• Sylvain Lupari

TANGERINE DREAM: The Keep (1983) (FR)

“Pour moi THE KEEP est la trame sonore la plus complète que Tangerine Dream ait produite”

1 Puer Natus Est Nobis 3:09 2 Ancient Powerplant 4:28 3 The Silver Seal 3:07 4 Voices from a Common Land 4:06 5 Arx Allemand 4:24 6 The Night in Romania 3:15 7 Canzone 2:51 8 Sign in the Dark 4:19 9 Weird Village 3:23 10 Love and Destiny 3:31 11 The Challenger's Arrival 4:32 12 Supernatural Accomplice 4:07

13 Parallel Worlds 4:29

14 Truth and Fiction 2:52

15 Wardays Sunrise 3:20

16 Heritage Survival 4:13 TDI010CD

(CD 60:06) (V.F.)

(Berlin School, E-Rock, melodious)

Album mythique qui a connu autant d'accouchements que de fausses-couches, THE KEEP est le Blade Runner de Tangerine Dream.

Composée dans la foulée de la tournée Logos cette trame sonore d'un sombre film d'horreur, qui n'a de culte que la rareté et les légendes entourant sa musique, respire la quintessence des œuvres métalliques et mélodiques de Tangerine Dream des années White Eagle et Le Parc. Cette deuxième collaboration du trio Franke /Froese/Schmoelling avec le cinéaste Michael Mann (Thief) s'est butée à toutes formes de délais et de problèmes de droit d'auteur, mettant près de 15 ans avant d'être couché sur CD dans la plus stricte légalité, et en édition limitée, sur le label de Tangerine Dream International à la fin de 1997 et en 1999. Pourtant, Virgin était fin prête à produire le disque aussitôt qu'en 1984 (la légende voudrait qu'une poignée de vinyles étaient déjà en circulation) mais a dû retirer le projet pour une histoire de droits d'auteur. De fait, plusieurs annonces ont été faites par Virgin mais aucunes ne s'est concrétisées alors que les bootlegs s'accumulaient dans l'ombre des promesses de Virgin, dont les célèbres Blue Moon et Orange Records. En tout, 7 bootlegs sont venus engraisser la machine à légendes tandis que TDI sortait 2 éditions pour un total de 450 copies. Autre facteur qui a amplifié l'engouement autour de THE KEEP est la confusion autour des titres et la portion qui a vraiment été utilisée pour les besoins du film (on parle de 3 ou 4 titres seulement) alors que les sessions d'enregistrement auraient nécessité près de 150 minutes de musique. Mais, si on parlait de la musique!

Version électronique de la Messe de Minuit composée par Thomas Tallis en 1554, Puer Natus Est Nobis ouvre ce sombre album avec une délicieuse chorale aux voix virginales qui psalmodient sous les doux arrangements orchestraux d'un synthé rêveur. Les voix poussent la mélodie angélique dans les hautes sphères des chanteurs émasculés, chavirant les émotions et faisant lever le poil des bras avec une étonnante dualité. Si ce titre détonne du répertoire du Dream, tout comme le puissant Canzone, et ses chœurs Grégoriens qui flottent sur des souffles de synthé aussi philharmoniques que méphistophéliques, ainsi que Parallel Worlds, et ses pulsations glauques qui piétinent des souffles flûtés à Le Parc, Ancient Powerplant remet les pendules à l'heure avec une intro intrigante où les vapeurs des synthés chantent une mélodie distordue. L'ambiance est tétanisée d’un voile de noirceur apocalyptique alors qu'au loin on entend les percussions venir en renfort pour instaurer une rythmique. Avec des castagnettes électroniques, dont on retrouve toute la fascination sur le léger et enjoué Voices from a Common Land, mordent à plein les mélodies cosmiques sifflées par un synthé lunatique et harmonisées par une guitare aux notes discrètes et fuyantes. The Silver Seal est une mélodie sans rythme dont l'approche respire les ambiances d'Hyperborea et de Flashpoint, alors que Arx Allemand nous entraîne dans des sphères baroques à la Wendy Carlos, étalant tous les paradoxes qu'une trame sonore d'un film que les ambiances noires et surnaturelles peut permettre.

The Night in Romania est une douce mélodie pensive que des percussions soutiennent d'un rythme rêveur et lent. Le synthé crache des filets de brumes harmonieux qui vont si bien avec la puissante ambiance des chœurs orgiaques de Canzone qui s'époumonent sur des lignes de synthé oisives. Sign in the Dark nous ramène dans les soubresauts métalliques de Mojave Plan sur un rythme qui souffle les ambiances désertiques de Flashpoint. Les séquences sont fumantes et s'entrecroisent, tant dans les formes que les tonalités, forgeant une savoureuse chevauchée rythmique qui galope à contre-courant sur les vagues de synthé se mourant d'harmonies vaporeuses. Avec Weird Village nous entrons dans la phase plus atmosphérique de THE KEEP avec une lente amorce qui rappelle les éclats métalliques hésitants de Silver Scale. Quoique plus mélodieux Love and Destiny emprunte les mêmes sentes ambiophoniques sur un titre qui a sans doute inspiré les travaux de Destination Berlin, alors que des titres comme Supernatural Accomplice et Truth and Fiction offrent une approche surnaturelle avec des voix d'un vocodeur aux souffles fantomatiques qui flottent sur des nuages de brume. The Challenger's Arrival et Wardays Sunrise sont deux titres aux approches très similaires dont les sensuels rythmes lents et rêveurs sont caressés par la guitare très mélancolique d'Edgar Froese. Heritage Survival termine l'album avec rythme et puissance sur une structure vivante et mélodique tracée sur la finale de Logos.

Pour moi THE KEEP est la trame sonore la plus complète que Tangerine Dream ait produite. Bien que seulement quelques titres accompagnent le film, l'ensemble de l'œuvre inspire vraiment cette fusion d'horreur gothique et de guerre dans les replis les plus complexes des esprits malsains. Il y a une fascinante corrélation entre des époques et des ambiances dont le seul fil conducteur est une impression de folie luciférienne qui relie 16 titres torturés par des contrastes temporels. L'œuvre est titanesque et s'inspire de la période faste du Tangerine Dream qui explosait ses salles de concert avec du matériel inédit qui se retrouve sur cette bande sonore, d'où le légendaire engouement pour THE KEEP et ses multiples versions pirates. Du matériel qui répandrait ses réminiscences aussi loin que Destination Berlin en 1989. Malheureusement, l'album est encore discontinué. Donc il faut surveiller Ebay afin de mettre la main sur une copie usagée ou encore un des fameux bootlegs…en attendant qu'Edgar vide sa voûte et nous offre enfin toute l'aventure musicale de THE KEEP; une œuvre majeure et incontournable qui explique toutes les phases des années métalliques de Tangerine Dream. Un gros merci à Traummadawn pour m'avoir poussé à creuser l'aventure de cet album mythique.

Sylvain Lupari (28/09/10) ****½*

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