• Sylvain Lupari

ROBERT SCHROEDER: Computer Voice (1984) (FR)

C'est possiblement l'album idéal pour découvrir la première période de Robert Schroeder

1 In Space 2:50

2 Computer Voice 4:20

3 In Orbit 6:11

4 Galaxie Cygnus-A (Part II) 5:40

5 Back to the Earth 4:37

6 Rotary Motion 5:39

7 Liberty Island 2:59

8 Galaxie Cygnus-A (Part V) 4:37

9 Eclipse 5:13

News-Music CDR-12.006

(CD 41:52)

(New Berlin School)

COMPUTER VOICE a été conçu dans la foulée de la digitalisation des albums sur Compact Disc et des remastering du début des années 80, afin d'optimiser la puissance sonore des transferts d'albums sur CD et ainsi justifier la fin des albums. C'est aussi une courte rétrospective où le synthésiste d'Aachen a choisi 4 titres tirés des albums Galaxy Cygnus-A (Galaxy Cygnus-A Parts II et V), Floating Music (Rotary Motion) et Mosaique (Computer Voice) pour les digitaliser et les mélanger à 4 autres titres inédits de cette époque. Il en résulte en une étonnante fusion de musique connue, retravaillée, et inédite dans une vision contemporaine où l'approche numérique de Robert Schroeder parait mieux en CD que sur vinyle. Robert nous propose une mosaïque de 37 minutes où des rythmes plus fluides et des sonorités plus puissantes embrassent les approches plus éthérées et cosmiques des nouveaux titres; In Space, In Orbit, Back to Earth et Liberty Island. COMPUTER VOICE se refait une sonorité en 2009 avec une technologie informatique des studios Aachen qui vise à augmenter la qualité et précision sonore sans remixer l'œuvre originale, comme sur Paradise. Cette nouvelle version améliorée inclut aussi un titre en prime, Eclipse. Depuis sa sortie en 1984, il fait partie de cette liste de 50 albums à trainer tout le temps avec moi.

Comme dans une forme de dialecte extra-terrestre, des riffs bourdonnants ouvrent In Space. Ces riffs émettent des résonnances rauques d'où émergent des lamentations de synthé sous formes de solos harmoniques et oniriques qui se perdent dans une tempête d'éléments statiques et parasitaires, alors que des caquètements de canards cosmiques se mettent à danser maladroitement jusqu'à l'ouverture de la pièce titre Computer Voice. Ici, ce titre phare de l'album Mosaique revêt une toute autre dimension avec sa sonorité digitale. Amputé de près de 8 minutes, ce titre n'a que le rythme de sa version originale. Un rythme graduel débutant par ces accords hésitants de la finale de In Space qui se dandinent et rencontrent la portion de percussions électroniques des plus hétéroclites de l'univers Schroeder. Les harmonies du synthé sont comme des souffles de trompettistes dans un Funky Rock Cosmique. Sans aviser, le rythme bascule dans une phase beaucoup plus délicate avec des arpèges lumineux tintant comme ces notes de xylophoniste lors de parades militaires. Et bang! Nous tombons dans le néant statique de In Orbit où maracas électronique, cliquetis, effets sonores, effets de guitare et riffs de clavier flottent entre deux sphères et s'entrecroisent parmi des couches de synthé autant mélodieuses que menaçantes qui, par moments, libèrent des lignes de voix caramélisées. In Orbit flâne autour de ses axes musicaux aux mouvements incertains avant d'atterrir dans les Wah-Wah des canards cosmiques de Galaxie Cygnus-A (Part II), un des plus beaux titres de RS. Ici la structure mélodieuse tremble devant les lourdes percussions, mais l'essentiel de cette mélodieuse incursion spatiale et musicale subsiste et reste d'une superbe musicalité enivrante, même si fortement digitalisée.

Back to the Earth démarre avec des coups sur un enclume fragile frappés avec la régularité d'un pendule hypnotisant. Une séquence accote ce tic-tac alors qu'un autre mouvement séquencé, plus vicieux et ondulant, trace un lourd rythme circulaire. Sous le coup de ce rythme sec et tranchant, Back to the Earth est envahi par de sombres et menaçants élans de synthé symphonique alors que de puissantes frappes d'enclumes métalliques redirigent un rythme qui devient aléatoire et bifurque sous de stupéfiants solos de synthé. C'est tout un superbe morceau de musique que Schroeder nous met dans les oreilles (faut pas oublier que nous sommes en 1984). Un titre puissant qui tombe dans le tourbillon de Rotary Motion et de son rythme chaotique, dont les structures bondissantes s'agitent sous de bonnes frappes de percussions électroniques et de son percutante furie synthétisée où les solos hurlent dans une étonnante cohésion. Liberty Island est un bref titre ambiant où les accords incertains avancent et résonnent dans un magnétisme sidéral imprégnée d'une séduisante faune électronique. C'est une belle introduction qui donne une toute autre dimension au superbe Galaxie Cygnus-A (Part V) qui, bien qu'amputé de près de la moitié de son temps, reste sublime avec son approche minimaliste dont les délicates frappes alternent sous des remarquables solos torsadés qui pleuvent dans une ambiance truffée de sonorités galactiques. Eclipse conclût cette réédition de COMPUTER VOICE avec une approche voluptueuse où le rythme s'assoit sur une ligne de basse aux courbes rondes, de discrètes notes de piano et de fines percussions qui structurent un rythme toujours cosmique mais empreint d'une touche plus Lounge ou Jazz, que Groovy. Le synthé est plutôt mélancolique et échappe de beaux solos à la Vangelis alors que les effets sonores sont toujours légions dans ce titre qui est vraiment imprégné des atmosphères de Paradise et de Floating Music.

COMPUTER VOICE est plus qu'une rétrospective. C'est possiblement l'album idéal pour découvrir la première période de Robert Schroeder et un brillant amalgame de titres connus et juste assez transformés pour les rendre un brin méconnaissables dans un nouvel environnement constitué de titres qui se rapprochent brillamment des originaux. Un genre de casse-tête musical où les rythmes, harmonies et atmosphères s'enchevêtrent dans une parfaite symbiose qui nous donne la vague impression d'entendre ou de découvrir une nouvelle version de Galaxy Cygnus-A ou un album inédit de la période Floating Music et Paradise. Un indispensable!

Sylvain Lupari (26/08/11) *****

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Disponible chez Robert Schroeder

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