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  • Writer's pictureSylvain Lupari

Michael Brückner The Morphic Cycle (2023) (FR)

Du grand Michael Brückner!

CD1

1 A Secret (Part 1) 11:46

2 Your Life 10:36

3 A Secret (Part 2) 11:10

4 Modular Resonance 8:51

5 Glimpse of Hope 1:42

6 The Wall of Dreams 6:59

7 A Secret (Part 3) 6:52

8 Istara 15:44

CD2

9 Dystopia Ascending 17:15

10 Claudette 7:38

11 Still Dreaming 11:32

12 The Morphic Cycle (Part 1) 26:55

13 The Morphic Cycle (Part 2) 6:31

(DD/2CD-(r) 143:36)

(Ambient, Berlin School, E-Rock)

À quel artiste Allemand pense-t-on pour lorsqu'on parle de digne descendant de Klaus Schulze? Pour plusieurs artistes, chroniqueurs-journalistes et amateurs de musique électronique (MÉ) progressive et du style Berlin School, Michael Brückner est le seul nom qui vient en tête de liste. Il coche toutes les cases! Polyvalent, il est autant à l'aise dans des structures improvisées que dans des compositions structurées. Que ce soit seul, en duo ou en trio, il touche à tous les styles! Berlin School, de l'ambiant progressif et psychédélique, des odes de mini opéra, du techno comme du rock électronique en passant par de la musique cinématographique comme cosmique. Il touche à tout! De plus, il est tellement prolifique, et nettement plus généreux que l'équipe de Klaus D. Mueller, que je ne serais pas étonné qu'il sorte aussi des gros coffrets renfermant tous ses secrets et ses délires musicaux encore inconnus. Donc, ce lien avec Klaus Schulze est des plus crédible. Si ça lui arrive de trébucher un peu avec des albums plus moyens, ce qui est assez rare, il a ce don d'être régulier comme une horloge en présentant des albums majestueux. THE MORPHIC CYCLE est un de ceux-là! Flirtant avec les 2:30hres de musique, ce double CD produit par le label Cyclical Dreams propose des enregistrements performés en direct de son petit studio, lors de 2 évènements; l'épisode 27 de la session Morphic Resonance, présenté en avril 2023, pour les titres 2 à 7 du premier CD, et le Cyclical Fest 2022 pour les titres 9 à 11 du second CD. A Secret (Part 1), un enregistrement studio, et Istara, un enregistrement en concert, sont indépendants de ces évènements, mais Michael insiste pour spécifier que ces 2 titres sont étroitement liés au concert de Morphic Resonance. La très longue pièce-titre est issu d'un autre enregistrement en concert qui a été édité et retravaillé en studio.

Une brise creuse permutant en une onde bourdonnante et en vents cosmiques est à l'origine de A Secret (Part 1). Les ambiances ont une texture ésotérique avec d'étranges dialectes qui proviennent de vents sourds, de brises creuses où nichent des pads de synthé à la brume de Pink Floyd. Le synthé justement y couche de beaux solos mélodieux sur ce lit d'arrangements électroniques qui dépasse la barrière des 4 minutes. Un rythme sautillant vibrionne de sa texture caoutchouteuse, structurant un débit enjoué qui sautille et résonne d'une oreille à l'autre dans des nappes de synthé aux harmonies éclectiques, autant cabalistiques qu'inspirées des parfums du Moyen-Orient. Enregistré en studio dans une structure organisée, A Secret (Part 1) étale la richesse de son panorama en le rendant autant multicolore que multisonore avec des effets de voix biscornues et des effets électroniques, alors que le rythme accélère la cadence avec une éjection de séquences qui sautillent en saccades pour sculpter des zigzags spasmodiques bien cadencés. N'étant pas en reste, le clavier fait entendre des riffs lourds et résonnants. L'ouverture de Your Life me fait penser à celle de Les Chants Magnétiques 4 de Jean-Michel Jarre. Le mouvement est juste un peu moins cohérent et dévie vers une structure qui sautille avec un léger effet de boitille dans la démarche. Une ombre plus mélodieuse se colle à cette ossature légèrement spasmodique, approfondissant ainsi sa dimension qui clopine dans une fascinante démarche de galop intersidéral sous un dense nuage d'orchestrations vaporeuses. Ces orchestrations sont tellement astrales qu'elles procurent une bonne dose de frissons avec leurs lents ébats soporifiques qui valsent avec nos souvenirs. Le synthé lance des solos qui ont cette tonalité unique, on dirait des chants fredonnés par des voix nasillardes, à l'univers de Michael Brückner dans ce THE MORPHIC CYCLE. D'autres solos ayant une tonalité plus usuelle à ce que nos oreilles sont habitués d'entendre s'ajoutent alors que Your Life atteint son dernier droit. Et si vous pensez à Software sur ce titre, surtout pour le rythme et les arrangements, j'accompagne vos réminiscences!

