• Sylvain Lupari

RUDOLF HEIMANN: Tiefenrausch (2018) (FR)

“Bien enveloppé dans son approche de New Berlin School, avec des clins d'œil à Mike Oldfield et autres artistes d'IC, c'est un très bel album auquel qui s'écoute agréablement

1 In die Tiefe 7:25 2 Excentriques 5:55 3 Schwarze Ruhe 7:12 4 Schlägel und Eisen 5:56 5 Alleingang 13:08 6 Tiefenrausch 6:08 7 Tageslicht 7:54 MellowJet Records | cdr-hm1801 (CD/DDL 53:38) (Very melodic Berliner, EDM)

Depuis Into the Unknown, paru en 2013 sur SynGate, Rudolf Heimann pointe avec plus de régularité sur la scène de la MÉ. Trimbalant ses compositions, où les essences de rock et de rock progressif flirtent avec une approche de MÉ très près du style Berliner mélodieux, le musicien Allemand se promène d'un label à l'autre afin de trouver celui qui s'identifie le plus à sa musique. Avec son dernier opus, il frappe dans le 1 000 en confiant les guides de TIEFENRAUSCH à Bernd Moonbooter Scholl qui donne ainsi à sa musique cette profondeur nécessaire permettant de tisser adroitement les liens entre les différents styles qui pétillent à travers cet album qui au final est très séduisant.

Un riff de guitare acoustique, genre Pink Floyd, ouvre la matrice de TIEFENRAUSCH. Les ambiances sont en suspension avec ces accords qui tombent pour rencontrer ceux plus mélodieux d'un piano. Mes oreilles plongent dans un univers familier; celui d'Innovative Communication. Avec des parfums de Tee Kay qui fusionnent avec les mélodieux accords de Peter Seiler, la MÉ de Rudolf Heimann s'imprègne de ces structures minimalistes qui cohabitent en mélangeant leurs essences. Mais il y a plus! Ces fragrances, après quelques phases d'incertitudes, s'accrochent à un hymne électronique d'un genre House in the Storm par P'Cock, un autre de ces albums qui ont ravi les oreilles de plusieurs amateurs de MÉ du style New Berlin School, alors que le rythme s'engage dans une course circulaire avec des élans sporadiques et des lignes de séquences qui sautillent en filaments stroboscopiques pour se fondre dans un décor assez contemporain. La guitare s'exprime dans cette structure avec des harmonies aussi plaintives qu'un bon solo segmenté en moult parties et éparpillé entre les 7 minutes de In die Tiefe. Ce premier titre donne la couleur des ambiances et la forme des rythmes ici. Sur des structures vives, exceptées pour les phases plus ambiantes que sont Schwarze Ruhe et la pièce-titre, la musique est imbibée de ces rythmes ascendants défilant comme des gros 8 verticaux. La guitare et les synthés se partagent le vedettariat avec des solos qui nous transportent sur des structures entraînantes. C'est avec des bruits de fond d'une grotte intergalactique que les éléments électroniques de l'introduction de Excentriques attisent l'éveil de séquences qui sautillent en délicieuses ruades équestres. Une autre ligne pulsatoire s'anime, animant des percussions et une voix robotique et initiant surtout le titre à une violente explosion de Trance & Dance fidèle à la signature du label Allemand. Le rythme fait très Moonbooter avec une belle section harmonique forgée par de splendides solos qui chantent et roucoulent comme seul un rossignol électronique sait le faire. Ces solos d'ailleurs ajoutent une profondeur musicale plus attrayante que ces boum-boum de plomb qui métamorphosent plus ou moins l'approche très EDM d'Excentriques. On finit par aimer, c'est sans appel!

Un petit peu de répit pour nos oreilles? C'est sans doute l'idée derrière la vaste étendue de nappes aux parfums du Zénith et de voix séraphiques qu'est Schwarze Ruhe. D'autres lignes, toujours aussi flottantes, crissent dans le décor. Donnant ainsi une dimension plus acide à un bon titre d'ambiances. Strates de violons dans un désordre de sons agrémenté par une onde flûtée, Schlägel und Eisen s'échappe d'une double ligne de ces orchestrations saccadés pour couler vers un bon rock électronique lent et gavé de bons solos d'une guitare aussi captivante qu'un synthé. Un bon slow cosmique avec des murmures qui n'ajoutent vraiment rien de spécial au titre. Alleingang est LA pièce de résistance de ce bel album de Rudolf Heimann. La musique évolue avec une échappée de riffs de guitare qui fuie une introduction cousue de soie éolienne et de brises azurées. Ces riffs s'accouplent à une majestueuse spirale ascendante, donnant ainsi la latitude nécessaire à la guitare pour éparpiller ses accords ainsi que ses solos flottants. Des orchestrations attendrissent la vision très New Berlin School du mouvement, tandis que des percussions d'un genre clanique invitent le séquenceur à jeter une marmite de séquences qui pétillent sur un convoyeur bien huilé. Jouant à merveille sur la latitude de ses 13 minutes, Alleingang mue en douceur avec une structure ascendante qui tournoie comme ces structures circulaires hypnotiques fidèles à la filière IC. Des violoncelles pleureurs ainsi que des nappes de voix de sirènes astrales embellissent la procession circulaire de la musique que la six-cordes électrique décore de courts solos rêveurs. La pièce-titre est le 2ième titre d'ambiances de TIEFENRAUSCH. Ses longs bourdonnements lugubres et aux teintes poly-soniques détonnent dans le décor plutôt jovial de cet album. Le mouvement alternatif du séquenceur fait émerger un rythme amphibien qui reste bien ancré dans sa position fœtale. Tageslicht conclut ce dernier album de Rudolf Heimann avec une surprenante approche très Mike Oldfield dans une fusion des périodes Discovery, Crisis et The Songs of Distant Earth. La ballade est modelée par au moins deux lignes de guitares. L'acoustique lance des riffs alors que l'électrique lance des flèches d'intensité très saisissantes. Un peu comme dans In die Tiefe, le piano tente une percée mélodique sur une structure où règnent des ambiances celtiques. Une étonnante façon de conclure un bel album qui s'écoute agréablement et qui propose une belle diversité dans son approche.

Sylvain Lupari (04/01/2018) *****

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Disponible au MellowJet Records

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