• Sylvain Lupari

MYTHOS: Berliner Schule Sequencing (2020) (FR)

Même si c'est fait dans une vision dépareillée par un manque d'homogénéité évident, je suis très content du retour de Mythos!

1 Rationality and Passion 5:22

2 Filter Force 4:12

3 Alien Conversation 5:05

4 In Striking Distance 5:03

5 Fire Up your Engine 4:23

6 Rising Earth Above the Lunar Horizon 3:49

7 Dynamic Solutions 8:09

8 The Few, The Proud 4:02

9 Game On 3:59

10 Iron and Steel 5:53

11 Steady Flow 4:26

12 Liquid Force 4:12

13 Captain Consistence 7:21

14 The Phobos Monolith 6:20

15 Power Dome 4:20

16 Viper Room 3:18

Breeze Music 2020-02

(CD 80:05)

(Berlin School Sequencing)

Un autre retour de Mythos? La question se pose puisque plus de 4 ans sépare Jules Verne - Around the World In 80 Minutes de BERLINER SCHULE SEQUENCING. Et il s'en est passé des choses dans ces 4 dernières années. Tant au niveau de la MÉ que l'état d'incertitude mondiale qui en a pris un coup avec l'actuelle pandémie. Toujours très avant-gardiste, comme en font foi ses albums Surround Sound Offensive ou encore Surround Sound Evolution, Mythos a décidé d'effectuer un retour en proposant 16 structures séquencées démontrant les multiples facettes d'un séquenceur dans le style de la Berlin School. Là je vois les amateurs de Berlin School saliver. Je mets tout de suite un stop à votre élan d'enthousiasme. BERLINER SCHULE SEQUENCING n'est pas proprement dit un album de Berlin School comme on a l'habitude d'entendre. Il n'y a pas de solos de synthé, ni de lignes harmoniques, encore moins de mélodies sur ce dernier album de Stephan Kaske. L'élément à retenir dans le titre est; Sequencing. Tout tourne ici autour du séquenceur. Son rôle ainsi que son impact dans la création de la Berlin School.

Et ça débute avec Rationality and Passion! Après une brève introduction structurée sur des lignes ondoyant dans une brume irisée, le titre propose une légère structure de rythme. Un rythme avec une architecture minimaliste qui va gambadant et parfois marchant dans ces effets sinueux qui remplissaient son ouverture. Par moment, le rythme casse sa démarche pour sautiller plus aléatoirement, un peu comme un jeu mathématique du séquenceur qui tente de déjouer un effet de redondance. Filter Force impose sa présence avec un débit saccadé. Des pads de synthé tombent en mouvement sec et suivent une trajectoire discontinue sous une fascinante texture de percussions festives. Le ton est toujours léger au niveau des ambiances. Ces pads épousent une forme plus funky avec une tonalité des années Motown avec un zest d'effets psychédéliques dans les graffitis sonores qui se tordent et twistent sur eux-mêmes. La structure devient un plus musicale lorsqu’une ligne du séquenceur s’échappe de la texture des percussions. L'esprit des tonalités psychédéliques vintages se poursuit sur Alien Conversation. Le débit est plus rapide et assommé par de rudes percussions. La conversation des extraterrestres se fait en marge de ce rythme, comme si deux cyborgs faisaient du Rap sur un Groove cosmique. Ça sonne comme du bon vieux Mythos. On semble suivre une évolution dans ce BERLINER SCHULE SEQUENCING alors que In Striking Distance propose une autre structure répétitive et saccadée dans une autre vision tonale. Après la marche débonnaire de Fire Up your Engine, Rising Earth Above the Lunar Horizon nous tombe dans les oreilles avec un air de Debussy dans une vision électronique progressive. Dynamic Solutions est le premier titre à insuffler une vision Berlin School progressive avec deux lignes de séquences rythmiques qui sautillent pour s'entrecroiser dans un carrefour rythme décongestionné mais rempli de brumes aux voiles chthoniens. Histoire de nous tenir éveillé, Mythos apporte des nuances et des ratés au rythme qui devient ainsi plus attrayant, et pour les sens et les oreilles, alors que tout doucement, le son du séquenceur se transforme en pads de violons ensorceleurs. Je ne l’ai jamais vu venir! Un coup de génie de la part de Mythos.

The Few, The Proud dépose une structure croissant en pas de loups qui est enveloppée par un panorama hivernal. Les éléments rythmiques se soudent en une fascinante danse éthérée dans un décor de glace où dansent des arpèges de cet univers en même temps que tonnent des éléments extérieurs. Game On offre une autre structure rotative qui danse en rond avec les reflets musicaux de ses ombres tout en ayant une enveloppe harmonique comme compagnon de danse et des éléments extérieurs dont les présences attisent la curiosité. Une ligne d'oscillations, et ses réverbérations, donnent vie à Iron and Steel. Déjà, un mouvement du séquenceur tisse une ligne à l'improviste qui s'adapte à cette phase oscillatrice où le synthé lance ses pleurs dans un zigzag de plus en plus incontrôlable. Des accords gras et juteux exposent la fragilité de cette séquence dans sa deuxième partie. Steady Flow est un autre de ces titres ici qui joue avec l'effet de saccades du séquenceur. Cette fois-ci, une faune organique se joint à cette structure ambivalente. Un titre plus musical comme Liquid Force propose aussi deux lignes de séquences qui se frottent et échangent leurs parcours rythmiques dans une superbe transition qui m'a fait écarquiller les oreilles. Captain Consistance est un superbe titre! De loin le plus beau et le plus mélodieux de BERLINER SCHULE SEQUENCING. Son ouverture injecte une ligne de riffs qui s'aère en zigzagant dans une tunnel dont l'écho tisse une longue texture harmonique. Si le débit était ses et saccadé, il frappe un nœud avant la 3ième minute. Avalé par une membrane organique, Captain Consistance sautille dans un lent effet stroboscopique étudié dans un savoureux effet de ralenti. La structure reprend vie une minute plus tard en échangeant la portion musicale et organique dans une vitesse hypnotique, démontrant tout le génie de Stephan Kaske. The Phobos Monolith démontre les capacités de construire une structure musicale à partir de boucles qui se répercutent dans une phase minimaliste. C'est très Manuel Göttsching! Parfois ombragées de ces années funky et parfois plus contemporaines, les séquences s'échangent des dialogues alors qu'une autre ligne s'invite insidieusement. Ce sont des boucles et des boucles dans un long mouvement où les seuls changements viennent des brumes de synthé et de l'essoufflement de The Phobos Monolith. Power Dome est la portion la plus lugubre de l'album avec une structure rythme-comptine dans des ambiances ténébreuses, alors que Viper Room présente des lignes torsadées tournoyant comme un kaléidoscope dans un dernier titre rempli des vapeurs hallucinogènes sonores de années 70.

Je suis bien content du retour de Mythos! Même si c'est fait dans une vision dépareillée par un manque évident d'homogénéité qui m'amène à penser que BERLINER SCHULE SEQUENCING est ce genre d'album d'essais plus qu'un album concentré sur les rythmes, les mélodies et les ambiances. J'y ai appris que des séquences peuvent naitre de bouts d'orchestrations comme de brises synthétisées. C'est l'album idéal pour les curieux avec une couple de titres qui frisent le génie.

Sylvain Lupari (20/12/20) ***¾**

SynthSequences.com

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