Idem pour l'ouverture de A Secret (Part 2) où je ne peux refouler ce lien qui lie la musique de MB à celle du célèbre musicien français à on doit la trilogie Oxygène. Ce qui ondule comme une rivière d'arpèges miroitant s'accroche à une série de pulsations sourdes pour façonner deux structures de rythme, une ondulante et l'autre pulsatrice en mode techno boom-boom. Brückner y colle de brillants arrangements dont la nappe ondule en symbiose avec le rythme. Des percussions attaquent la structure dès la 3ième minute. Les coups espacés accélèrent le débit avec de courtes rafales de mitrailles rythmiques, devenant ainsi l'ossature minimaliste de A Secret (Part 2) où le musicien-synthésiste de Mainz déploie tout son savoir avec sur les synthés avec de bons arrangements, de bons effets et surtout de très beaux solos très musicaux. À date, les 33 premières minutes de THE MORPHIC CYCLE coulent comme du nectar musical. Comme de l'excellent Michael Brückner! Et ça se poursuit avec Modular Resonance et la puissance de ses oscillations qui roulent et virevoltent sur un solide jeu de percussions. Si les premières minutes sont empreintes d'une musicalité facilement apprivoisable, la seconde partie est cousue sur le signe de l'audace. Tout d'abord, les percussions pilonnent la musique avec des frappes sauvages et par moments des frappes désordonnées. Une savoureuse texture de sabots électroniques se greffe à ces percussions. Le rythme allant ainsi, le clavier délivre des arpèges qui vont et viennent alors que le synthé ajoute des effets de jeu vidéo, des vents de poussières et des poussées de vents mugissants, des bruissements industriels et finalement, des voix qui chuchotent en secret. Des voix qu'on entend aussi dans les bourdonnements de Glimpse of Hope, un court titre d'ambiances cosmiques ténébreuses qui coule vers la fureur de The Wall of Dreams. Et là aussi je pense à Jarre dans Les Chants Magnétiques. Le titre épouse un peu le genre de Modular Resonance mais dans une vision plus musicale où les solos de synthé pleuvent comme une pluie de poésie électronique. A Secret (Part 3) suit avec sa rivière d'ondulations sur des coups sourds de pulsations vivantes. Ça structure un rythme tranquille qui bat délicatement dans un panorama illuminé par des solos de synthé harmonieux. C'est d'ailleurs le synthé qui fait évoluer la musique avec intensité avec des solos plus percutants, plus acuités. Par la suite, Michael tisse de soyeux arrangements orchestraux avant que la musique et ses ambiances ne s'évaporent dans un bref passage où le néant bourdonne et où les voix chuchotent encore sous une délicate pluie. Elles bredouillent encore dans l'ouverture de Istara. Ce long titre qui flirte avec les 16 minutes clôture le premier CD de THE MORPHIC CYCLE avec une tempête de vents qui déferlent sur les coups assourdissants de percussions métronomiques. Le synthé y délie des arabesque d'harmonies aux teintes du Moyen-Orient dans un panorama dominé par ces faibles drones qui flottent dans les ambiances de ce premier CD. Cette ossature rythmique s'étire sur plus de 10 minutes, permettant au musicien d'improviser ses bribes d'harmonies en faisant tournoyer des miroitements d'arpège, des filaments d'arrangements électroniques, de même que de très beaux solos aux teintes mutantes et aux harmonies qui flirtent toujours avec le vieux peuple des sables. Une approche plus cosmique, et pratiquement psychédélique, fait son apparition autour un peu avant la 11ième minute. Le panorama s'obscurcit avec une déferlement d'éléments cosmiques et le rythme se met alors à faire des cabrioles saccadées, comme les ruades d'un cheval piqué par un taon, qui sont soutenues pas des riffs orchestraux capricants. Cette tempête cosmique se calme pour aider à disperser les 2 dernières minutes de Istara dans une quiétude rarement embrassée dans ce premier CD de THE MORPHIC CYCLE.

