• Sylvain Lupari

REDSHIFT: Ether (1999) (FR)

Sûrement l'un des Top 25 de MÉ du style classique Berlin School sombre, Ether est à ne pas manquer

1 A Midnight Clear 23:59 2 Bombers in the Desert 8:23 3 Static 5:13 4 Ether 27:29 Redshift Music

(DDL 66:05) (Classical Berlin School)

Comment survivre à un premier opus lorsqu'il marque une génération? Le premier cd de Redshift répondait à un besoin; celui de combler une lacune que Tangerine Dream avait créer en s'éloignant de son style obscur et ténébreux dans les années Phaedrea et Rubycon. Le temps où les lourds séquenceurs et le Moog étaient rois. Cette époque où les mouvements lents sortaient des limbes sur le dos de gros et lourds rythmes ambiants qui progressaient avec des mouvements séquencés hypnotiques et qui devenaient peu à peu déchaînés sur les obscurs meuglements d'un Mellotron. Redshift avait réussi cette approche mythique avec un premier opus remplit de vagues espoirs. Il y a eu bien sûr Node, mais le groupe a disparu en peu de temps. Donc, ETHER était attendu avec impatience. Et personne ne peut en être déçu. Car dès ses premiers souffles on est assailli par l'atmosphère Redshift. Cette atmosphère unique qui alliait des mouvements lents et sinueux dont les parfums embaumaient le premier opus. Des ondulations d'éther qui flottent dans une ambiance obscure où les coups de gros séquenceur, du Moog Modular frappent avec force et étonnement. Même en concert, le quatuor Britannique réussit à transposer son univers ténébreux aux lourds effluves des années 70. Et nous avons ici les grandes lignes de la provenance de ETHER dont A Midnight Clear et la pièce-titre furent joué et enregistré au célèbre Planétarium Jodrell Bank.

Un gros bourdonnement industriel intensifie l'introduction de A Midnight Clear qui se pare de somptueuses lignes de synthé iridescentes. Une chorale chthonienne étreint ces brises sombres qui chatoient dans un univers sibyllin. Cet étrange duo flotte comme des spectres à la recherche d'une âme tandis que les lourds bourdonnements resurgissent, amplifiant ce climat abscons. Des fins tintements émergent un peu après la barre des 6 minutes. Ils n'ont pas fini d'irradier comme un chant enfantin qu'une ligne de séquence vive détourne cette approche chétive pour la transformer en une solide ligne de rythme qui oscille au travers de denses champs des brumes du Mellotron. Les boucles de rythme accélèrent la cadence et les brumes ondoient comme des caresses Arabiques. On hoche de la tête et on tambourine des doigts. Dans ce tumulte où les nappes de synthé et les riffs des guitares tentent de prendre racine, l'évolution de A Midnight Clear passe par une brève phase ambiosphérique et d'autres phases plus ou moins ambiantes où seules les séquences ondulent en effectuant des cabrioles vives dans un silence tempéré. Tout l'arsenal de Redshift est présent; nappes de synthé aussi harmoniques que diaboliques, basses séquences, explosions feutrées, chœurs de moines sataniques et lignes de flûtes accompagnent les déchirements de A Midnight Clear qui graduellement rend ses armes rythmiques. Un titre puissant! Une fresque sonore qui allie tout l'instrumentation et le voltage électronique d'une époque que l'on croyait disparue. Suivant une intro nébuleuse, où les harmonie des ténèbres suintent des brises sibyllines, une guitare et un synthé se disputent le résonnant rythme sautillant de Bombers in the Desert. Sous de suaves lamentations des machines électroniques, le mouvement des séquences tissent un rythme lourd et fluide (on dirait même qu'il respire) qui garde une bonne cadence sous les morsures de la six-cordes de Rob Jenkins. Ses solos valsent et cisaillent les ambiances nourries par les lamentations des synthés sous l'œil avide d'un séquenceur ultra pesant qui fera exploser un tempo sauvage et indomptable. C'est sans doute le premier titre du répertoire de Redshift à avoir marqué nos oreilles d'une approche plus accessible. Rythme, non rythme, le quatuor Anglais aime jouer avec les cadences et les ambiances sans crier gare. Tout en surprise, comme en déception, pareil à un coït interrompu.

Static respire comme une bête affamée qui ne se nourrira jamais. C'est une mare de pulsations avides de tons où virevoltent une nuée de tonalités hétéroclites ainsi que des chants des spectres qui resteront toujours en suspension. C'est lourd, menaçant et ça reste ambiant. Après ces deux titres enregistrés en studio, la longue pièce-titre renoue avec les ambiances du concert de Jodrell Bank. C'est un mouvement électronique tout à fait exquis, aussi délicieux que A Midnight Clear qui s'amorce avec une lourde intro ambiosonique et ambiosphérique polluée par un immense geyser de crissements des machines. Les synthés et la guitare plombent un lourd mouvement ambiant, où s'ajoutent une chorale chthonienne. De fins tintements émergent un peu après la barre des 6 minutes, traçant une mélodie électronique imbibée d'une aura diabolique à la John Carpenter. Cette ligne de séquences tournoie en de belle spirales sous les morsures d'une six-cordes qui hantent l'écoute, ainsi que sous les sourdes implosions d'une ligne de basse. Tout à fait exquis! Des gros ions, résonnants et plein de jus, sautillent avec lourdeur (cette légendaire lourdeur des mouvements Redshift) structurant l'épine rythmique de Ether qui continue son éternelle ascension sous les caresses des solos de synthé et ses harmonies adjacentes. Le mouvement amplifie sa lourdeur, vitamine sa croissance avec des séquences plus lourdes et plus incisives, noyant sur son passage tout le décor sonique qui l'accompagnait depuis ses premiers pas. C'est du Redshift tout craché avec son rythme lourd et vif où trônent une multitude de tonalités électroniques, qui souvent sortent des enfers, et des solos d'une guitare aussi énigmatique que vaporeuse. Et alors que l'on imagine une longue finale ambiante, Ether dépasse nos attentes avec un rythme plus vif qui s'écrasera dans de superbes chants chthoniens où la six-cordes crachent des solos déchirants, où le Melltron continue de placer sa brume mystique et où les synthés continuent d'orner une ambiance digne des passions de Méphistophélès. C'est du grand Redshift. C'est de la grande Musique Électronique. Et ceux qui ont raté cette époque....il est toujours temps de se rattraper. C'est ce que j'ai fait!

Sylvain Lupari (18/12/06) *****

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Disponible au Redshift Bandcamp

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