• Sylvain Lupari

EBIA: Transmission (2019) (FR)

“Il y a ce mélange de drame et de tendresse, de colère et de résignation qui fait de ce dernier album d'Ebia quelque chose de très émouvant”

1 Transmission 13:00 2 Speed of Light 10:10 3 Receiver 10:17 4 Aliens Message 13:02 5 Re-Transmission 11:02 6 Lost Signal 10:39 SynGate CD-R EM08

(CD-r/DDL 68:10) (Berlin School)

Tristement, Jörg Bialinska est décédé suite aux conséquences d'une maladie auto-immune en Janvier 2018. Et comme on dit dans le milieu de la MÉ, surtout depuis le décès d'Edgar Froese il y a 4 ans, l'homme derrière Ebia a changé d'adresse cosmique. Un dernier album était en cours de préparation et sa femme a gentiment accepté que SynGate conclut ce dernier opus d'Ebia sobrement intitulé TRANSMISSION. Six titres d'une durée moyenne de 11 minutes confirment le talent de celui à qui on doit Hunter of Worlds, l'album qui lui a ouvert la porte à un plus grand public en 2009. D'ailleurs, de légers parfums de Space Rock & Dance Music circulent sur les structures de TRANSMISSION qui propose aussi une continuité de Herrscher im Orbit avec des rythmes qui explosent et implosent sous de multicouches de synthé qui projettent aussi des auras circulaires parfois dramatiques et/ou apocalyptiques. Intense et un festin pour les oreilles, avec des motifs de percussions suspendues comme des acteurs dramatiques, TRANSMISSION est un héritage d'Ebia digne d'un dernier tour de piste qui fera en sorte qu'il nous manquera pour sûr!

La pièce-titre nous donne un bon aperçu de ce qui attend nos oreilles au fil de la découverte de cet album. Des souffles azurés, des murmures et des rayons sonores filtrés d'un synthé en mode intensité nourrissent une introduction surchargée d'effets et de bruits qui font travaillés nos tympans. La portée sonore dans une salle d'écoute est assez intense et signifie que la production s'écoute aussi bien dans des écouteurs, c'est toujours plus nourrissant pour l'âme, que dans nos haut-parleurs qui dégagent en contrepartie une portée plus intense. Ces rayons de réverbérations soufflent l'ombre et la lumière, quoique plus nuancée, dans des mouvements qui vont et viennent et qui éveillent le séquenceur et ses ions dansottant sur place. Le décor est apocalyptique avec une intensité refoulée dans un armement sonore des plus intense. Des basses percussions ajoutent au poids de la cette profonde lourdeur, tandis que les fragiles lignes du séquenceur dansent toujours tout en s'éloignant d'un paroxysmique musical qui a déjà stigmatisée notre dépendance envers une musique qui nous tient sur le qui-vive. Des percussions électroniques s'amènent et leurs roulements ajoutent une dimension inattendue à cette structure toujours stationnaire. Les rayons du synthé, très Vangelis en passant, multiplient leurs présences dantesques avec de longs gémissements qui font penser à de longues complaintes dans de bons solos qui sonnent comme ceux d'une guitare. Toujours en mode sédentaire, la structure de Transmission oscille entre intensité et oisiveté avec ce maillage de séquences et de percussions, auquel s'ajoute les sourdes palpitations d'une ligne de basse, dans une finale bourrée de solos de synthé/guitare qui performent avec un rare degré d'intensité. Disons que j'ai accroché tout de go à ce titre.

Séquences nerveuses et percussions entraînantes, Speed of Light suit avec une structure nettement plus accélérée qui court dans une phase de rock'n'dance des années de la synth-pop. Timide et tout en arrière-plan, un clavier éparpille discrètement des bouts de mélodies invisibles alors que divisé entre ses multicouches des années Ultravox, le synthé arrive à souffler de bons solos. Receiver prend du temps à décoller. Enseveli par une autre masse de nappes et d'effets bruiteurs, le rythme émerge avec des séquences qui papillonnent autour de cette masse de réverbérations. Le mouvement apporte un peu de nuance à sa nervosité. Sauf que comme dans la pièce-titre, il clignote comme des feux rouges en folie sous une masse sonore noire et stagnante. On reste toujours dans une forme de coït interrompu ici, comme dans Transmission, mais il y a quelque chose d'inexplicable qui fait que c'est beau, sans doute les nappes pleureuses qui sont d'une sensibilité inouïe, et qui attise constamment l'ouïe. Moins dramatique et percutant que Transmission, ce Receiver reste d'une efficacité impénétrable. Aliens Message ouvre avec des nappes qui flottent comme des draps bruns au vent. Des effets à la Jean-Michel Jarre appuient cette introduction qui est chassée par un fluide mouvement du séquenceur. Des effets sonores, genre pépiements électroniques, se promènent d'une oreille à l'autre, d'un haut-parleur à l'autre, ajoutant au poids sonique de ce titre qui est un très bon rock cosmique assez entraînant. Et Aliens Message court, court et court sous de belles nappes de synthé qui tentent de percer avec des solos qui agonisent dans une sobriété acceptable. Du bon rock électronique! Moins dramatique et moins turbulent que Transmission, Re-Transmission propose des chants de synthés qui roucoulent dans une masse d'ondes réverbérantes. Si des percussions jouent du tam-tam sobre, d'autres accompagnent le schéma rythmique du séquenceur et ses ions qui sautillent avec une vision complémentaire aux harmonies du synthé dans un décor rempli de mélancolie. La tristesse est à découper au ciseau ici. Lost Signal, qui est assez représentatif de son titre, épouse un peu cette structure de mélodie inachevée dans Herrscher im Orbit et qui me donne ce goût de réentendre pour la ixième fois le tendrement poétique Sebastian im Traum de Frank Specht.

Conclusion?! Il y a quelque chose de déroutant, de déconcertant dans l'univers de TRANSMISSION. Il y a ce mélange de drame et de tendresse, de colère et de résignation qui rendent ce dernier album d'Ebia étonnement bouleversant. Les séquences de rythme sont entre deux pôles alors que les synthés ornent cet écart avec une tendresse absolue, sinon une rage apocalyptique. Un bel album qui vaut absolument le détour!

Sylvain Lupari (11/02/19) ***¼**

SynthSequences.com

Disponible au SynGate Bandcamp

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