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  • Sylvain Lupari

WAVESTAR II: Nightwinds (2018) (FR)

“Il y a beaucoup d'intensité et d'émotion dans cet album, qui au final est un bon d'une MÉ assez accessible et qui vous donnera des frissons à l'âme”

1 Dragon 8:32 2 Eldritch 10:20 3 Majesty 4:03 4 Track of Time 10:00 5 Velocity of Dark 14:18 6 Reprise {For Jack} 7:32 7 Nightwinds 21:51 Groove | GR-246

(CD 76:36) (England School)

Wavestar était un gros nom de la MÉ du style England School dans les années 80. Composé de John Dyson et de Dave Ward-Hunt, le duo réalisait 3 albums dans la foulée de cette émergence d'artistes Anglais qui s'intéressaient de plus en plus aux immenses possibilités de la musique composée et performée par des synthétiseurs et séquenceurs. Après le méga Moonwind, le duo cessait ses activités, John Dyson y allant d’une carrière en solo alors que Dave Ward-Hunt se faisait plus discret. Il a changé d’adresse cosmique en 1999. Flanqué maintenant de Paul Ward et de Stephen Whitlan, John Dyson réanime Wavestar en prenant soin de coller II au célèbre nom qui avait obtenu de très bonnes critiques avec l'album Moonwind, un incontournable dans toute discographie de MÉ de style Berlin School et de ses dérivés. J'ai dégusté et adoré Moonwind! C'est donc avec enthousiasme que j'attendais ce NIGHTWINDS.

Dragon débute comme si on ouvrait un gros donjon. Les gonds grinchant des bruits chaines et puis des pas qui résonnent! Ils soulèvent d'ailleurs autant de nuages de poussières que de prismes et des nappes de synthé qui flottent avec tendresse. Sous ces nappes, il y a une chorale séraphique et des larmes de synthé aiguisées qui accompagnent un cortège d'accords solennels et dont l'approche harmonique nous semble familière. La densité et l'intensité sonores sont très compacte dans cette ouverture et on peine à saisir ce ruisselet de séquences qui miroite sur place. Mais ce n'est pas vraiment important, car toute cette ambiance filmique trébuche dans une phase de quasi-sérénité avec des jets de drones qui ronflent sous des lignes vacillantes de synthé où l'on ne peut dissocier cette empreinte de Tangerine Dream sur la signature de Wavestar II. Et c'était la même chose dans Wavestar sans le II! Un mouvement vif du séquenceur sculpte un rythme ostinato et saccadé où les ions sautillent comme cet habile chef japonais en train de découper sa viande. Si ce rythme est trop vif pour nos doigts, il semble le compagnon idéal pour des solos de synthé qui roucoulent avec autant de fluidité que de musicalité avec ses teintes électroniques et de flûtes sous une rythmique stimulée par de bonnes percussions électroniques. De son introduction très électronique, Eldritch sort des limbes sonores avec un mouvement fluide du séquenceur. Les séquences chevauchent sous une pléthore d'effets, de nappes de voix et de bruits de cloche qui se changent en accords givrés, pour offrir une structure suavement oscillatoire. Le débit gagne en intensité à mesure que les ambiances deviennent plus tragiques. Les percussions qui tombent autour de la 5ième minute amènent une touche plus rock et la vivacité fait contraste avec l'étendue des nappes qui sont nettement plus flottantes. Il y a de bons effets percussifs, discrets mais on les entend, dans ce titre qui propose une finale tout embrumée de ses mystères. Le carillon de séquences qui anime l'introduction de Majesty est tout simplement accroche-cœur! Mais pas autant que la salve de violons qui étend un doux et poignant mouvement lent et ce synthé qui couche une délicieuse berceuse anesthésiante. Difficile de ne pas aimer.

