourde qui prend un virage plus harmonique avec des arpèges qui scintillent dans un vif mouvement d'alternance du séquenceur et dans des effets qui flirtent avec une juvénile approche psychédélique organique. C'est le genre de titre que l'on dévore avec une nouvelle oreille, très affamée, écoute après écoute. Et c'est la même chose avec le très puissant View with a Planisphere qui doit auparavant faire face à un barrage d'éléments d'ambiances et de tonalités cosmique avant de se laisser transporter sur les délicates ailes d'orchestrations en mode; caresse-moi l'épine dorsale. Le rythme émerge un peu avant la barre des 4 minutes avec un jeu de percussions et séquences aussi dramatiques que dans les meilleurs moments de rock électronique dans Near Dark, dont la puissante finale de Pick Up at High Noon.

Astronomical Twilight of NQ1 est un titre ambiant avec une belle nappe de voix qui fredonne sur un lit de délicates pulsations basses et d'ornements synthétisés sifflotant de fragiles mélodies embryonnaires. L'introduction de Waxing and Waning s'échappe de ces ambiances mais avec une ligne de basses pulsations plus soutenue et des nappes de synthé dont les voix semblent plus loin que les effets orchestraux. Bien que la structure soit ambiante, les effets sont riches avec une certaine intensité dans les nappes sibyllines d'un synthé qui fait la juste part des choses entre ses éléments d'ambiances et d'harmonies. D'ailleurs, cet habile mélange entre ces deux éléments ajoute une saveur autant ésotérique que cosmique à ARCHITECTS OF ORION. Dobsonian Vision surprend nos oreilles avec une touche plutôt New Age en ouverture. Une voix séraphique murmure tendresse et rêve sur une structure qui ondule lourdement avec ses effets et cliquetis de percussions qui font très Code Indigo et un mouvement de séquences ascendant qui fait très TD, période Atomic Seasons. Un beau titre. Sans doute le plus accessible avec la superbe ballade lunaire qu'est Ephemeris Lullaby. La délicieuse dérivation cosmique se poursuit avec l'ouverture de Phase of an Illuminated Cresent et ses nappes de voix morphiques qui murmurent autant que flottent dans un mouvement insondable qui laisse deviner une suite encore plus carabinée. Ces nappes de voix nous amènent vers une bonne structure nouée de spasmes et de papillonnements d'un séquenceur qui affectionne lourdeur et courbes harmoniques où rôdent des harmonies tellement solitaires. Des harmonies qui complètent leur migration vers ces nappes apocalyptiques qui étaient la signature de Vangelis dans l'ultime Blade Runner.

Solide du début à la fin, même avec cette tendance New Age qui se détache de la lourdeur et de l'intensité cinématographique de ARCHITECTS OF ORION, ce dernier opus de Colin Rayment possède les charmes de son ambition. Plusieurs artistes ont tenté avec des succès mitigés de décrire les ambiances d'Orion, ou du cosmos tout simplement, mais peu ont réussi à mêler aussi habilement cette fascination construite sur une crainte légitime et où la poésie astrale côtoie à merveille un univers toujours insondable. Un très bon et lourd Berlin School très agréable à découvrir dans son environnement conceptuel. Ça sort demain des usines de SynGate en CD-r et en format téléchargeable.

Sylvain Lupari (27/10/17) ****½*

SynthSequences.com

Available at SynGate's Bandcamp

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© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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