• Sylvain Lupari

TANGERINE DREAM: Optical Race (1988) (FR)

“Un peu comme Le Parc, mais avec un ton plus froid, Optical Race n’est pas si mal et s’articule principalement autour de courts morceaux mélodieux”

1 Marakesh 8:17 2 Atlas Eyes 4:04 3 Mothers of Rain 5:13 4 Twin Soul Tribe 4:28 5 Optical Race 3:13 6 Cat Scan 5:35 7 Sun Gate 4:44 8 Turning Off the Wheel 6:11 9 The Midnight Trail 6:54 10 Ghazal (Love Song) 5:00 CD Private Music 2042-2-P

(CD 52:39) (New Berlin School with a mix of tribal synth-pop)

Tangerine Dream qui renoue avec Peter Baumann et qui perd Chris Franke! Tout un paradoxe! C'est un pan de l'histoire du Dream qui se termine, ou une nouvelle qui s’écrit, c’est selon, avec la parution d'OPTICAL RACE. C'est un Tangerine Dream amputé de son maître aux séquences qui entreprend l'écriture de cet album. Un album qui initiera aussi le nouveau label de Peter Baumann; Private Music. Un label qui offrira quelques perles, dont cet album, si si et ceux de Chris Franke (Pacific Coast Highway) et Eddie Jobson (Theme of Secrets). Un nouveau venu, Ralf Wadephul, participe à la composition de l’album et à la tournée Nord Américaine qui s’ensuit, mais à cause de différents irréconciliables il quittera TD à la fin de cette tournée. Mis à part la perte de Franke, Tangerine Dream entreprend un énorme virage technologique avec une utilisation massive d’instruments numériques qui changera à tout jamais le son du groupe pour un son plus mathématique. Un son aux couleurs sonores plus froides où chaque pas, chaque orientation et chaque changement de structures se fait dans la brusquerie, dans une certaine froideur analytique. Nous sommes au début des années Melrose. Aux années où Tangerine Dream part à la conquête américain et se signera des musiques pour films d'une qualité assez moyenne. Ces années s'étendent d'OPTICAL RACE jusqu'en 1995 où la confusion règne alors que le Dream est toujours chez Miramar. Mais pour les faiseurs d'histoire; les années Melrose et Seattle se terminent en 1995. D'emblée ce ne sont pas mes années préférées, Tangerine Dream change littéralement son son et tente farouchement une percée commerciale aux USA. Pour les fans des années 70, c'était la fin d'une grande époque et certains iront jusqu'à dire qu'Edgar aurait dû changer le nom de son groupe. Sauf que Tangerine Dream avait déjà entrepris un virage plus commercial avec la parution de Le Parc et Underwater Sunlight. Donc on aurait dû comprendre qu’inexorablement, le Dream changerait de peau musicale. Et l'on comprendra aussi plus tard que l'âme de TD était bel et bien Edgar Froese. Malgré toutes ces récriminations, ainsi que les critiques acerbes des médias et des fans, OPTICAL RACE n'est pas si mauvais. Un peu comme Le Parc, il est structuré sur de courtes pièces mélodieuses, rythmées et mélancoliques qui s'attachent autour d'un même lien musical. En ce qui me concerne, c'est sans doute le plus bel album de Tangerine Dream dans son attaque commerciale du marché américain. Et ce malgré quelques perles d'inepties.

Un tendre voile de morosité tombe et les premières séquences sautillent comme des billes de bois sur les rondeurs de sourdes pulsations. Marakesh attaque nos oreilles mielleusement avant de forcer un rythme du genre synth-pop clanique. Ce rythme bifurque sèchement vers une approche tribale du Moyen Orient. Marakesh présente une série de permutations rythmiques aussi drastiques qu’imprévues. Les harmonies sont teintées de voix séraphiques qui chantonnent sur un rythme qui passe du gros rock à des danses tribales éthérées pour revenir aux structures de séquences et pulsations qui se noient dans de violentes percussions électroniques. C'est un bon titre que j'aime bien car il contient une fougue sauvage tout de même assez harmonique. Mais il y a des titres qui sont assez ordinaires. Beau, mais ordinaire si l'on considère que c'est Tangerine Dream. Nous sommes dans les années américaines et le Dream tente de séduire un public radiophonique friand de New Age. Twin Soul Tribe et sa flûte sans vie en est un parfait exemple. C'est un titre qui se répète constamment et dont les fragiles nuances ne peuvent sauver de l'ennui. Je pense aussi à Atlas Eyes et ces voix fades qui hument sur un rythme aussi sauvage que Marakesh mais qui est nettement un pâle reflet. Et il y a la pièce-titre qui est du gros rock speedé aux harmonies froides mais qui présente une fascinante spirale harmonique et finalement à The Midnight Trail qui sonne comme un prélude aux nombreuses trames sonores à venir. Je ne dis pas que c'est mauvais, quoiqu'il y en a une ou deux…, mais on parle de Tangerine Dream.

Un Tangerine Dream qui séduit tout de même avec Mothers of Rain, la perle d'entre tous, quoique j'aime assez bien la spirale en crescendo de Turning Off The Wheel et son hypnotique aura de New Berlin School qui expire sur de minimalistes pulsations linéaires. Bon, Mothers of Rain est une superbe ballade qui offre un beau bouquet d'émotions avec ses percussions qui roulent dans leurs ombres et ses harmonies d'un synthé qui pleure en solitaire. C'est très beau et c'est sans doute ce qui donne tout son cachet à Cat Scan qui hérite un peu de la structure des séquences de Mothers of Rain. Dans le département : je veux brailler, il y a le très beau Sun Gate et son lourd rythme se ballade synth-pop des années encore imberbes de MTV. Le solo de guitare est à fendre toute âme qui refuse de dire que c'est beau. Bon! C'est un autre débat. Mais ça fait le travail. J'ai oublié Ghazal (Love Song)? Non pas vraiment. C'est le genre de truc qui aurait charmer les ados branchés toujours sur MTV avec une ballade qui rive les émotions sur des gros coups de tambours. Je ne dis pas que ce n'est pas beau, mais il y a une bonne nuance entre bon et beau. Et c'est tout le cœur du débat de Tangerine Dream et d'OPTICAL RACE, qui est fort agréable à entendre en passant, et des années Melrose/Seattle.

Qu'on le veuille ou non, la percée, timide va sans dire, de Tangerine Dream allait faire avancer la cause de la MÉ sur la scène américaine. Je sais pour y avoir vu un paquet d’albums débarqués chez les disquaires de par chez nous. On a qu'à penser au label Innovative Communication qui s'est implanté dans les HMV, de même que les labels XYZ et Erdenklang. La preuve est qu'envers et contre tous, le Dream sera toujours un groupe phare, un groupe précurseur. Mais cela n’anoblit pas totalement OPTICAL RACE. Mais l'aventure a tourné au cauchemar. Les Amerloques se sont emparé du style New Berlin School pour le diluer dans du fade New Age ou de la musique de méditation. C'était l'époque des dieux communs et de leur fumisterie, ainsi que du mouvement Zen. C'est entre ces eaux difficiles à naviguer que le Dream allait ramer, y allant d'albums d'une qualité effroyable. Tangerine Dream qui fait du New Age c'est comme si Rogers Waters aurait conservé le nom de Pink Floyd pour faire du hip hop!

Sylvain Lupari (28/01/11) ***½**

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