• Sylvain Lupari

P'FAUN: sp'roque (2018) (FR)

Updated: Apr 11

“sp'roque est ce que j'appelle une bouffée de fraîcheur avec une vision musicale un peu à part mais bien ancrée dans les racines de la Berlin School des années 70”

1 sp'roque - part 2 10:16 2 only one life 11:01 3 sp'roque - part 1 12:41 4 at first sight 6:54 5 sequencer improvisation (bonus track) 18:39 P'Faun Music (CD/DDL 59:33) (Cosmic Prog Rock)

Au cours des dernières années, j'ai appris que lorsque le nom de Michael Brückner est apposé sur un projet, cela mérite notre attention. Cet autre groupe, P'Faun, ne fait pas exception. Pour la petite histoire, P'Faun est le nouveau nom de Betzler & Brückner, alors qu'initialement le premier nom de scène de Betzler & Brückner était P'Faun. Drôle d'histoire n'est-ce pas? Co-fondateur du légendaire groupe de rock Allemand P'Cock, Tommy Betzler semble avoir toujours eu un genre d'attrait, d'affection spirituel pour ce nom. Et il faut avouer que phonétiquement, P'Faun n'est pas si loin de P'Cock. SP'ROQUE, pour Space Rock, est dans la continuité de l'album Triplet où le duo Allemand recrutait les services de Sammy David à la guitare et Fryderyk Jona aux synthés. Sauf que cette fois-ci la vision musicale est plus dans le rock avec Sammy David aux guitares et à la basse.

La batterie de Tommy Betzler percute nos haut-parleurs en ne manquant pas de nous faire sursauter avec des frappes brutes et incisives. sp'roque - part 2 démarre avec de vives oscillations avant d'être happé par des riffs secs et hachurés. Ces riffs mordent autant que les percussions ces lignes oscillantes qui meublent la structure de fond de cet hymne de rock progressif déjanté. Rock progressif? Absolument! Et j'ajouterais même assez expérimental. Du Krautrock peut-être, à cause des effets électroniques et des quelques phases d'ambiances, j'aime bien cette nappe de voix chthoniennes autour des 6 minutes, mais le côté rock de sp'roque - part 2 est résolument ancré avec ce trio dynamique qui livre ici tout un impressionnant morceau de heavy rock cosmique. La musique est lourde et vive. Je pense à un mélange entre MorPheuSz, Deep Purple, E.L.P. et Van Halen avec de très bons solos de synthé et de guitare à la Frank Dorittke qui se font duel sur un intensif matraquage des percussions, sauf pour quelques phases, très courtes, plus ambiantes. Absolument le titre le plus sauvage dans la sphère de la MÉ cette année, et 2018 est plus que juteuse à ce niveau. Je suis l'un de ceux qui pense qu'un batteur et un guitariste multiplie les charmes et ouvrent de nouveaux horizons à la MÉ. Ils servent très bien la cause dans l'ouverture d'un genre country cosmique de only one life. Les tonalités de sabots des percussions de Tommy Betzler sont du bonbon pour mes oreilles. Ici, c'est tout à fait le contraire de sp'roque - part 2 alors que les phases de rythme, assez intenses tout de même, sont aussi brèves et rarissimes que les phases d'ambiances. Une ballade ambiante avec des parfums Arabes, only one life évolue entre ses parures électroniques, dont de beaux filaments stroboscopiques circulaires et de belles harmonies murmurés par des voix brumeuses, et son repaire théâtral cousu par une guitare aussi vaporeuse et nébuleuse ainsi que des percussions en mode tribales.

Un peu plus lent, et tout autant féroce que sa partie 2, sp'roque - part 1 est véritablement dans l'esprit de rock cosmique plus expérimentale à la Ozric Tentacles. Les percussions sont soutenues et enlevantes alors que les duels entre synthé et guitare se font sur un lit de basse qui refuse l'anonymat. L'idée d'insérer un titre plus tranquille entre ces deux parties est très judicieuse. Après une brève introduction tissée dans l'art de la nébulosité astrale, Sammy David étend de lentes et longues complaintes sur une structure ayant les apparences d'un Wish You Were Here, de Pink Floyd, réinventé. Une ligne de séquences se met à sautiller avec plus de vélocité dans un décor très électronique. Peu à peu, at first sight se donne des munitions pour exploser dans un lourd mélange de rock et de blues cosmique. Sammy David nous en met plein les oreilles avec de bons solos qui restent très attachés à des bases harmoniques alors que le duo Betzler & Brückner accroche une bonne structure semi-lente, idéale pour une danse de Zombies sous-alimentés, forgée dans une belle complicité entre les percussions et le séquenceur. Michael Brückner relève les défis de Sammy David avec des solos de synthé qui sont un peu moins harmonieux mais délicieusement osés. sequencer improvisation (bonus track) est un petit délice pour tout amateur de séquences tisseuses de rythme stationnaire et toujours magnétisant.

Offert tant en format téléchargeable qu'en CD mixé par Michael Brückner et masterisé par nul autre que Hans-Dieter Schmidt, SP'ROQUE est ce que j'appelle un vent de fraîcheur qui circule assez bien entre les belles découvertes que j'ai entendu et chroniqué récemment (Beyond Berlin, Banks & Smith, Mutagenese et Galactic Underground). C'est du rock cosmique à son meilleur avec une touche expérimentale qui reste profondément ancrée dans les racines de la Berlin School, de la MÉ des années 70 avec un Ashra en pleine croissance artistique. Un incontournable!

Sylvain Lupari (10/03/18) *****

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Disponible au P'Faun's Bandcamp

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