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  • Sylvain Lupari

MUTAGENESE: Errance Planetaire (2017) (FR)

“Errance Planetaire est un album époustouflant qui mérite d'être découvert par ceux qui ont aimé follement les meilleures années de Space Rock”

1 Eclat Stellaire 4:58 2 Useful Happiness 6:00 3 En attendant 6:42 4 Exoplanete 1 6:10 5 The Sputnik 1 Effect 5:10 6 Godspeed John Glenn 5:56 7 L'exode 3:49 8 The Blue Marble 7:06 9 Our Legacy 4:32 10 Flying Turtles 2:34 Mutagenese Music

(DDL 52:58) (V.F.) (Space Rock)

Alors que je vous parle constamment de MÉ produite en Europe ou aux States, j'oublie que de très beaux projets se réalisent dans ma cour. Après le superbe Ordo ab Chao de Samarkande, un nouveau projet musical fait irruption à Montréal sous le nom de Mantagénèse. Paru au tout début de l'automne 2017, ERRANCE PLANETAIRE est un bel album aux tonalités analogues qui nous fait voyager parmi les grandes essences du Space Rock, de la musique ambiante et du bon vieux Berlin School. Et malgré ces essences maintes fois revisitées, le groupe Montréalais propose un premier album où les 10 titres sont imbibées d'une fraicheur tant au niveau de la créativité que de l'esthétisme sonore.

C'est avec une approche ambiante que débute cet album. Eclat Stellaire dévoile de larges champs de brume rempli de tonalités et de bizarretés soniques qui flottent avec de fascinants débris harmoniques dans un paysage électronique peuplé de neutralité. Useful Happiness soutire quelques idées brumeuses de Eclat Stellaire pour badigeonner son introduction de mysticisme. Des filaments s'échappent afin de tisser un léger mouvement de staccato. Le duel des tonalités est séduisant, ici comme partout dans cet album. Des percussions se mettent en mode battement, initiant un rythme des années analogues qui va et vient entre une symphonie brumeuse. La deuxième partie profite de ses éléments percussifs additionnels et des échos plus cristallins des séquences afin de mieux nous attirer dans l'univers d'un très bel album sans dimension temporelle. En attendant déjoue cette perception avec une structure de rythme délicieusement entraînante qui fait très Jarre, sinon MÉ de l'école française. Je vous avertis, la mélodie est du type ver d'oreille. Exoplanete 1 est aux antipodes avec cette guitare recluse qui orne son introduction. Cette ouverture ambiante et mélodieuse est assaillie par une séquence de percussions qui tambourinent sur un long intervalle interrompu par la finale. Des larmes de synthé cabalistiques errent avec une fascinante complicité avec la guitare, alors que de large bancs de brume couchent des mélodies insondables et que d'étranges murmures amplifient cette approche très sibylline de Exoplanete 1. Si étrange et si bon! Des grésillements et des voix perdues dans les limbes ouvrent la marche vaseuse de The Sputnik 1 Effect. Les effets sont en concordance avec le titre alors que la musique propose deux lignes dont les cercles qui se rejoignent forment la base d'un rythme fantôme. Ce sont les percussions qui dressent une rythmique d'un genre motorik, tandis que des pépiements de synthé s'occupent de créer une mélodie mangeuse de tympans qui est équivalente à ces tubes électroniques dans les années 70. Simple mais drôlement efficace. On sautille et on siffle sur les airs de ce titre. Par la suite, on tombe dans une phase plus ambiosphérique, plus progressive, voire même complexe d'ERRANCE PLANETAIRE.

Des lignes flottantes funèbres et mélancoliques, de même que des voix de la NASA, nourrissent l'introduction de Godspeed John Glenn. Ces lignes circulent comme des vagues circulaires, s'alliant dans une fascinante symbiose avec d'autres aux tonalités d'un éléphant électronique comme dans l'ouverture de Ethnicolor de Jean-Michel Jarre. Un battement dans le décor sort des ombres et façonne une approche plus fluide qui fond dans l'amplification des dialogues et une autre ligne de rythme oscillatoire qui communique avec une structure organique extraterrestre. Godspeed John Glenn se termine dans un passage étonnement réaliste de cette vision décrite par ceux qui ont vu le vide et la lumière avant de revenir parmi nous. Le court L'exode propose un rythme sautillant comme la course du temps où nappes orchestrales et autres plus sobres tissent un panorama sonique près des terreurs de Suspiria. Les ambiances ici sont superbes. The Blue Marble est un titre d'ambiances avec des orchestrations célestes qui flottent et valsent jusqu'à rencontrer une deuxième partie qui exploite des effets percussifs tintant et résonnant dans ces orchestrations aussi lentes et séraphiques qu'en ouverture. Quel sera notre héritage aux générations futures? C'est la question qui suscite les réflexions narrées sur le superbe rythme qui sonne tellement comme dans les années analogues de Our Legacy. Une petite merveille qui me fait penser à du Space Art! Et Flying Turtles n'est pas en reste avec son rythme cosmique structuré sur le mouvement du carillon d'un séquenceur chargé de rêveries. Les couches de synthé valsent avec ce rythme d'une ballerine gracieuse dont les mouvements lents sont suivis d'une poudre hallucinogène. Un autre petit bijou!

Tantôt dans ses parfums psychédéliques et tantôt dans ses vapeurs cosmiques, la musique d'ERRANCE PLANETAIRE erre entre autant de genres que les 10 titres proposés. Il y a des moments de candeur qui flirtent ici avec une créativité tellement plus grandiloquente que la complicité qui unie ces deux pôles relève d'une ingéniosité digne de Chronos.

Sylvain Lupari (21/02/18) *****

SynthSequences.com

Disponible au Mantagénèse Bandcamp

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© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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