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  • Sylvain Lupari

SEQUENTIAL DREAMS: L3G4CY (2015) (FR)

Assez attrayant, L3G4CY réussit à séduire là où la plupart des fans de TD

avait abandonné le projet d'Edgar Froese

1 Legacy 9:12 2 The Sea of Stars (with Johan Tronestam) 6:48 3 Spirit Trance (with Synthesist) 3:36 4 HyperSpace (with Altocirrus) 8:00 5 Light Years Away 5:04 6 Blue Galaxy (with Celestial View) 7:25 7 Escape Velocity 13:42 8 Orbital Maneuvers (with Midnight Airship) 5:19 9 Light Beyond the Abyss (with Kuutana) 5:12 10 The Phoenix 5:46 Sequential Dreams Music

(DDL 73:28) (E-rock and New Berlin School)

Le décès d'Edgar Froese a été souligné par maints artistes qui ont profité de cette occasion pour tenter de sortir du brouillard, des interstices de la Twittosphère. Kuutana surfe sur cette nouvelle planète avec une aisance qui n'a d'égal que son implication dans le développement de la MÉ au Canada. Que ce soit en solo, avec Midnight Airship ou en collaborations avec des artistes dans le domaine, et ce à un niveau planétaire, le sympathique musicien/synthésiste de Gatineau ne manque pas une occasion de relever un nouveau défi. Et cette fois-ci, il s'agit d'un hommage à Edgar Froese. Et je me dois d'admettre que Sequential Dreams a été là où tous les autres ont refusé d'aller, soit dans les années où Edgar redirigeait les destinées de son vaisseau sonique vers des terres où les formes abstraites se couvraient des rythmes d'une é-rock qui plusieurs ont détesté mais pas toujours pour les bonnes raisons. Parce qu'il y avait de la bonne musique et Ron Charron nous le prouve sur cet autre séduisant album de Sequential Dreams intitulé tout simplement mais esthétiquement L3G4CY.

Et ça débute avec la pièce-titre qui, à mon avis, est la meilleur d'une collection de 10 titres. Des murmures arabiques et des accords contemporains ouvrent une intro qui nous projette pour un bref instant dans les tentacules des années Jerome Froese, surtout avec cette ligne de séquences stroboscopiques qui nous mord les tympans, façonnant ces structures de rythme nerveux qui nourrissaient la période TDI. Sauf que le rythme ici reste en suspension. Entre deux possibilités où les ambiances qui s'y installent nous ramènent aux années Green Desert. Le synthé est beau avec des harmonies spectrales qui font resplendir les années Flashpoint. Et c'est l'un des beaux attraits L3G4CY. Ce mélange des périodes de Tangerine Dream et cette balance entre des rythmes et des ambiances, très souvent nappées de tonalités des années Phaedra à White Eagle, suscitent une attention qui nous fait découvrir des belles pièces de musique. La guitare est très présente sur cet album, mais étonnement ses parfums rappelleront du Steve Hackett sur un album de Gandalf (Gallery of Dreams) et même du Mike Oldfield et rarement du Edgar Froese. Sur Legacy elle traîne ses harmonies fantomatiques, mélangeant et perdant même ses soupirs dans ceux des synthés, sur une structure de rythme ambiguë. J'aime bien et ça débute assez bien cet album. Vient ensuite The Sea of Stars, composé en collaboration avec Johan Tronestam; l'un des bons artistes émergents dans la sphère d'une MÉ alimentée par des rythmes entraînants. Et c'est exactement ce qui arrive avec The Sea of Stars. J'ai accroché tout de suite. C'est vivant! Et j'aime ce rythme mou où la batterie, les séquences et les pulsations basses maraudent pour un rythme saturé par tant de lourdeur. Un rythme soutenu où la guitare bataille avec un piano pour accrocher une mélodie qui flotte entre deux structures; une éthérée et l'autre plus enlevante. Un style de combat dont nous serons témoins tout au long de ce dernier opus de Sequential Dreams. Sur une structure de rythme hypernerveuse, Spirit Trance cache une belle mélodie électronique, donc assez fragmentée, qui me rappelle White Eagle. C'est vif, enlevant et plein d'effets qui fouillent dans les ambiances d'Exit. Une très belle collaboration avec Synthesist! HyperSpace bataille entre des bons moments d'ambiances et son approche très rock électronique qui nous ramène aux années TDI d'Edgar.

