• Sylvain Lupari

VENJA: Shapeshifter (2016) (FR)

“Shapeshifter forme une nouvelle forme de MÉ où les styles ambiant, le e-rock et les down-tempos flirtent avec ce son unique de Venja”

1 Shapeshifter 10:04 2 Brainspawn 9:27 3 Lifted 5:57 4 Drifting 8:14 5 The Return 9:34 6 Knowhere 6:19 7 Shapeshifter Revealed 8:17 SynGate CD-R JG01

(CD/DDL 57:52) (VF) (New Berlin School, EDM)

Si vous êtes familier avec l'univers de la MÉ, le nom de Venja peut sonner une cloche dans vos souvenirs. Et avec raison puisque quelques uns de ses albums ont paru sur la prestigieuse étiquette Innovative Communication au milieu des années 90. Diversifiée, la musique de cet artiste Belge pouvait très bien nous faire danser que nous faire flotter dans l'espace. Après une absence de près de 15 ans, Venja effectuait un retour en 2013 avec Mode Zen, un album dont les quelques extraits sur You Tube démontrent que si l'enveloppe sonore s'est modernisé l'approche de Johan Geens reste toujours aussi diversifiée. SHAPESHIFTER, et sa très belle pochette, marque un autre retour puisque la musique de Venja est maintenant distribuée par le non moins prestigieux label Allemand SynGate. Un label qui nous met toujours les oreilles en appétit.

La pièce-titre débute par des bruits électroniques dont la distorsion trace des lignes de réverbérations ondoyantes. Des premiers accords tintent dans ce linceul de bizzaretés sonique. Ils dansent sur le bout de leur tonalité, chatouillant une ligne de basse qui fredonne discrètement la première ligne d'harmonie de Shapeshifter. Les ambiances sont hyper sereines et nos sens s'amourachent déjà de cette tonalité qui fusionne à merveille le contemporain et le vintage des années 90. Épousant la courbe de cette ligne de basse, le synthé siffle une mélodie aussi envoûtante que spectrale alors que les délicats arpèges de l'introduction se sont mis à danser plus librement. Comme un carrousel allégorique, et sa ballerine qui s'en détache afin de nous charmer avec une danse astrale, ces arpèges virevoltent comme les pas d'un loup dont la démarche furtive et incertaine va de pair avec les délicates impulsions de basse et ces ronflements de synthé qui tissent une approche un brin mystérieuse, sinon dramatique. L'approche de Shapeshifter m'a totalement soufflé les sens, même si tissée dans enveloppe ambiante. La particularité de la musique de Venja est la totale absence de percussions électroniques et de boîtes à rythmes. Les rythmes sont transportés par les impulsions des effets électroniques et/ou des mouvements de séquences nés sur l'incertitude d'un clavier. En fait, Venja a la réputation de construire ses propres instruments, d'où ce son unique qui s'évade de ses compositions.

Brainspawn continue l'histoire de charmes avec une approche très éthérée qui peu à peu se transforme en un superbe down-tempo morphique. L'introduction se nourrit de pulsations d'une ligne de basse qui étend une onde autant sensuelle que mystique. Des élytres de métal cliquent avec discrétion et ces arpèges aux tonalités de verre des années MIDI étendent leur tonalité avec parcimonie. Peu à peu, cette enveloppe d'ambiances se transforme en un doux rythme où nos sens dansent avec les étoiles. Les arrangements, ces violons astraux, sont très beaux et dégagent une douce brume d'éther. Une ligne d'harmonie fantôme semble rôder tout autour des structures de SHAPESHIFTER. Métamorphosant quelque peu son air, elle s'insinue avec des habits différents. Comme dans Lifted où on la reconnait à peine dans une structure très électrocosmique des années Software. Le titre gagne en puissance au fil de ses minutes pour atteindre un bon up-tempo, pas vraiment énergique mais plutôt cosmique, autour de la 3ième minute. La mélodie synthétisée fige aisément un ver d'oreille et disons que nos pieds peuvent sans problème suivre le tam-tam de nos doigts et notre roulage de cou. Du rythme sans percussions! Composé pour le Space Opera Concert au Cosmodrome de Genk en Février 2014 Drifting en est imbibé. C'est un bon titre ambiant où l'écho des arpèges tinte dans de beaux effets de violons cosmiques. Leurs lents élans morphiques et les multicouches larmoyantes donnent vraiment cette sensation de dériver dans l'espace. The Return est de loin le titre le plus entraînant ici. Venja ramasse tous les éléments de charmes, dont ce synthé siffleur d'harmonies spectrales, ces impulsions de rythme dans des lignes de basse et ces éléments cosmiques, dans une structure qui n'est pas vraiment loin de l'EDM. La mélodie est aussi envahissante que celle de Lifted. Je dirais même que les deux sont assez voisines. C'est un titre qui devrait plaire aux amateurs de Jean-Michel Jarre, Robert Schroeder et Software. Knowhere propose une autre structure ambiante avec un clavier qui sculpte des accords pensifs dans une vision futuriste qui peut faire penser à un Blade Runner. Shapeshifter Revealed

termine cet album avec une structure similaire à la pièce-titre mais dans une très belle enveloppe de down-tempo. C'est aussi bon! Et ce son, ces effets dramatiques que Venja soutire avec justesse des modulations de ses structures de basse ajoutent un cachet très particulier à une musique qui m'a séduite dès la première écoute. Un bel album et une belle surprise, comme c'est souvent le cas avec SynGate!

Sylvain Lupari (14/07/16) *****

SynthSequences.com

Disponible au SynGate Bandcamp

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