• Sylvain Lupari

PHOBOS: This Desolate Place (2011) (FR)

Tant et aussi longtemps que des artistes tel que Phobos intentent un recours pessimiste sur l'avenir de notre planète, la MÉ ambiante est entre bonnes mains

1 This Desolate Place 68:44 PHO001

(CD-R/DVD-R/DDL 68:44)

(Dark Ambient)

Un long souffle caverneux émerge d'une Terre noire. On entend des tonnerres gronder. Ou est-ce des éclats d'explosions qui tapissent un ciel musical sombre? L'imagination sans frontières appartient à ceux qui puisent au fond de leur cortex cérébral afin d’harmoniser leurs visions à celle de Phobos qui signe en THIS DESOLATE PLACE un lourd et obscur album ambiant. Compositeur de MÉ depuis le début des années 90, David Thompson a fait la transition entre une MÉ mélodique et séquencée (Approaching the Light en 91 et Rainbow's End en 92) et une MÉ ambiante ténébreuses après une période de 9 ans d'inactivité. C'est durant cette période qu’il découvrit la musique de Steve Roach, Robert Rich, Oophoi et Stephen Philips. Des artistes ont eu pour effet de raviver la flamme créatrice de David Thompson qui emprunte dorénavant le nom de Phobos pour livrer des œuvres extrêmement ambiantes aux odeurs de soufre chthonien. Et cet album se colle aux nouvelles influences du synthésiste Anglais avec d'oblongues et envahissantes couches d'un synthé noir qui éparpille ses souffles sépulcraux parmi des lueurs angéliques, créant un mélange subjuguant. Si l'on se pose la question à savoir si la MÉ ambiante a quelque chose de neuf à apporter, chaque cas doit être analysé de façon différente. Ici, Phobos multiplie les ondes de synthé qui ululent avec une étrange passion neurasthénique. Un peu comme si la Terre était détruite et que nous en regrettons ses vestiges à travers les ombres sombres qui flottent comme des regrets incantatoires. Et c'est là que réside la beauté de cette œuvre entièrement flottante; on voit ce que l'on entend. Tout au long des 68 minutes que dure This Desolate Place, l'auditeur est submergé par un monde noir qui respire par les strates polymorphiques d’un synthé intensément obscur. Certes il y a de fines fissures lumineuses, mais elles jaillissent que pour nous faire mieux saisir toute la ténébreuse étendue d'un univers sans battements. Un univers musicalement mort où les paysages sonores hurlent dans leurs éveils occis pour offrir d'autres paysages encore plus sombres, encore plus noircis par la lente fureur vengeresse des lames de synthé qui s'abattent sur un monde recouvert d’une bruine métallique. Et je vous garanti que le voyage musical tétanisé de Phobos prend un enveloppant effet de submersion atrabilaire lorsque nous nous laissons envahir avec une paire d’écouteurs.

Et non, la MÉ ambiante n'est pas morte. Tant et aussi longtemps que des artistes tel que Phobos intentent un recours pessimiste sur l'avenir de notre planète, elle est entre bonnes mains.

Sylvain Lupari (15/07/12) ***½**

SynthSequences.com

Disponible au Phobos Bandcamp

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