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  • Sylvain Lupari

KLAUS HOFFMANN-HOOCK & BERNHARD WOSTHEINRICH: Conundrum (2007) (FR)

Des couches de synthé et de sitar enveloppantes sur des rythmes électroniques doux, Conundrum mène l'auditeur aux portes d'une œuvre psychédélique

1 Virupaksha  8:00

2 Bowed Visions  8:12

3 Conundrum  9:21

4 Phased Realities  5:55

5 Swarmandel  10:07

6 Flavia's Paradise  6:40

7 Moonlit  8:17

DiN 27

(CD/DDL 56:45)

(Psybient electronica)

Suite à la parution de ma chronique sur l'album Trance'n'Dance de Mind Over Matter, j'ai reçu un courriel de mon bon ami Bernhard Wöstheinrich afin de me demander si je voulais bien parler de sa collaboration avec Klaus Hoffmann-Hoock pour l'album CONUNDRUM. Le titre me rappelait vaguement quelque chose. Après avoir fouillé dans mes archives j'ai finalement constaté que j'avais parlé de cet album il y a très longtemps. Voici de quoi il en retournait. Résurrection d'une chronique et d'une musique que j'avais oubliées dans les corridors du temps.

Avec les multiples carillons qui résonnent on s'attend à un moment très éthéré, même pieux, alors qu'une ligne de basse nerveuse et d'agiles séquences bondissantes forgent une structure de rythme aussi insaisissable que les murmures qui volètent tout autour. Fluide et bien arqué sur ces éléments un brin funky, tout en étant bien pilonné par des percussions souples, Virupaksha sautille dans son plumage psychédélique sur un beat provocant, sur un genre de musique de danse. Entre du techno morphique et du disco spatial, le tempo est aromatisé d'éléments de psybient et d'innombrables strates de synthés, de guitares et de sitars électriques dont les harmonies évanescentes se lovent au-dessus des percussions et des séquences qui alourdissent graduellement la cadence. Bien que relativement discrète, les crissements de la guitare obsèdent les sens. Et ce, ça sera ainsi tout au long de CONUNDRUM. Bien que l'album ne soit pas tout autant explosif, le duo Hoffmann-Hoock/Wöstheinrich, flanqué de Markus Reuter et Ian Boddy aux percussions électroniques et aux séquenceurs, plonge au cœur de casse-tête ethnique du Sri Lanka en exploitant les flottantes, célestes et quasiment vampiriques nappes de guitares et sitars sur des mouvements aux rythmes progressifs et tempérés. L'amalgame amène l'auditeur aux frontières d'une œuvre psychédélique avec des éléments ambiosphériques qui se rapprochent des essences tribales Indiennes. C'est d'ailleurs une larmoyante strate de guitare qui ouvre les ambiances assez célestes de Bowed Visions. La strate multiplie ses ombres. Ceux-ci font miroiter de denses lignes stridentes, et d'autres plus feutrées, qui s'entrecroisent dans un magma sonique ambiant. Une structure rythmique émerge un peu après la troisième minute. Délicate, elle trottine comme une douce ballade sans histoires.

La pièce-titre exploite un peu la même vision avec une intro où les larmes des instruments à cordes se mêlent dans le brouhaha des nappes de synthé aux couleurs du néant et les murmures d'une voix astrale aux souffles ethniques. Une belle intro très ambiosphérique qui sert d'entrée à un très beau rythme qui explose un peu après la 4ième minute. Vif et un brin saccadé, il galope un peu plus qu'il trottine avec un beau maillage de séquences basses et de percussions dont la subtile vélocité nous bouffe carrément l'écoute. C'est très beau, très envahissant et la guitare de Klaus Hoffmann-Hoock mâchouille son rythme et ses ambiances, alors que Conundrum devient de plus en plus fluide. Je sens à travers ce titre des éléments qui auraient influencé la folie de Thorsten Quaeschning et sa guitare dans le superbe Utopia de Bernd Kistenmacher. C'est un très beau titre. Phased Realities nous mord les oreilles avec une ligne de basse aux tonalités gargouillantes. Le rythme est suspendu et sournois. Il se fait happer par des percussions et chatouiller par les élytres des cymbales. On entre dans les terres de l'Électronica avec des percussions électroniques qui cliquètent et virevoltent autour d'un mouvement de Groove orné d'un mélange de strates de synthé et guitare dont les lentes harmonies tissent des paysages d'ambiances. De chaleureuses nappes de synthé (ou guitares?) farcissent l'intro très ambiante de Swarmandel. On entend des pulsations fomenter une rébellion, de même que des éclaircies électroniques qui laissent paraître les harmonies célestes d'une guitare ésotérique. Le rythme sommeille et ronfle. Il se rebelle un peu après la barre des 3 minutes, soit après les derniers chatouillements de la six-cordes à Klaus. Il pétille et sautille avec nervosité, guidant la cadence d'un up-beat sans pesanteur qui va, quitte et revient dans les oscillations d'une ligne de basse et les serpentins disloquées d'une guitare éthérée. Cette structure de rythme rabouté entre des phases semi-ambiantes trouve sa niche aussi sur Flavia's Paradise avec des mouvements de basse qui ondule avec force avant de se faufiler sous les nuages d'ambiances dessinées par une six-cordes et des synthés aux parfums sibyllins. Il y a un tapage incessant sur ce titre ainsi que des beaux passages plus éthérés. Des moments ornés de pépiements et de pleurs d'une six-cordes qui nous rappellent l'essence psychédélique de cet album. Moonlit conclût cette rencontre éclectique entre les deux univers de Klaus Hoffmann-Hoock et Bernhard Wöstheinrich avec un titre ambiant où la guitare laisse flotter de pleureuses harmonies dans les vents bourrés de particules soniques.

Un album pas facile à apprivoiser, CONUNDRUM est dans l'esprit du label DiN. C'est un album aux savoureuses essences hétéroclites et expérimentales bien servies par des rythmes qui touchent du bout de leurs séquences, des lignes de basse et des percussions les terres de l'Électronica. De ce fait, il y a un beau mélange entre ces rythmes et de riches ambiances cousues avec une fascinante obsession pour rendre le tout très difficile à apprivoiser. C'est exactement le principe d'une énigme. Ça pique la curiosité. Ça devient obsédant. Et ont fini par trouver des réponses. Ici les réponses se trouvent dans la forme d'une musique dont les frontières se définissent toujours un peu mieux à chaque nouvelle écoute. Il ne faut pas oublier que nous sommes en 2007. Je souligne ce fait car nous entendons ici et là des éléments qui nous semble familiers, notamment dans l'univers du psybient et du tribal ambiant, démontrant l'approche assez avant-gardiste de ce duo, en fait de ce quatuor, plutôt éclectique.

Sylvain Lupari (14/03/15) *****

SynthSequences.com

Disponible chez DiN

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© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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