© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

  • Twitter - Cercle blanc
  • Facebook - White Circle
  • Sylvain Lupari

TANGERINE DREAM: Underwater Sunlight (1986) (FR)

Updated: Feb 18

“Underwater Sunlight est un album génial mais méconnu qui fut conçu dans les mêmes motifs que White Eagle ou Hyperborea”

1 Song of the Whale, Part One: From Dawn... 8:23 2 Song of the Whale, Part Two: ...To Dusk 10:52 3 Dolphin Dance 5:07 4 Ride on the Ray 5:34 5 Scuba Scuba 4:26 6 Underwater Twilight 5:56 7 Dolphin Smile 4:57

Jive Electro ‎| CHIP40 Reactive/Esoteric EREACD 1020 (CD 45:15) (Melodic, New Berlin School)

Contrairement à plusieurs amateurs du Dream, j'aime bien les années Le Parc et UNDERWATER SUNLIGHT. C'était des années magiques où les membres de Tangerine Dream alliaient une technologie numérique sans cesse croissante à des structures musicales vivantes et entraînantes. De courtes structures qui démontraient que la MÉ pouvait être apprivoisée autrement que dans de longues pièces de musique qui flirtaient plus souvent avec une improvisation contrôlée, lorsque ce n'était pas la totale, et des dénouements souvent inattendus. Est-ce que TD combinait le meilleur des deux visions artistiques? The Keep, Flashpoint, Legend et Le Parc tendent à le démontrer. Mais cela reste un débat qui nourri le fanatisme des fans du mythique groupe Allemand. Sauf que les années Le Parc connaissaient un réel dénouement avec ces équipements numériques qui supplantaient les grosses murailles des Moog par des équipements plus compactes dont les capacités modifiaient les bases de la MÉ du style Berlin School. C'était la naissance de la New Berlin School avec une musique plus concise que l'on pouvait fredonner et qui était susceptible de passer aux bandes FM. Jean Michel Jarre, avec Rendez-Vous, Vangelis et son Antartica ainsi que Mike Oldfield avec Discovery ont franchi la barre des préjugés avec succès. UNDERWATER SUNLIGHT et Le Parc, possédaient aussi cette musique qui était tout autant enlevante et mélodieuse. Une musique qui restait toujours boudée par une trop vaste majorité des stations FM les plus écoutées, mis à part en Allemagne. Mais peu importe! Entièrement écrit par Franke et Frœse, ce 33ième album de TD marque l'entrée en scène de Paul Haslinger et était le prélude à une merveilleuse tournée mondiale dont les points culminants seront des concerts mémorables en France, d'où naîtraient les superbes bootlegs Relativity, Parisian Dreams et Sonambulistic Imagery. C'était sans nul doute la dernière année de gloire de Tangerine Dream… Plus de 25 après, UNDERWATER SUNLIGHT fait peau neuve grâce au label Esoteric Records qui l'offre dans une édition remasterisée. Un nouveau son, un très beau livret et un titre en boni en le très rare Dolphin Smile. Song of the Whale: From Dawn To Dusk ramenait Tangerine Dream dans le giron des albums tels White Eagle, ou encore Hyperborea, avec un long titre qui mangeait tous les sillons de la Face A. Un retour aux sources et une grande pièce oubliée dans cette tourmente des années 80 qui amorce sa virée harmonique avec des accords de piano électrique miroitant avec vivacité comme des reflets du soleil sur une eau cristalline et pure frappée de milles tourments. Une douce ligne de synthé, qui subdivise ses souffles de flûte brumeuse et ses filets de voix à la fois sensuelles et séraphiques, apaise la frénésie des accords circulaires qui scintillent maintenant en arrière-plan. Rêveuse la guitare d'Edgar libère une approche mélancolique qui vient courtiser ses souffles hybrides, jetant un baume passionné sur une structure dont le furtif mouvement progresse comme on grimpe un escalier en colimaçon et dont la porte s'ouvre sur d'intensifs roulements de percussions et un tintamarre d'arrangements orchestraux. Et Part One: From Dawn… de devenir cruellement plus lourd avec des puissants riffs et des brefs solos poignants qui déchirent l'horizon d'un boléro et son boléro croissant comme un coït sur le bord d'un orgasme qui ne viendra jamais. Intense et émouvant Part One: From Dawn nous crève l'âme avec une stupéfiante lourdeur mélancolique qui explose pour une courte durée de 4 minutes. Quatre minutes qui marqueront à jamais nos souvenirs musicaux du Dream où la guitare hurle, mais hurle…. C'est un passage intense qui termine son parcours dans une zone schizophrénique où toutes formes de voix et chuchotements sont susceptibles d'être malentendus. Part Two: ...To Dusk défile avec tendresse sur le joli piano de Paul Haslinger. Pensif et nostalgique, ce piano égare sa mélodie dans des brumes et bruines électriques, embrassant au passage une approche très près de Legend pour se fondre dans des séquences qui tournoient comme un escalier sans fin. Graduellement le rythme accroche au passage les délicats riffs de la guitare acoustique d'Edgar et devient plus vivant dans une belle approche mélodieuse où de sobres percussions le dirigent vers un tempo toujours plus tranchant. Là où l'attendent des séquences limpides aux lignes entrecroisées, des riffs soutenus, des percussions échoïques et martelantes ainsi qu'une guitare électrique toujours aussi vicieuse qui tranquillement lâche ses derniers souffles dans une finale qui refuse de mourir et qui finalement s'éteint dans un brouillard aussi morphique qu'intrigant. Et ainsi se termine un des derniers grands classiques de Tangerine Dream. Un grand titre!