Light Years Away est un autre bon moment. Le rythme est vif et lourd. Il pulse dans un maillage de résonances et dans les battements de bonnes percussions alors que la mélodie reste ambiante, fragmentée qu'elle est en trois approches. C'est un bon titre. Tout comme Blue Galaxy, composé avec Celestial View. Toujours appuyé sur ce lit de séquences et pulsations grenouillantes, le duo assez éclectique nous propose une très belle mélodie éthérée qui balance entre du White Eagle et Seven Letters from Tibet. Escape Velocity est un titre difficile à saisir parce qu'il change constamment de structures, comme une couleuvre en permanente mutation. L'intro rappellera à certains ces arpèges de verre qu'Yanni étendaient dans Keys to Imagination. Une intro en suspension où des larmes de synthé flottent sur des pulsations qui refusent d'éclore. Une grosse ligne de basse redirige ensuite Escape Velocity vers un entraînant rock électronique avec une batterie qui manque de souffle. Ce rythme tournoyant aspire des tonalités du Dream tout en échappant de bons solos de guitares. C'est un bon mélange de Pink Floyd avec du Dream des années 2000 sur ce titre qui risque de plaire après quelques écoutes supplémentaires. Une batterie plus lourde, plus incisive aurait fait de ce titre un incontournable. Les influences de Pink Floyd sont aussi très présentes dans Orbital Maneuvers, normal avec Midnight Airship aux commandes, qui, après une intro très caractéristique au groupe de Syd Barrett et compagnie, ainsi que Alan Parsons en passant, plonge dans du bon e-rock. Light Beyond the Abyss est un titre intéressant. Sa flûte enchante les sens alors que les séquences papillonnent comme les ailes d'un oiseau stationnaire. Il y a une vélocité latente dans ce titre maquillé des effets du Dream et de ses années métalliques autour de ce titre qui, par moments, plonge dans de bons moments plus intense. La flûte est très enivrante. The Phoenix conclut cette collection d'odes soniques à la mémoire d'Edgar Froese avec un rythme lourd où les parfums de saxophone nous ramènent à cette période où plusieurs ont délaissé les Dream et Edgar.

Que l'on aime ou pas toutes les périodes et les changements d'adresse d'Edgar Froese, L3G4CY est un beau document sonique qui pourrait effectivement vous réconcilier avec ces époques dont il manquait nécessairement des ingrédients. Kuutana réussit à séduire dans des approches qui m'avaient pourtant laissé de glace à l'époque. L'explication est sans doute dans l'émotion. Alors que tout sonnait froid dans les nouvelles directions d'Edgar, ici la chaleur et le degré d'intensité, d'émotivité, ainsi que cet habile mélange entre les genres et les périodes séduisent des oreilles qui peinent à absorber autant de sons et de changements de direction à l'intérieur des 7 minutes que durent les 10 titres proposés sur L3G4CY. Est-ce trop? Ça dépend des oreilles! Moi j'ai bien aimé cette balance entre du rock lourd mais nerveux et des ambiances éthérées. Entre ces vieilles tonalités et celles plus contemporaines dans les derniers milles d'Edgar. C'est une belle recette, un peu osée, pour une autre œuvre séduisante du collectif planétaire qu'est Sequential Dreams.

Sylvain Lupari (01/04/15) *****

SynthSequences.com

Disponible au Borders Edge Music

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© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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