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  • Writer's pictureSylvain Lupari

Mike Hans STEFFL Calaboose Islands (2023) (FR)

Un très bel album, parfois complexe, qui vieillit encore mieux au fil de ses découvertes

1 Makronisos 8:54

2 Gyaros 13:30

3 Asinara 17:48

4 San Lucas 8:22

5 Con Dao 7:18

6 Pianosa 14:08

7 Alcatraz 4:46

(DDL/CD-(r) 74:46)

(Ambient Cinema Berlin School)

J'ai découvert la musique de Mike Hans STEFFL avec le très beau Successful Failure à la fin de 2022. Entretemps, le musicien-synthésiste munichois y est allé de 2 œuvres plutôt avant-gardistes avec Theater Splinter et MiDaMi - Project One, aussi réalisés à la fin 2022. J'ai donc été hésitant avant de frotter mes oreilles avec ce CALABOOSE ISLANDS, une œuvre musicale inspirés par ces prisons, dites idéales, construites sur des îles un peu partout dans le monde. Je m'attendais à un univers musical plus sonore que mélodieux, plus atmosphérique angoissant que poussé par des rythmes électroniques. Ces 2 visions sont bien présentes sur ce nouvel album de Mike Hans qui tente de recréer les histoires troubles de ces prisons; actes de barbarie, torture, mauvais traitements et mort inexplicable, tout en transmettant la beauté innocente des îles qui ont accueillies ces prisons. Une fois qu'on a compris ce contexte, on comprend un peu mieux les luttes internes dans chaque titre qui se disputent les phases atmosphériques et les passages de rythmes qui tanguent entre le rock électronique et le Berlin School des années 70, comme celui des années 80-90. La musique est en perpétuel mouvement, alternant rythme et rêverie avec une nette prépondérance pour les phases plus atmosphériques. Mike Hans STEFFL a une vision très mélodieuse lorsqu'il travaille ses claviers, libérant parfois des passages qui flirtent avec le New Age. Il y a des passages plus créatifs qui demandent plus qu'une écoute, alors que d'autres s'apprivoisent plus facilement. Au final, nous avons là un bel album créatif qui ne justifiait pas ma crainte de l'aborder avec méfiance!

Makronisos nous vient avec une ouverture très éthérée, voire poétique avec des souffles de trompettes qui chantonnent sur des ondes moyennement sombres. Le synthé est multicolore avec des textures de bourdonnements et d'orchestrations qui servent de lit à ces chants d'un trompettiste qui déjoue l'ennui sous un ciel de brume. Ces harmonies flottantes tanguent entre les signatures de Tangerine Dream, pour le son des années 70, et de Vangelis, pour leurs portées cinématographiques. Une délicate structure de rythme nait des derniers frottements de cordes philarmoniques un peu après la 4ième minute. Bien qu'il y ait de tendres effets de cliquets, de dribblage au niveau du séquenceur, le rythme pulse avec résonnance mais avec une vision plutôt atmosphérique tant il est cerné par d'immenses zones de brume. Titre évolutif, Makronisos propose un 3ième changement dans sa phase ambiante avec un débit plus vif et spasmodique d'une séquences d'arpèges qui scintillent et papillonnent après la 6ième minute. Cette dernière phase est plus intense, au niveau émotif et musical, avec des ondes de synthé qui vibrionnent autour de cet axe rythmique stationnaire où viennent se recueillir ces chants si élégiaques de l'ouverture. Gyaros est conçu dans le même moule. Son rythme est tout autant stationnaire, à tout le moins en ouverture, avec une fusion d'accords et d'effets qui pulse comme un bouillon vit de ses multiples bulles éclatantes. Des arpèges y dansent librement, créant une confusion mathématique sur une nappe de synthé auréolée par de poétiques filets de voix séraphiques. Le synthé fait onduler sa nappe de basse et le séquenceur élabore aussi cette stratégie de cliquet avec des billes de rythmes qui sont habilement driblées, jusqu'à glisser sur un passage où Gyaros entreprend sa première transformation. Le rythme est plus musical après la 3ième minute avec des arpèges qui scintillent et brillent en symbiose avec leurs reflets moirés. Ça donne une vision plus pastorale au titre et à sa musique qui reste somme toute très méditative. Mike Hans exploite assez bien sa vision pessimiste avec des ombres qui flottent, créant une parfaite balance entre la poésie et son versant sibyllin. Le titre évolue ainsi par phases très complices sur ses 9 premières minutes, avant que Gyaros ne complète sa dernière mutation dans un très bon Berlin School à la Klaus Schulze. C'est un des points forts de cet album!