La 2ième phase de UNDERWATER SUNLIGHT respire les harmonies et déchirements de Part One: From Dawn, notamment sur Dolphin Dance et son rythme circulaire où une ligne de basse entêtée, des légers riffs de guitare et des percussions sobres accompagnent de fins solos de synthé harmonique. La guitare électrique s'en échappe et inonde cette courte structure de beaux et brefs solos très mélodieux qui échangent ses harmonies avec un synthé lyrique sur une structure qui échappe ses lourds riffs et moments de tension. Ride on the Ray amorce sa structure mélodique avec hésitation où des arpèges de verre et des accords de guitare harmonisent leurs tonalités dans les ténébreuses ambiances d'un synthé aux lignes brumeuses et aux filets de voix absentes. Peu à peu le rythme se forge. Accrocheur et mélodieux il pulse de ses coups symétriques, s'alliant à un maillage de percussions aux tonalités électroniques irréelles et aux pulsations d'une ligne de basse anonyme qui frétillent avec une constante croissance pour finalement embrasser une chevauchée électronique d'un cow-boy solitaire. La structure est aussi enivrante qu'invraisemblable avec ce rythme artificiel qui s'alourdit sous les riffs accrocheurs d’une guitare acoustique qui troque sa mélodie animée de liberté pour des solos aussi rêveurs que rageurs. Court mais drôlement efficace. Scuba Scuba suit et fait honneur aux nouveaux équipements du Dream avec un rythme indéfinissable où percussions et pulsations entrecroisent leurs tonalités hétéroclites en un bassin rythmique stationnaire qui se laisse charmer par un synthé aux souffles de brumes et aux harmonies cristallisantes. Underwater Twilight est superbe avec ses lignes vaporeuses et ses souffles de voix spectrales qui flottent dans une ambiance d'éther. On dirait un truc échappé de Legend qui se met en mode rythme avec une faune de percussions dont les frappes asymétriques réussissent à forger un rythme homogène qui est secoué de spasmes chevrotants. Les ambiances éthérées de Song of the Whale: From Dawn to Dusk embaument ce rythme dont la structure des percussions laissent place à un délicat piano qui versent ses lignes ondulatoires dans de fins arrangements orchestraux, terminant ainsi le dernier des grands albums de Tangerine Dream.

Est-ce que cette dernière version d'Esoteric Records vaut le coût? J’ai trouvé le son plus clair et les détails mieux séparés. Mais est-ce suffisant? Sauf que cette version vient avec un titre très rare; Dolphin Smile qui est très à l'image de UNDERWATER SUNLIGHT. Le rythme est délicat, même si harponné d'une lourdeur contradictoire, alors que les claviers, et leurs arpèges en souffles de verre, et les synthés crachent une approche mélodieuse féerique qui tinte et chantonne de ses harmonies scintillantes sur une ligne de basse aux accords ronflants et sur ce perpétuel lit de percussions et pulsations qui forgent les rythmes indéfinissables et insaisissables de UNDERWATER SUNLIGHT. Un joyau de plus sur une couronne déjà bien garnie!

Sylvain Lupari (23/12/10) *****

SynthSequences.com

59 views