• Sylvain Lupari

LA PONTO ENSEMBLO: The Screaming Sky of Mike Stravinsky (2022) (FR)

La plus belle des trois œuvres, sans aucun doute!

1 A Screaming Sky 7:03

2 Mike's Dream 6:50

3 Navagating in Calabi-Yau Space 10:44

4 On Being & Becoming 7:46

5 A Sexual Encounter in the Icehouse 5:10

6 Track to the End of the World 6:34

7 PediCab 6:07

8 Tickle Grass 9:22

9 Mike's Lull 7:12

10 Where is My Past 5:00

11 Songs and Rituals of the New Universe 4:43

Cyclical Dreams CYD 0047

(DDL 76:33)

(Art for Ears Ambient, Experimental)

Nous voilà donc arriver au 3ième et dernier volet de cette trilogie de La Ponto Ensemblo amorcée avec l'énigmatique The CERN Diaries. Avec THE SCREAMING SKY OF MIKE STRAVINSKY, Hans-Dieter Schmidt et E-Clark Cornell concluent donc une histoire d'apparence véridique de Mike Stravinsky, un ancien directeur de marketing qui est aujourd'hui mentalement amoché. C'est le Ishmael Crane de cette terrible tragédie humaine qui cherche toujours son identité dans un étrange monde géométrique. Pour compléter cette trilogie, le duo s'est adjoint les services de Michael Hoffmann qui est très efficace aux percussions. Sa présence rehausse cette texture de art-rock et de néo-classique en créant un univers parallèle rythmique totalement déconnecté de la réalité, comme s'il était lui aussi dans un autre univers.

A Screaming Sky nous amène hors des usuels sentiers de cette trilogie avec une vision rythmique quasiment tribale amérindienne. Les percussions sont délicates et structurent ce rythme incantatoire qui se remplit de solos d'échantillonnages de guitare, très réalistes avec des notes pincées, soutirées au Omnisphere 2. L'atmosphère et la structure sont changeantes avec des pointes d'émotivités, comme troubles dans un bon titre dont le rythme méditatif me fait penser à du bon Daniel Lanois. L'esprit de Mike Stravinsky est tourmenté, et c'est bien expliqué en musique sur Mike's Dream, un titre difficile qui commande quelques écoutes et qui est en étroite corrélation avec son titre. C'est ce qui lui donne de l'attrait. Sur un nid de réverbérations aux tonalités métissées et aux ondes torsadées, Navagating in Calabi-Yau Space propose une texture ambiante à peine secouée par des éléments percussifs aux feutrements gazéifiés. Des accords élastiques, sonnant comme des pincements de cordes, étirent leur substance dans cette fascinante texture qui accélère sa cadence avec des percussions qui semblent courir après de l'oxygène. Navigant entre ces brefs élans et des phases ambiantes alimentées par ces ondes se contorsionnant sous un ciel écarlate, Navagating in Calabi-Yau Space procure un plaisir auditif qui n'est pas à dédaigner en étant assez près des ambiances de A Screaming Sky. Un piano égaré sous une nuée d'ondes et d'effets réverbérants, On Being & Becoming emprunte un même scénario musical avec des roulements de percussions d'un genre Tablas. Sa vision est plus éthérée avec des lignes de synthé sibyllines et des ondes ectoplasmiques qui se perdent dans les tam-tams. A Sexual Encounter in the Icehouse nous visse dans une phase très ambiante avec de longues ombres où se cache une faune tonale en ébullition. Des accords de piano nous y invitent, de même que des distorsions aigues et des woosshh qui s'étirent dans une vision de rêve éveillé. Les ambiances se balancent entre méditation et agitation sans amener de rythme, juste des phases de mélodies égarées par ce piano qui doit combattre ses propres esprits sonores.

L'ouverture symphonique de Track to the End of the World lui donne une belle texture cinématographique. Cette délicieuse texture tourne lentement en une vision cauchemardesque avec des ombres spectrales et des stries synthétisées hurlant de désespoir. Plus on avance et plus on entre dans un univers sordide où les sons ont moins d'importance que cette enveloppe orchestrale qui nous visse à nos écouteurs jusqu'à l’arrivée des battements et de salves de violons par saccades. Un titre intense au niveau de son décor avec une finale où la solitude pèse sous une pluie de grésillements. On appelle ça, être en connexion avec son univers et c'est une des plus grandes qualités de La Ponto Ensemblo. PediCab est dans la pure tradition des structures dissonantes de Hans-Dieter Schmidt et E-Clark Cornell. Dominé par un piano en quête de mélodie et perturbé constamment par des attaques de percussions, le titre détonne avec ces extrêmes qui se disputent sous l'œil d’un synthé aux ondes pourtant pacifiques. Inondé de clapotis, Tickle Grass est victime du même combat. Des baguettes percussives donnent une impression que Mike Stravinsky martyrise sa machine à écrire en attaquant sa page de violents élans d'écriture par moments. Michael Hoffmann se donne aux percussions ici. Des percussions qui décousent un art-rock se démembrant sur ces mêmes percussions. Les ambiances profitent de belles nappes de voix qui fredonnent un air absent alors que le piano semble plus égaré ici que dans le précédent titre. Tickle Grass perd son contrôle, mais dans un contexte tel que THE SCREAMING SKY OF MIKE STRAVINSKY sommes-nous vraiment surpris? Mike's Lull est plus reposant et musical que celle de Ishmael dans ISHMAEL at Quintessence. Et le piano y est aussi reposant que beau! Beau comme dans Where is My Past et son fascinant duel avec un violon imaginaire. Je crois que la musique colle à la réalité de son titre. Les voix et orchestrations de Songs and Rituals of the New Universe nous donnent ces frissons qui émiettent la carapace de notre âme. Mais tel qu'on connait La Ponto Ensemblo, ajouter un élément discordant est la norme. Et la beauté est que ça n'altère en rien l'éclat angélique de ce titre qui rayonne encore plus avec de beaux arpèges qui scintillent autour des frappes de percussions. Une finale qui dépasse nos espérances et qui s'était implanté graduellement depuis PediCab. Et subitement, je me sens triste à l qui s'était implanté idée que cette fameuse trilogie soit terminée.

Partir à la découvert de cette histoire de Mike Stravinsky n'a pas été chose facile. Les deux premières parties m'ont demandé quelques écoutes afin de bien assimiler cette histoire racontée dans un élitisme musical où même le néo-classique perdait ses repères. L'ajout de Michael Hoffmann donne une étincelle de vie qui manquait dans ISHMAEL at Quintessence, le plus ardu de cette trilogie, et The CERN Diaries. THE SCREAMING SKY OF MIKE STRAVINSKY boucle la boucle d'une brillante façon en étant aussi imposant que rafraichissant. La plus belle des trois œuvres, sans aucun doute! N'oubliez pas votre livre de Mike Stravinsky en commandant un des volets de ce véritable tour-de-force de La Ponto Ensemblo.

Sylvain Lupari (25/02/22) ****½*

SynthSequences.com

Disponible au Cyclical Dreams Bandcamp

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