Track of Time est un titre à saveur mélancolique. Son ouverture est faite de violons brumeux, jetant une ambiance sombre. Une ligne de basse s'ajoute et ses mouvements rampant donnent une structure lente, quasiment agonisante, où se déposent de belles nappes plus mélodieuses. Un séquenceur sort de ces brumes après les 3 minutes pour forger une structure de rythme à la Tyger, servant de base à la guitare de John Dyson et à ses solos nostalgiques. Le mouvement prend de l'ampleur après les 6 minutes, plongeant Track of Time dans un rock pas compliqué où la guitare sonne très David Gilmour. Velocity of Dark propose aussi une ouverture tout en mystère avec des nappes de brumes et des couches de synthé dont les couleurs pastel ondoyantes tissent une ambiance sibylline. Une ligne de chœur ajoute plus de profondeur aux multiples effets de synthé. C'est de ces voix qu'émerge une ligne de séquences qui palpitent de ses tonalités cristallines. Si ces séquences s'agitent avec vivacité, la ligne de basses pulsations qui se greffent fait contrepoids en sculptant une approche plus furtive. Comme une danse de pas-de-loup! Velocity of Dark devient plus vivant à l'aube de ses 8 minutes. Les percussions jettent une bonne dose de rock électronique qui sert la cause à de beaux duels très, mais très, harmonieux de solos entre deux synthés. La finale de ce titre va vous jeter par terre! Les arrangements sont puissants et la texture sonore qui envahit nos oreilles est incroyablement bien orchestré. J'ai eu des frissons! Je ne sais pas qui est Jack, mais la musique qui lui ai dédié dans Reprise {For Jack} est d'une dose d'émotivité à faire pleurer un mur. Tout d'abord, les orchestrations! On dirait que Wavestar II s'abreuve des arrangements qui donnaient la chair de poule dans Canzone, un titre qui figure dans le mystérieux album The Keep par Tangerine Dream. Construite sur des arrangements poignants, la musique coule avec ses multicouches d'orchestrations, jetant ses passages attendrissants en s'accrochant peu à peu à des parfums bucoliques où l'on reconnaît cet hymne Écossais; Auld Lang Syne du poète Robert Burns (Ce n'est qu'un Au Revoir). Dramatique et poignant! La longue pièce-titre se veut être la pierre d'assise de cet album retour de Wavestar. Construite selon les normes artistiques de ces longs titres, l'introduction est d'orchestrations et d'effets mystiques. Et les orchestrations dans cet album sont conçues afin de bien sonder notre seuil d'émotivité. Le mien étant assez fragile, j'ai encore eu des frissons à l'âme. Et c'est devenu pire lorsque qu'un piano électrique dessine une mélodie circulaire, une ritournelle hypnotique qui sert de lit harmonique aux vapeurs d'une guitare errante de ses tendres et beaux solos vaporeux. Pas trop long comme passage, Nightwinds adopte la forme d'un down-tempo lascif aux portes des 10 minutes. Un slow pour romantiques et rêveurs! La guitare lance des jets acuités afin de bien remuer le bassin de nos émotions. Le tout s'arrête deux secondes avant les 12 minutes. C'est alors que des orchestrations, genre celles qui ont ouvert Reprise {For Jack} réorientent la structure afin de la plonger dans une phase musique de films pour émotions chamboulées avec des orchestrations abruptes et denses ainsi que des nappes de voix grégoriennes. Ce bref passage lance un jet de cacophonie qui reste à expliquer et qui me rend un peu perplexe. Pourquoi tant de violence après une telle ouverture et surtout avec les douceurs qui précèdent et qui conduisent ce long titre vers une finale toute électronique? Mais d'un point vue musique et orchestrations, mes Totem se sont régalés!

Il y a beaucoup d'intensité et d'émotions dans ce NIGHTWINDS qui au final est un bel album de MÉ assez accessible et qui vous donnera des frissons dans l’âme en raison de ses imposantes orchestrations, donnant par moments une profondeur de rock électronique symphonique à cet album retour de John Dyson. En fait, c'est un album qui ressemble plus à JD que Wavestar. En fait, c'est un album qui ressemble plus à JD que Wavestar. J'ai trouvé qu'il y a un profond écart entre ce NIGHTWINDS et Moonwind. Et c'est bien correct puisqu’il s'agit d’un album de Wavestar II et que John Dyson entend donner une direction plus contemporaine à son projet tout en immortalisant le nom de son défunt comparse, Dave Ward-Hunt. Du bon et beau England School.

Sylvain Lupari (30/04/18) *****

SynthSequences.com

Disponible chez Groove NL

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© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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