Je vais faire court avec le 2ième CD qui débute avec Dystopia Ascending et son gros bourdonnement ronflant. Des accords réinjectent une résonnance amplifiée lorsqu'ils tombent avec fracas, donnant une texture de drame chtonien aux 90 premières secondes de Dystopia Ascending. Une éclatante onde lumineuse fait contraste par la suite, initiant un rythme électronique qui court avec ses vives oscillations séquencées roulant en boucle dans les sillons de ces ondes de brume étincelante. Nous sommes dans un bon Berlin School que Michael soutient avec un solide jeu de percussions électroniques et orne avec des solos de synthé aériens. Le séquenceur active 2 à 3 lignes de rythme qui mélangent leurs différences, dans le rythme comme dans les textures sonores. Elles se succèdent comme parfois s'entrecroisent et/ou se juxtaposent dans une structure de rythme dont la férocité appartient plus aux percussions qu'au séquenceur dans la 1ière partie. Et c'est tout le contraire dans une 2ième partie qui est dominée par un downtempo dans un nid de séquences papillonnantes. Claudette est une savoureuse ode performée au piano électrique. Michael y apporte des nuances dans le ton, dont une savoureuse ligne qui semble dérailler, et orne son panorama de cloches qui tintent et d'effets électroniques aussi éthérés que la musique. Ai-je entendu un chat mialer? La finale se verse dans l'ouverture de Still Dreaming qui est un très beau titre à l'essence cosmique des années analogues. Le rythme est à peu près absent, sauf pour quelques coups de percussions qui structurent un downtempo pas trop certain de son débit. Si il est lent et parfois plus animé, ce sont les oscillations qui façonnent le gros du rythme. Le synthé illumine le panorama avec ces effets que Klaus Schulze innovait dans les années 70 et ces bancs de brume qui flottent comme Tangerine Dream savait si bien le faire à la même époque. Des harmonies d'extra-terrestres, il y a même des effets de jeu vidéo, planent dans ces ambiances, empruntant même ce bouquet d'air du Moyen-Orient qui désescalade sur le panorama de Still Dreaming avec grâce. Ce superbe titre se déconstruit pour atteindre une finale majestueuse où les ondes ondules et les moineaux pépient dans un panorama musical digne des belles années où la poésie de la MÉ pétillait de ses milles sons et couleurs tonales. C'est tout simplement jouissif pour les oreilles et ça démontre tout le talent de Michael Brückner à visé toutes les époques de la MÉ. The Morphic Cycle (Part 1) et (Part 2) sont les seuls titres qui n'ont aucun lien avec les performances du Morphic Resonance et du Cyclical Fest 2022. Ce sont 2 titres improvisés en concert qui ont été édités et retravaillés en studio. The Morphic Cycle (Part 1) ne perd pas de temps en offrant un rythme soutenu dès le départ. Les séquences sont sur 2 lignes, une rythmique/harmonique et l'autre purement rythmique, alliant leurs textures bondissantes sous un ciel bardé de lézardes sonores. Le rythme affiche ses délicieuses imperfections dans ce qui se transforme en un délicieux galop intersidéral secoué par des orchestrations saccadées. Le panorama toujours illuminé par ces flash de lumières sonores incandescentes, cette phase de rythme disperse ces éléments dans une longue phase atmosphérique après la 7ième minute. Des bourrasques de vents noirs comme sifflants, une masse d'effets électroniques à la fois cosmique et abyssal, des voix à la fois intrigantes et séraphiques et ces séquences qui tentent de recréer le rythme sont les principaux éléments qui constituent le cœur atmosphérique de The Morphic Cycle (Part 1). Tiraillé entre ce rythme et les sources de ses ambiances, le titre plonge peu à peu dans une lourde finale d'ambiances ténébreuses qui se répandent dans l'entièreté de The Morphic Cycle (Part 2).

THE MORPHIC CYCLE est un puissant album de Michael Brückner. Des failles, des longueurs? Certes, il y en a. Après tout c'est majoritairement un album construit phase par phases pour le besoin de 2 concerts. Mais il y a juste lui pour en faire une symphonie de sons qui s'éparpille vers des structures de rock électronique progressif, de Berlin School et de musique d'ambiances qui voyagent sur les différentes phases de la MÉ. De Klaus Schulze à Stephen Parsick, en passant par Jean-Michel Jarre, Robert Schroeder, pour l'ingéniosité dans les textures de séquences, et Tangerine Dream! Du grand Michael Brückner!

Sylvain Lupari (06/11/23) ****¾*

Disponible au Cyclical Dreams Bandcamp

(NB: Les textes en bleu sont des liens sur lesquels vous pouvez cliquer)

PS : J'ai inséré des liens, Cyclical Fest 2022, si vous voulez voir les prestations lors du Cyclical Fest de 2022 et celle de Michael Brückner au même festival.

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