• Sylvain Lupari

NORD: Vortex (2016) (FR)

Même dans ses habits d'outre-créateur de MÉ de masse, Nord parvient toujours à soutirer le meilleur de son imagination

1 Circles 13:06 2 Spirals 18:06 3 Rotation 19:24 Nord Music

(DDL 50:28) (V.F.) (Roumanian School)

Parmi les artistes que j'ai découvert dans ces dernières années, Nord est sans contredit l'un des plus séduisants. Un artiste qui a vu neiger, Sztakics István Attila a su développer un univers minimalisme où se greffent une panoplie de rythmes, enlevants ou ambiants, et d'éléments électroniques qui finissent toujours par épouser les courbes de ses idées. Inspiré de la rotation de l'Univers, VORTEX est déjà un 3ième album en 2016 et propose 3 longs titres évolutifs, avec comme trame de fond une vision cosmique et cinématographique où le style de Nord exploite le genre de la série The Dark Side of the Moog et celui d'Otarion dans le très bon Genius.

Une onde de sons dévoile une nuée d'ondes tonales qui apparaissent et forgent un dense tissu sonore qui flotte comme ces nappes d'éther dans Wish You Were Here. Un piano se détache de cette muraille d'ambiances interstellaires, traçant une mélodie difforme dont le principal attrait est d'éveiller une ligne de séquences avec ses ions qui sautillent comme un iule avec une multitude de pattes cassées. Le rythme claudique dans de denses nappes synthétisées. Et un lourd effet d'orchestration le fouette pour l'énergiser dans une structure rythmique qui médite entre du trance et du techno. La toile de fond régurgite de bons effets cosmiques qui avalent cette première brève structure de rythme qui laisse timidement sa place à ce piano qui reformule sa mélodie avec un beau tracé mélodique dont chaque note, fortement martelée, laisse son empreinte dans nos oreilles. Les ambiances sont riches et enveloppent ce premier titre dans un riche tissu cosmique avec un très beau synthé qui dessine des solos dont les formes dérivent comme les miettes de vaisseau qui se dissout dans la froideur du cosmos. Le rythme revient un peu avant le point des 9 minutes. Plus acide que sa première partie, j'entends les séquences plus féroces ici, il propose une approche statique ornée de très bons solos d'un synthé très créatif. Autant dans ses harmonies, ses acrobaties que ses ambiances. C'est du bon Nord!

Les premières ondes de Spirals nourrissent un rythme ambiant noué dans un nuage d'oscillations statiques. Le synthé est très aérien et lance de brefs solos, comme un être solitaire qui siffle des mélodies qu'il compose instantanément. Le rythme devient aussi entraînant que la première partie de Circles, mais avec un très beau jeu de séquences qui tracent des cercles rythmiques comme dans un jeu de spirographes. La fusion du techno cosmique et du mouvement des séquences est très réussie. Surtout avec les effets d'un synthé qui n'en finissent plus de remplir nos oreilles. On note un léger crescendo dans la puissance du rythme qui garde cependant la même vélocité sphérique. Et plus les séquences défilent et plus j'entends du Chris Franke dans les années 80-81. Les 8 premières minutes sont de feu, alors que la seconde partie propose une mélodie circulaire, toujours nourrie de bons effets électroniques à la fois cosmiques et organiques, qui rappelle indéniablement l'approche minimaliste de Mike Oldfield dans Tubular Bells. Un synthé aux brises flûtées accompagne cette ritournelle qui engraisse son harmonie avec des effets et des séquences limpides qui rapetissent sa spirale harmonique qui éclatera dans une structure plus animée dans ses dernières minutes. Rotation est construit un peu sur le même moule mélodique minimaliste, mais cette fois-ci c'est une guitare qui trace le jeu. Ses notes se fondent à un mouvement de séquences qui fait gambader ses ions dans des nappes de synthé parfumées de mélancolie. Des larmes de synthé (guitare?) tissent un paysage sonique où les spectres se lamentent sur un mouvement qui roule en boucles de plus en plus serrées. Le jeu des séquences est aussi séduisant que celui de Spirals, sauf que le rythme va de plus en plus vers l'explosion. Les synthés restent toujours aussi magiques et créatifs alors que la guitare de Makkai Kálmán fini par lancer des solos aériens qui sonnent tellement comme Frank Dorittke. Les solos tournent en riffs, guidant Rotation et ses effets cosmiques vers une évolution rythmique qui atteindra son apogée vers les 13 minutes avec des roulements de caisse explosif. Une fine mélodie pianotée s'échappe de ce torrent rythmique, figeant une mélodie qui percera le temps alors que tout doucement se ferme les derniers moments de Rotation qui respire encore de ces solos de guitares incisifs et d'un sursaut de rythme plus modéré, plus en mode ballade.

Il y a de la musique dans l'imagination de Nord! Et de l'assez bonne pour un synthésiste qui colle des albums comme une chatte fait des petits. VORTEX est un bel album destiné pour ceux qui aime la sécurité des structures minimalistes. Et Sztakics István Attila est assez fort à ce jeu. La façon qu'il a de créer des crescendos, relativement tranquilles, autour de ses structures fait de sa musique une boîte musique pleine de charmes.

Sylvain Lupari (20 Juin 2016) ***½**

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