• Sylvain Lupari

JOHAN TRONESTAM: Space Collection (2017) (FR)

“Après ses 2 derniers albums sur des thèmes cosmiques, Johan Tronestam offre ce qu'il connaît le mieux; une bonne collection de rythmes entraînants”

1 Redshift 8:27 2 Distance 8:14 3 Next Steps 7:30 4 A Ninth Member 7:20 5 Neptune 8:36 6 Arthur's Journey Continues 9:14 7 The Change 7:58 8 Deep Field 7:04 9 Pulsar 6:04 10 The Viewer's Mind 7:57 Johan Tronestam Music

(DDL 78:25) (French School, Cosmic Rock)

C'est avec des effets percussifs qui cognent avec la précision d'un métronome aussi gros qu'une horloge mural que s'ouvre Redshift. Des effets grésillant et réverbérant, conçus avec une touche organique, ainsi que des brises caverneuses nourrissent des ambiances absconses, tandis qu'une ligne étend une approche harmonique qui virevolte et flotte comme une feuille prise entre deux couches de vent. Une ligne de séquences par-dessus une autre, Redshift élabore un rythme lent où se greffe une mélodie soufflée par un synthé rêveur. Et au travers ces fines nuances dans cette structure qui clopine avec empressement, le synthé tisse des voiles d'effets sonores et sculpte de bons solos en seconde partie qui accompagnent une rythmique devenue plus convaincante. Flirtant sur les élans harmoniques de Jean-Michel Jarre et le dynamisme des rythmes séquencés comme Chris Franke savait si bien le faire dans les années 70, SPACE COLLECTION a passé légèrement sous les radars lors de sa parution en Juin dernier. C'est à n'y rien comprendre! Composée dans la foulée de Arthur Went Above the Clouds, cet album développe des structures de rythme qui se ressemble et se distance dans un environnement cosmique qui séduit de plus en plus depuis la parution de The Long Journey. À cet effet, cet album termine cette trilogie, dédiée à son père, amorcée par cet album en 2016. Et la musique ici respire les grandes lignes de ces deux albums avec des ambiances cousues dans une imagination sans bornes et qui puise ses ressources dans les secrets du cosmos. Et les rythmes! Tantôt lents et tantôt animés d'une vie de marathonien, ils restent polyphasés avec des mouvements de séquences binaires et créatifs qui, accrochés à de sobres percussions électroniques, deviennent de véritables trésors addictifs. C'est du très bon Johan Tronestam!

Après une introduction cousue dans des éléments de nébulosité, Distance offre une bonne structure de rythme construite sur un mouvement d'alternance du séquenceur. Ce rythme sautille avec une belle fluidité où s'insèrent de bonnes nuances. Le synthé multiplie les effets, qui sont plutôt dans le genre spectral ou film d'épouvante, et nous réserve quelques bons solos vers la finale avec une touche très Jean-Michel Jarre qui est une forte source d'inspiration pour le musicien Suédois. Simple, entraînant et efficace, on accroche à la première écoute! On peut dire la même chose de Next Steps, qui offre une rythmique légèrement plus vive alors que le synthé est plus en mode; décore ton environnement avec des effets d'ésotérisme. Survivante d'une introduction de souffles et de brises creuses, la structure de A Ninth Member fait alterner le rythme du séquenceur en mode lento. Lascif et envoûtant, avec ces nappes de brumes soufflées par ces brises du néant, le rythme galope suavement avec un peu plus d'excitation avant de se heurter à une finale légèrement trop hâtive. Ambiante avec de légères brises rythmiques, la musique de Neptune reflète fidèlement un décor sonique dont se nourrit notre imagination. Ce n'est pas trop ambiant! Le rythme est lent et flottant, alors que les nappes d'ambiances se partagent effets galactiques et nappes de voix éteintes. Plus long titre de SPACE COLLECTION, Arthur's Journey Continues s'extirpe de son dense cocon d'ambiances afin d'offrir du bon mid-tempo emmitouflé d'éléments cosmiques. Le style IDM n'est pas vraiment loin de ce titre. The Change est un autre très bon titre. Son rythme part du point A pour se rendre au point Z sans interruption. Des nappes de voix caressent le mouvement hybride du séquenceur, qui est bien appuyé par de sobres percussions électroniques, alors que le synthé délie de bons solos harmoniques que l'on peut siffler avec aise. Et si les effets de gaz cosmiques sont appréciés, ceux d'éléments stroboscopiques feutrées le sont tout autant. Le mouvement de Deep Field se situe entre Distance et A Ninth Member dans une proportion plus vive et soutenue. Et pas d'introduction d'ambiances! Mais le charme premier de ce titre se situe dans son approche très mélodieuse. C'est le genre de truc qui nous colle dans les oreilles, alors que les effets cosmiques et sa très grande variété nous rappelle les moments ingénieux de Jean-Michel Jarre. Pulsar parvient aussi à se détacher des autres structures de rythme avec un mid-tempo qui flirte avec le genre up-tempo. De la bonne IDM quoi! Johan Tronestam offre de belles phases harmoniques tandis que la structure de rythme s'organise pour nous charmer encore plus avec des développements toujours aussi séduisants. C'est sans doute le titre le plus sobre de cet album qui se termine avec The Viewer's Mind et son approche vivante qui nous plonge littéralement dans ce que Jarre aurait dû et aurait faire pu faire suite à Les Chants Magnétiques.

Avec un peu plus d'audace et de créativité dans la façon d'élaborer ces rythmes électroniques, Johan Tronestam réussit toujours à unir ses rythmes captivants à des ambiances et des mélodies qui surprennent et séduisent. Un très bon album de rock cosmique poétique et romancé du style French School.

Sylvain Lupari (09/11/17) *****

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Disponible au Johan Tronestam Bandcamp

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