• Sylvain Lupari

PETER IROCK: Horizon (2015) (FR)

“Horizon est un solide album solide construit sur une muraille d'influences de la MÉ moderne sur des structures en constante évolution”

1 Horizon 8:01 2 Mountains Dream 8:03 3 Everest 7:47 4 Phenomenal 8:24 5 Moonlight 10:49 Peter Irock Music

(DDL 43:06) (Berlin School, E-Rock film textures)

Un nouveau nom dans mon firmament de MÉ, Peter Irock n'est pourtant pas un nouveau venu dans ce merveilleux univers de sons. Musicien/synthésiste Italien qui a émigré en Suisse, Peter Irock a débuté sa quête sonique aussitôt qu'à ses 17 ans en composant et en performant sa musique lors de différents festivals. Autodidacte comme sa plus grande influence, Vangelis, il fait ensuite équipe avec Lionello Ferrazzini dans les années 80 sous la forme du duo Fairlight. Duo qui n'a rien endisqué de connu mais qui a donné de nombreux concerts de MÉ d'un genre plus cosmique. En 2010, Peter Irock fait un retour avec un album sobrement nommée The Return. HORIZON est un 4ième album qui s'avère une très belle surprise où Irock étale tous les chemins de ses influences avec un gros 43 minutes bourrées de rebondissements.

Tomita, Tangerine Dream, Jean Michel Jarre et Vangelis! La pièce-titre explose de ces influences avec un gros rock électronique très pompeux où des explosions symphoniques à la Vangelis et Tomita éclaboussent une structure électronique en perpétuel mouvement. Une structure instable qui embrase des moments déchaînés où les rythmes et ses séquences défoncent et grignotent nos tympans avec des parfums de Tangerine Dream de la période Miramar. Le tout débute avec une onde de pulsations séquencées où les ions bas sautillent dans un linéaire mouvement stroboscopique orné de graffitis électroniques. L'approche est dramatique à la Vangelis. Une ligne de séquences fait virevolter des accords qui papillonnent dans les ombres de lourdes réverbérations alors que, toujours, les gribouillages soniques explosent comme des taches d'encre sur de papier buvard. Des lignes de synthé, aux harmonies déchirées entre les influences de Vangelis et Tangerine Dream, tempèrent les éléments soniques avec de beaux solos harmoniques alors que des explosions secouent toujours les miettes rythmiques de Horizon. S'ensuit un mouvement plus éthéré, tempéré par de voix et des essences tribales, qui flotte lourdement sous la menace des cymbales et de ligne de basse ronflantes et rampantes. Il y a une odeur de jazz dans ces synthés. Le titre vire par la suite vers une structure de rock électronique plus progressive avec la présence du saxophone alto de Hellmut Wolf, enracinant plus cette perception d'être dans les couloirs du temps de Tangerine Dream, période Turn of the Tides. Le titre reste toujours ancré dans une menace d'explosion rythmique avec des séquences qui oscille fiévreusement dans les frappes des percussions alors que le saxophone libère l'espace pour laisser la place à un synthé tout aussi harmonique. Après une autre brève phase ambiosphérique, le rythme se stabilise à nouveau. Il est lourd et entraînant alors que les harmonies sont suavement disputées entre un synthé, une flûte traversière et ce sax alto soufflés par Hellmut Wolf. C'est à partir de ce canevas que Peter Irock exposera les 35 prochaines minutes de son album.

L'introduction de Mountains Dream est forgée dans l'indécision. Les ambiances, nourries de voix célestes et d'explosions de percussions électroniques, étendent leurs ombres menaçantes avec des lignes de synthé bourrées d'intensité volcanique et d'effets orchestraux cinématographiques. C'est assez intense et graduellement le mouvement épouse une structure plus rock avec de bons solos de synthé, une des forces de HORIZON, qui échangent ses airs pour ceux plus rock d'une guitare, jouée par Frank Steffen Mueller. L'approche me rappelle les bons de moments de MorPheusz et j'attirerais votre attention sur le subtil jeu des percussions crotales qui amplifie tout le charme de cette deuxième partie endiablée de Mountains Dream. Everest est une belle ballade électronique qui me fait penser énormément à du Vangelis. Les orchestrations, les séquences qui dansent dans leurs échos, les percussions qui piétinent dans les ombres des autres, les gros roulements de percussions et la magnifique voix de Nanda Natukovis ne font aucun doute quant aux influences de Peter Irock pour ce titre. Phenomenal propose une intro sculptée dans le surnaturel avec une multitude de murmures qui chuchotent dans un brouillard cosmique et les brises très menaçantes d'un synthé. Des percussions y claquent aléatoirement alors que le titre se dirige vers une phase ambiosphérique très riche où le synthé épouse les airs apocalyptiques des descendants de Maya. Il y a plein de flash sonique qui me font penser aux années 82-83 de Tangerine Dream ici et l'amorce du rythme est tissée dans le mystère avec des tons étranges, des séquences et des percussions qui pétillent dans des lignes de synthés aux parfums d'éther. Ces séquences canalisent leur fureur pour tresser une abondante ligne papillonnante qui monte et descend, poussant le rythme de Phenomenal vers un furieux rock électronique arqué sur des boom-boom technoïde. Il s'agit d'une courte phase endiablée, très TD en passant, puisque le titre revient assez tôt dans sa pochette ambiosphérique nourrie de mysticisme. Moonlight clôture cet album avec la même force que la pièce-titre l'ouvrait. C'est un titre intense qui est écrasé par ses multitudes revirements rythmiques et ambiosphériques où les influences de Tangerine Dream, pour les tonalités, et Jean Michel Jarre, pour les effets cosmiques, fusionnent sur une structure de rythme qui allie les deux influences; rock et technoïde. C'est bien fait et la finale nous plonge dans ces ambiances apocalyptiques de Vangelis.

HORIZON bousculera sans doute vos sens à la première écoute. Ses nombreux revirements et ses abondantes références aux grands noms de ses influences vous déstabiliseront sans doute les oreilles. Mais il y a une impressionnante mosaïque de sons derrière cette musique où les synthés nous ramène à la raison avec une forte présence que plusieurs artistes refusent d'exploiter, donnant une belle richesse à une MÉ où son principal défaut est de courir après tous les parfums de ses influences. Un défaut dont la principale qualité par contre est d'offrir une musique en continuel mouvement avec des approches progressives, ambiosphériques, rock, cinématographiques et cosmiques vitaminées par de bonnes séquences et tempérées par de bons solos. Une trouvaille qui vaut la peine d'investiguer.

Sylvain Lupari (26/09/15) ***** SynthSequences.com

Disponible chez Peter Irock Music

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