• Sylvain Lupari

IAN BODDY: Nevermore (2021) (FR)

Un splendide album avec un titre bien étrange pour célébrer son 100ième album

1 Farside 7:20

2 From Here to There 14:41

3 Glade 9:20

4 Underhill 4:40

5 Nevermore 16:42

6 The Circle Closes 7:44

DiN 69

(CD/DDL 60:27)

(DiNbient, England School)

Voici le 100ième opus du label DiN! Ce chiffre faramineux du célèbre label s'explique par 69 CD, 26 DDL et les 5 volumes de la série Tone Science. C'est en juin 1999 qu'Ian Boddy officialisait son label avec l'album Box of Secrets. Dès lors, ce nouvel univers sonore serait destiné à démocratisé la MÉ en transcendant son propre univers à tous les 10 albums, d'où la fabuleuse collection Index. Et qui de mieux placé que son fondateur pour signer la 100ième œuvre de ce label dont l'avant-gardisme a influencé et remorqué la MÉ au-delà du 21ième siècle. NEVERMORE est le produit du concert qu'Ian donnait dans le cadre du Soundquest Festival. Ce festival de 3 jours de musique électronique ambiante fut mis sur pied par Steve Roach et a été retransmis sur une scène mondiale via YouTube. Ceux qui ont vu sa prestation s'entendent pour dire que c'était un évènement magique. Pour ceux qui n'ont pas eu cette chance, on peut encore visionner la vidéo en cliquant ici.

Le musicien Anglais réchauffe ses instruments et fait le réglage des paramètres de ses Eurorack en ouverture de Farside. Sont-ce des vents cosmiques ou des ululements spectraux qui sillonnent cette rangée de bruits organiques comme métalliques? Toujours est-il que cette introduction est cousue dans l'inquiétude, comme dans l'étrange. Des boucles sont libérées et tournent en oscillant lentement dans ce décor Méphistophélique. Leurs pouvoirs d'attraction défient l'amplification d'une masse sonore d'où s'échappe les premiers gémissements du clavier French Connection. Les intrigantes Ondes Martenot, comme celles du Theremin n'ont plus de secret pour Ian qui manipule son clavier en soutirant des complaintes d'une acuité musicale à fendre l'âme. C'est comme entendre un fantôme pleurer dans un couloir abandonné par son temps. Les solos terminés, nos oreilles retrouvent cette boucle dont l'amplitude à désertée sa perfection pour se retrouver dans un passage de transition vers les pulsations gothiques de From Here to There. Les parfums de Arc sont identifiables dans cette ouverture où le rythme pulsatoire accroit sa vélocité dans un parc d'éléments percussifs et de glitch des plus séduisants. Boum-boum, le rythme résonne de concert avec nos pieds qui tapotent le plancher, signe d'un rythme entrainant dans son enveloppe psychédélique contemporaine. J'aime ces étranges accords qui pétillent ainsi que ces notes qui défilent dans un effet de staccato, donnant ainsi une grosse chair autour de cette ossature rythmique qui s'est enrichi d'une membrane spasmodique. Dans la vidéo, ont voit Ian Boddy en constant mouvement jouant, peaufinant et sculptant les 15 minutes de ce superbe titre, c'est ainsi pour toute les 60 minutes de sa prestation, en ajoutant des éléments rythmiques comme soniques et en tissant des très beaux solos. Ces ébats pulsatoires se fanent autour de la 13ième minute, laissant From Here to There à une finale ectoplasmique nous conduisant vers Glade. Ce titre ambiant foisonne de tonalités que l'on pourrait identifier à une promenade dans le Cosmos, si ce n'était pas de cette subtile nappe de basse implosive qui nous rappelle constamment les bases chtoniennes, qui seront plus présentes dans Underhill, de la musique du musicien de Newcastle. Ce qui ne l'empêche pas de décorer Glade avec de beaux solos comparables à des chants de rossignols électroniques.

C'est ainsi que nous glissons vers l'intrigant Underhill et ses ambiances gothique-industrielles où les chants spectraux du French Connection sont nettement plus efficaces. Outre ces chants, nos oreilles perçoivent des cliquetis scintiller dans les vents noirs qui soufflent de l'intérieur. Des vents où des voix sont prisonnières dans cet antre à la démence qui se heurte à une surcharge électronique, signifiant que la pièce-titre n'est qu'à quelques secondes de nos oreilles. Sur une structure de rythme plus sournoise, Nevermore avance comme des pas de loup sur une ligne de 5 basse-pulsations ascendantes. L'esthétique et la recherche musicale d'Ian Boddy sont au rendez-vous avec ces pétillements percussifs, ces baguettes électriques qui font pschitt-pschitt, ces cliquetis métalliques et ces éléments percussifs spasmodiques éructant comme des accords électrifiés sont autant agréables qu'étonnants dans cet enrobage DiNbiant qui sert à désamorcé la pièce-titre. Sa progression étonne avec cette impression d'entendre deux lignes de rythmes convergées avec leur disparités dans une chorégraphie linéaire qui n’a pas besoin de ces magnifiques solos pour impressionner nos oreilles. Ils sont là et on les accepte avec plaisir, donnant cette luxure et cette abondance à mes oreilles jamais las face aux constant défis de la musique du boss de DiN. Les solos chantent, comme ragent avec des tonalités flûtées qui s'insèrent entre ces furies évanescentes qui tiennent constamment les oreilles sur le qui-vive. Épuisé par cette charge sonore, le rythme est rendu à palpiter d'une basse-pulsation dans un panorama musical qui s'adapte avec une nappe de brume et quelques éléments percussifs éparpillés alors que le synthé et ses souffles acuités ramènent Nevermore sur le sentier de sa tanière musical. Un autre grand titre du répertoire Ian Boddy. The Circle Closes termine NEVERMORE avec une ode ambiante qui traîne encore quelques éléments percussifs entre des très beaux et tendres solos de synthé. On entend mieux les orchestrations qui font dériver les ambiances d'un titre respirant de ces splendides solos à faire pleurer une roche lunaire. Et dire que certains osent exprimer que la MÉ n'a pas d'âme. Il faudrait bien les assoir en face de cette superbe prestation d'Ian Boddy au Soundquest Festival qui est splendidement reproduit et masterisé par ce barde des temps modernes qui a toujours su faire évoluer le temps une fraction d'année avant les autres.

Un splendide album avec un titre bien étrange pour célébrer le 100ième album de l'histoire de DiN, NEVERMORE offre plus de 60 minutes d'une MÉ toujours en avant de son temps et toujours aussi séduisante. Depuis 22 ans, soit depuis Box of Secrets, le label d'Ian Boddy réécrit l'histoire de la musique électronique moderne à chaque nouvel album. Et NEVERMORE continue cette évolution dans l'art du modulaire qui à su dompter mes oreilles toujours un peu frileuses devant les audaces du label Anglais. De joyeuses célébrations mon cher Ian!

Sylvain Lupari (30/09/21) ****½*

SynthSequences.com

Disponible chez DiN Music

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