• Sylvain Lupari

RENÉ SPLINTER: Singularities (2012) (FR)

Un bel album rempli des rythmes et ambiances de Tangerine Dream que René Splinter délivre avec une surprenante dextérité

1 Singularities 15:06 2 Lucid Dreaming 8:37 3 The Time Traveler 6:07 4 Timescapes 12:28 5 Lemniscate 7:31 6 Before Babel 3:31 7 The Lighthouse 7:42 Groove GR-188

(CD/DDL 61:02) (V.F.)

(E-Rock)

Une brise teintée de voix rauques qui flotte dans le sillon de la résonnance d'une unique note de piano tombant lourdement ouvre l'étonnant univers de SINGULARITIES. Étonnant, car René Splinter plonge dans les eaux musicales des années Johannes Schmoelling de Tangerine Dream avec une facilité déconcertante. Un peu comme s'il avait été un membre fantôme de Tangerine Dream, le synthésiste Hollandais réussit un surprenant tour de force en nous faisant quasiment croire que nous écoutons à travers SINGULARITIES un album du Dream oublié dans les sessions d'enregistrement des années Virgin. Les voix rauques de la pièce-titre fusionnent en une belle ligne de synthé dont les souffles irisés chatoient parmi des reflets argentés pour se fondre à des accords de clavier brodeur d'une mélodie errant dans l'incertitude.

Lente, l'intro de Singularities étire son onirisme avec des vocalises angéliques qui fredonnent dans des poussières carillonnées, tissant une savoureuse hymne morphique qui se perd dans un crescendo métallique. La valse des séquences débute après la 6ième minute. Elle naît d'une pulsation méthodique pour zigzaguer en lignes parallèles et croiser les premières percussions alors que des accords de clavier dessinent une approche mélodieuse nappées de chœurs orgasmiques. Et c'est tout un cocktail musical que René Splinter compose pour nos oreilles. Entre Stuntman (Edgar Froese), Animals (Pink Floyd), White Eagle et Hyperborea, la pièce-titre semble être puisé à partir des voutes des influences du natif de The Hague. Les tssitt-tssitt de cymbales, les séquences entrecroisées, les percussions métalliques, les riffs échoïques, le synthé qui roucoule avec une fine approche harmonieuse, les chœurs et les rythmes croissants comme décroissants; tout ce qui compose SINGULARITIES, comme sa pièce-titre, est tissé dans les années Franke, Froese et Schmoelling. Cela tant au niveau de la sonorité que des structures musicales. Lucid Dreaming poursuit sur cette lancée avec un rythme nerveux et spasmodique qui sautille sur une structure forgée dans le cœur de Mojave Desert et de No Man's Land. L'illusion musicale est parfaite. On croirait entendre le mythique trio Allemand nous offrir une autre surprise à la Silver Scale alors que The Time Traveler devient une belle mélodie tissée dans de belles nappes de synthé très harmonieuses que de sobres percussions supportent d'un rock électronique digne des albums Risky Business ou Firestarter. Parlant de ces deux trames sonores, les séquences de Timescapes nous y plonge irrémédiablement avec des accords qui sautillent dans l'ombre de leurs roulements afin de dessiner un oblong rythme minimaliste. Un rythme sculpté dans des accords secs et saccadés, comme dans Love on a Real Train, qui zigzaguent avec de fines nuances dans son évolution qu'un synthé harmonieux recouvre d'harmonies flûtées et de nappes éthérées. C'est beau mais un peu long!

L'influence de Schmoelling souffle beaucoup dans les ombres de cet album. Le sombre et mélancolique Before Babel le démontre avec son piano solitaire qui erre sur les plaines d'une terre dévastée. C'est aussi beau que ça peut être sombre! The Lighthouse est un titre déchiré entre son approche de ballade électronique et son rythme statique nourri à coups de notes d'un piano qui égare ses harmonies dans les tourbillons d'un synthé aux souffles et aux solos déchirants. Les limpides touches d'un séquenceur harmonique alternent avec une très belle fluidité et Lemniscate défile autour d'une sourde pulsation, sculptant un rythme furtif qui épouse une spirale minimaliste bourré d'affluents parallèles. Un rythme qui explose en deuxième moitié pour emprunter une tangente plus rock électronique. Ici, comme partout sur ce 3ième opus de Splinter, le synthé jette des nappes aux étendues de voix métallisées qui se fondent à des formes de solos et des souffles légèrement spectraux, créant un fascinant univers mélodieux. Ce sont des éléments musicaux qui portent le sceau de Tangerine Dream, tant sur White Eagle qu'Hyperborea.

Un peu comme dans Almery, René Splinter nous offre un bel album imprégné des rythmes et ambiances de Tangerine Dream. Toujours aussi loin de se contenter d'imiter le cœur de ses influences, le synthésiste Hollandais puise dans des recoins abandonnés du Dream pour offrir des titres que plusieurs auraient aimé entendre après la période Virgin du mythique trio Allemand. Et SINGULARITIES est un baume pour ceux qui, comme moi, rêvait d'une possible réunion Franke/Froese/Schmoelling que René Splinter virtualise avec un étonnant doigté.

Sylvain Lupari (03/07/12) ***½**

SynthSequences.com

Disponible chez Groove NL

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