Plus long titre de CALABOOSE ISLANDS, Asinara évolue aussi par longues phases méta morphiques où les élans du séquenceur tissent des passages très Berliner qui sont éparpillées par de longs passages plus atmosphériques. Les synthés subdivisent leurs tonalités métalliques, comme telluriques, alors le clavier désamorce ces aspects avec des lignes de mélodies qui brillent dans cette vision chromatique. Là aussi, ces accords tintent comme une vague ode pastorale. C'est très musical, et ça me fait penser aux productions New Age du label américain Narada Equinox dans les années 80. Une coupure nette se fait entendre après la 10ième minute, amenant Asinara aux confins d'un univers de vents et de poussières astraux. Les nappes de synthé bourdonnent comme les vents sifflent dans une phase atmosphérique décalée par rapport aux textures plus mielleuses de cet album. Tout ça nous amène vers une structure de rythme circulaire montée sur des séquences résonnantes et cracheuses de réverbérations corrosives autour de la 12ième minute. Des percussions ancrent solidement ce rythme qui monte et descend dans une ambiance cosmique née de bons effets de synthé Un synthé qui lance de bons solos, nous rappelant que Mike Hans STEFFL est aussi à l'aise dans un rock électronique cosmique que dans ses phases méditatives. Comme dans San Lucas avec des arpèges, autant mélodieux que rythmiques, scintillants qui fredonnent une symphonie sur un lit de lourdes réverbérations. Le rythme est façonné par une combinaison de ces arpèges et des effets de pépiements, sinon de dialogue codé. Cette structure, plus dans le genre atmosphérique-cosmique, avance et recule, avec un léger effet élastique qui lui donne une forme plus stroboscopique, dans un décor électronique qui fusionne ses éléments orchestraux avec des réverbérations bourdonnantes et des ondes de synthé d'un bleu granite. Con Dao fait partie de ces titres qui expliquent les charmes incompris de la musique électronique (MÉ). Tout est fait à partir de rien et se développe en une lente spirale où se greffent des arpèges voulant imiter la forme sonore des étoiles et de lignes de synthé voulant érafler leurs contours. Les ambiances dérivent vers le Cosmos et l'antre d'un trou noir où les significations de toutes formes sonores peuvent être un genre de dialogue entre astres et ses habitants. Allez savoir! Pianosa s'étend sur une longue ouverture de nébulosités astrales qui lui donnent une teinte de mélancolie funeste. Une délicate structure de rythme en émerge après la 9ième minute pour pulser et danser dans une chorégraphie en forme de zigzag avec ces tonalités de langage électronique de rattacher aux séquences. Les ambiances sont faites de ces ondes bourdonnantes et de brumes cosmiques où rayonnent des orchestrations en symbiose avec de lointaines harmonies sifflées discrètement par le synthé. Les premiers moments de Alcatraz activent nos neurones qui se mettent en mode cinéma pour une invasion de la célèbre prison située tout près de San Francisco. Des cognements résonnent dans une enveloppe cinématographique particulièrement réaliste avant que Mike Hans structure un excellent rock électronique qui flirte avec une approche industrielle. Un excellent titre!

Bien qu'il y ait quelques longueurs, qui peuvent s'expliquer par le désir de Mike Hans STEFFL d'approfondir adéquatement ses thèmes, CALABOOSE ISLANDS est un très bel album qui vieillit encore mieux au fil de ses découvertes. Le musicien Allemand réussit son pari à transposer en sons et en ambiances les visons dantesques de ces prisons qui étaient souvent les hôtes de prisonniers politiques. À ce titre, l'œuvre est plus achevée que Successful Failure et mélange à merveilles les phases de Berlin School à celles d'une musique d'ambiances qui nous plongent dans l'antre de la hantise de ces prisonniers.

Sylvain Lupari (30/08/23) ****¼*

Disponible au Mike Hans STEFFL Bandcamp

(NB : Les mots en bleu sont des liens sur lesquels vous pouvez cliquer)

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