© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

  • Twitter - Cercle blanc
  • Facebook - White Circle
  • Sylvain Lupari

RON BOOTS: Awakenings 2016 (Ron and Harold) (2016) (FR)

Un très bon album live avec une musique qui a le mérite de ne pas être une imitation des œuvres de Schulze mais de rivaliser avec à la fin des années 70

1 Awakenings Set 1:12:15 Groove Music

(DDL 72:15) (Vintage Berlin School)

Ron Boots est une machine à musique et un incontournable artiste à voir, et surtout entendre, lors des nombreux festivals auquel il a participé. De retour au At The Awakenings en Mai 2016, il y avait déjà performé en 2014 (Awakening at Booth's Palace), il profite de ce passage pour interpréter un concert hommage à Klaus Schulze dans un très long titre-fleuve de 72 minutes en compagnie de son fidèle compagnon-percussionniste Harold van der Heijden. AWAKENINGS 2016 (Ron and Harold) est l'enregistrement masterisé par Ron Boots de cet évènement. Le présentateur de la soirée est assez direct dans son prélude; il demande à l'auditoire de se fermer les yeux et de s'imaginer être dans les années 70 où Klaus Schulze et Harald Grosskopf unissaient leurs efforts pour nous donner des classiques intemporels tel que Moondawn, Body Love, X et le point culminant; Live en 1980. Et laissez-moi vous dire que le but visé est atteint avec une délicieuse touche contemporaine, notamment au niveau des nappes de synthé que font très Tangerine Dream, années Jive, dans la première partie.

Masterisé mais non découpé, Awakenings Set débute comme ces bons vieux classiques d'improvisation où les artistes communiquent en ajustant et en réchauffant leurs instruments. Donc, l'introduction est tissée dans la nébulosité avec des voix spectrales qui flottent au-dessus d'une nappe de basse plutôt lugubre. L'effet est Méphistophélique et oratoire. Une séquence émerge de ce brouillard et accentue sa présence avec de vifs sautillements teintés de verre qui dansent et entrechoquent leurs délicats tintements. Ça donne l'effet d'un galop astral exécuté par un cheval de compétition. Une ligne de basse ronfle en silence alors qu'un délicat chapelet de séquences dévoile un ruissèlement ardent où se terrent ces séquences en verre et leurs coups aléatoires. Avec l'ajout des larmes de synthé qui agonisent sur le mouvement, Ron Boots fini l'architecture de ses ambiances en amorçant une phase de rythme circulaire qui n'attend que les percussions de Harold van der Heijden entrent dans la danse afin d'accentuer la force et la vélocité de cette 1ière partie. Ça se produit autour de la 7ième minute. D'abord hésitant sous les roulements des percussions et les chants de synthé larmoyants, Awakenings Set s'anime de plus en plus sous les chatouillements des cymbales. La décoration des ambiances est hallucinante; autre texture plus contemporaine de ce concert hommage. Alors que les solos remplacent les chants abscons, le rythme tourne toujours sur lui-même jusqu’à ce qu'une superbe ligne de basse forge ce délicieux mouvement d'ascension un peu après la barre des 11 minutes. Magique, ce mouvement nous fait rouler du cou et tapoter des doigts tout en inondant nos oreilles d'un flux sonore hors de l'ordinaire. Ron Boots multiplie les solos alors que Harold van der Heijden déplie ses tentacules pour les 12 prochaines minutes, point où la structure tergiverse entre sa phase de rythme et ses ambiances parfumées d'effets très TD. Cette 1ière partie traverse un passage d'ambiances et d'effets électroniques au pont des 25 minutes. Un arrêt psychotronique d'une durée de 8 minutes où les éléments électroniques s'entassent dans une approche plus intense à la porte des 33 minutes, là où Awakenings Set offre sa phase la plus sauvage avec un Harold van der Heijden au sommet de son art. Le jeu du séquenceur n'est pas en reste. Dominant la direction du rythme, il le redirige vers plus de vélocité dans un bon mouvement de rock électronique pur où Boots et Heijden démontrent toute l'étendue de leurs talents et leurs connaissances des goûts des amateurs de la 1ière heure de cette MÉ qui est si difficile à expliquer tout l'amour de cet art par les irréductibles du genre. Une finale grandiose qui est tellement à l'image de Ron Boots!

Cette guerre des tons entre Ron Boots et Harold van der Heijden s'éteint autour de la 44ième minute. Le duo offre alors un rappel autour d'une introduction tout autant vaporeuse que l'ouverture. Le rythme progresse lentement avant d'atteindre sa vitesse de croisière, dont la vélocité se situe entre les 2 parties rythmiques de Awakenings Set. Cet autre succulent mouvement de MÉ s'accroche inlassablement à nos tympans avec une rythmique entraînante tissée avec un très bon mouvement ascendant du séquenceur et les multiples frappes de Heijden. Le séquenceur d'ailleurs façonne une mélodie insidieuse qui se loge tout au fond de nos oreilles et tasse un peu notre effet d'hypnose rythmique avec des tintements de verre. Et Ron Boots, toujours aussi créatif, décore le tout avec de bons effets très judicieux et des solos aériens qui nous rappelle les fondements de la MÉ des années 70. AWAKENINGS 2016 (Ron and Harold) est passé sous le radar lors de sa réalisation. Dommage car c'est un très bel album en concert qui jouit ici d'un solide mixage. Tout vendu, Ron Boots a finalement décidé de le ressortir, en format téléchargeable pour l'instant, pour le plaisir de ceux qui en ont entendu parler et qui ont raté sa première édition. Il existe aussi une vidéo sur YouTube de cette présentation (voir le lien avant la chronique en français). Si la qualité sonore est moyenne, la prestation de Ron Boots et Harold van der Heijden est sans équivoque. Un superbe hommage à Klaus Schulze dont le plus grand mérite n'est pas de copier une œuvre du maître mais bel et bien de composer un long 70 minutes de MÉ qui lui aurait fait sans aucun doute concurrence dans les années d'or de la MÉ.

Sylvain Lupari (10 Juin 2017) *****

SynthSequences.com

Disponible chez Groove

1 view