• Sylvain Lupari

SCANNER: The Homeland of Electricity (2022) (FR)

Chaque titre est une destination où nos oreilles s'ancrent à un univers complexe et enchanteur

1 You and Me 5:59

2 Air in the Air 5:11

3 Another Aircraft 5:31

4 Grain, Letting Go 5:04

5 Beginning of an Unknown Century 5:35

6 Artemovsk 5:33

7 At last it moves into Silence 3:49

8 Heaven Research Unlimited 4:10

9 Acentria 4:56

10 Traces upon Traces 4:19

DiN72

(CD/DDL 49:44)

(Electronic Music)

Dans un album où les ombres et les ondes de synthé se vernissent de couleurs écarlates comme ambrées et où les rythmes ont des formes aussi excentriques qu'enlevantes, Scanner tire admirablement bien les marrons du feu en proposant rien de moins que de l'inhabituel encore plus relevé que dans son excellent An Ascent, paru il y a tout juste 2 ans. THE HOMELAND OF ELECTRICITY nous convie à un festin en sons où le terme Psybient devient désuet. Comme le dit Robin Rimbaud "cet album ressemble à un polaroid sonore de ce moment précis dans le temps, capturant notre époque dans des œuvres sonores atmosphériques, où la lumière sera retrouvée, même au milieu de la lutte". C'est dans ces paramètres que le musicien-synthésiste Anglais a pris tout le temps voulu afin de tisser un superbe 50 minutes d’une musique électronique (MÉ) qui transcende les usuelles balises du label anglais DiN.

You and Me donne le ton à cet album avec une structure de rythme pulsatoire. Le flux des basses pulsations séquencées suit un parcours ondulatoire qui épouse la structure des boucles minimalistes qui ont percées l'usuelle nappe de synthé introductive. Une sombre ombre permanente recouvre cette agitation pondérée, détachant des filaments soniques qui scintillent et papillonnent comme des éléments d'un cerceau tricolore se détachant un à un. Déjà, nous sentons une nouvelle couleur tonale chez Scanner qui utilise ici plusieurs nouveaux instruments de la compagnie Elektron, tel que le Analog Four et surtout le Digitakt qui possède une banque de rythmes aussi complexes que séduisants. Et ça s'entend sur Air in the Air qui se découvre dans nos oreilles par une onde de synthé spectrale. Les hoo-hoo flottent comme une menace dans Activités Paranormales tandis que l'onde se déploie en rampant. Il y a tout un arsenal sonore qui se déploie ici et qui rayonnera sur les 8 titres suivant. Un battement élastique, semblable à une balle de Bolo, en émerge, créant une structure de rythme en suspension à laquelle se greffe des battements sourds et des explosions occasionnelles d'un bouchon de vieux champagne. L'oreille identifie 3 structures de rythme qui s'affrontent sur un mouvement où la fluidité se bute à une texture sonore s'effilochant par secousses, créant un mouvement superficiel saccadé où rampent cette sombre onde de l'ouverture, de même qu'une oblongue ligne de riffs agonisants. Chaque titre dans THE HOMELAND OF ELECTRICITY devient une destination où nos oreilles s'arriment à un complexe univers enchanteur. Another Aircraft est plus du genre atmosphérique avec une ouverture bigarrée unissant une voix dans un parlophone et des tintements d'une valeur spirituelle. Ils se collent à une nappe de synthé plaintive déchirée entre une vision sereine et ces bourdonnements qui vont et viennent tout en ayant une texture sonore musicale. Grain, Letting Go adopte aussi une vision atmosphérique avec de rapides oscillations rhythmiques qui semblables à des poussées aquatiques des ventouses. Une série de petits pas perdus organisent un rythme errant sous des nappes de synthé moroses.

Le premier titre à avoir littéralement captiver mon intérêt illico sur ce dernier album de Scanner est Beginning of an Unknown Century. Son parfum sonore me rappelle celui de Death in Vegas dans le fascinant The Contino Sessions. Son ouverture de Punk cybernétique industriel et sa forte ligne de résistance sonore garnie de bruits blancs irradiant débloquent vers une fusion de rock statique et d'Électronica enveloppés dans une lourde texture de Psybient. Un prélude à Artemovsk, de loin la pièce de résistance de THE HOMELAND OF ELECTRICITY. Ce titre nommé ainsi en l'honneur du cinéaste Ukrainien Laris Shepitko, c'est son lieu de naissance, propose rien de moins qu'une splendide structure de séquences dribblées sous un ciel sonore cisaillé par des attaques aériennes. Du solide rock électronique avec un séquenceur en mode Chris Franke! At last it moves into Silence est un titre ambient rempli de murmures qui glisse sur une ligne de basse à la mélancolie sensuelle. Heaven Research Unlimited s'active sur une nuée de clochettes dont les tintements se dispersent sur une ligne de rythme sculptée sur des effets élastiques d'une ligne de basse qui grommèle comme l'estomac gargouillant d'une bête sans tête. La tonalité du titre étire ses racines jusqu'à Acentria qui déploie une armada de boucles oscillant avec un niveau de vélocité aléatoire qui répond aux effets staccatos des orchestrations. Comme on peut constater, les rythmes prennent différentes formes dans cet album qui les privilégient cependant un peu plus que dans An Ascent. Traces upon Traces termine ce brillant opus de Scanner sur une note plus atmosphérique dont certains éléments sont soutirés de Heaven Research Unlimited. Solide de bout en bout!

Sylvain Lupari (22/06/22) ****½*

SynthSequences.com

Disponible au DiN Bandcamp

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