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  • Writer's pictureSylvain Lupari

Bernd-Michael Land Begegnungen (Ich sehe dich) (2023) (FR)

Malgré son haut niveau d'hétéroclisme, c'est un album tout simplementépoustouflant

1The Golden Light 7:59

2 Ma yen wa 3:30

3 Synchronism 7:24

4 Metal Art-E-Fact 2:78

5 Augen | Blick 6:55

6 Polarization 6:30

7 Fragment 7:33

8 Resonator 4:22

9 Momentum 3:46

10 Prism 7:25

11 Babylon 4:22

12 Klang | Strukturen 7:12

13 Fractals 4:51

(CD 73:57)

(Experimental E-Rock Berlin School)

En ces années où il se fait de moins en moins de CD manufacturé. Où la grande majorité des œuvres musicales est proposée en format téléchargeable uniquement. Il reste encore des artistes pour qui la dimension artistique reste au cœur de leurs préoccupations. Bernd-Michael Land en est un! Dans une qualité sonore exceptionnelle pour un album aux dimensions aussi poussées dans des univers portées sur l'hétéroclisme, le magicien de Rodgau-Hainhausen en Allemagne livre un solide album en ce BEGEGNUNGEN (Ich sehe dich), traduire Rencontres (Je te vois). Comme avec Humano:Id – Visionen, ce nouvel album propose 13 titres, qui ont peu en commun, pour une distance de 74 minutes. Le CD est aussi accompagné d'un livret de 24 pages qui contient de précieuses informations sur la musique, ainsi que les paroles de Ma yen wa. D'ailleurs, ce titre chanté en Ewondo démontre toute la portée des genres qui habite les dimensions d'un album qui combine autant la Berlin School que le rock teutonique et la musique électronique (MÉ) expérimentale. C'est un peu comme ces rencontres fortuites où les conversations ont bien souvent ni queue ni sens! Et comme avec Humano:Id – Visionen nos oreilles ont besoin de temps et d'écoutes, quoique certains titres rentrent très bien dedans, pour nous familiariser avec cet univers en constant mouvement, et ce même à l'intérieur d'enveloppe-temps plutôt courte, et qui est sujet à de bonnes turbulences soniques.

Une courte tempête de turbulences électroniques est à l'origine de The Golden Light. Une onde de mélodie s'en détache avec un clavier qui étend un voile de mélancolie. Le mouvement est circulaire mais de nature méditative. C'est une délicate ballade où se greffent des effets sonores d'une autre génétique électronique, notamment autour des 3:30 minutes où le clavier perd sa mélodie dans les fredonnements d'une nappe de brume et de voix éthérées. On dirait une forme de dialecte organique-cyborg. La mélodie reprend son air d'aller quelques secondes plus loin. Si d'étranges ronflements rôdent autour, elle est plus cadencée avec un mouvement ascendant d'une ligne de basses séquences. Le clavier laisse choir des accords gras et résonnants, dans une finale qui se veut légèrement plus dramatique. Ma yen wa est un titre qui met en relief la voix du chanteur camerounais Amourel Marius Tsogo. C'est plus une récitation d'un poème dans la langue maternelle du chanteur. Si l'ouverture m'a froissé les tympans, le reste du titre coule assez bien. Mais ce n'est pas mon meilleur titre dans BEGEGNUNGEN (Ich sehe dich)! Synchronism suit avec un rythme électronique sautillant qui est rempli de résonnances, de séquences alternatives et d'effets sonores qui sonnent comme des gargouillis. La ligne de basses pulsations dirige ce rythme sur lequel des arpèges cabriolent avec une lointaine texture harmonique. Le synthé fait rouler des roucoulements de rossignol électronique sur cette structure généreuse de flux du séquenceur et des tonalités contrastantes de ses ions sauteurs. Assez difficile à apprivoiser, Metal Art-E-Fact est un titre atmosphérique plus expérimental avec une armada de tintements qui virevoltent et résonnent dans une atypique chorégraphie sphérique qui se fait happer par de lourds vrombissements industriels autour des 90 secondes. Ça devient un titre sombre, quasiment cacophonique, avec des effets sonores de jeu vidéo, galactiques et organiques. Augen | Blick suit avec un bon jeu du séquenceur où les ions sauteurs font des cabrioles dans une chorégraphie rythmique plus attrayante pour les neurones que les pieds. Bernd-Michael Land a l'art de conjuguer différentes textures de rythmes qui finissent par converger en quelque chose d’attrayant pour les oreilles. Ici, le rythme sautille comme trace des zigzags harmonieux qui deviennent des boucles hypnotiques. Le musicien crée des mutations dans le langage de ses séquences rythmiques tout en ajoutant des scintillements d'étoiles ici et là, quelques pépiements aviaires ainsi qu'une onde de basse, délicieusement sournoise, qui donne plus de profondeur à ce délicat mouvement de spasmes mathématisés. Profondément touchant, Polarization est belle mélodie ambiante avec des accords qui tombent en dégageant un timbre de mélancolie qui larmoie secrètement dans ces vapeurs bleutés qui se sont échappées du synthé. Des nappes qui sonnent comme l'aspect dramatique d'une orgue ne font rien pour endiguer la texture très nostalgique des ambiances. De leurs résonnances émergent un très beau mouvement linaire du séquenceur dont la tonalité de guitare acoustique, ou de harpe, sculpte une rêverie à faire fondre notre âme. Un très beau titre dans cette constellation d'étrangéités qui ornent ce fascinant album qui commande plus qu'une écoute avant de trouver ses charmes. Et Polarization en est une belle preuve!

Un autre solide titre qui évolue plutôt bien dans sa courte enveloppe de temps, Fragment s'extirpe de sa nappe de brouillard orchestral et les divers formes de cliquetis qui la perce pour prendre racine sur une formule rythmique triphasée. Il y a d'abord un ample mouvement d'une nappe de basse qui monte et descend avec une fascinante texture d'ogre affamé. Des percussions arriment correctement cette approche qui tire vers le Groove et le séquenceur délie une ligne qui coule par à-coups. Ces éléments disparates créent une confusion dans les genres rythmiques; du Groove, du rock ou du Berlin School? Une confusion tout de même assez musicale qui devient en symbiose avec les bribes d'harmonies qui sont de nature tout autant dissonantes. Solide et invitant à la danse, Fragment peut rivaliser aisément avec les rythmes Groove de Robert Schroeder dans un même niveau de créativité. Dans la même veine que Metal Art-E-Fact, Resonator est du type plus expérimental avec des échantillonnages de bruits industriels et du collage de textures sonores qui rejoint plus les dimensions abstraites de Pete Farn. On est pas dépaysé puisque certaines de ces structures effectuaient des raids expérimentaux dans Humano:Id – Visionen. La première partie de Momentum est plus de nature ambiant expérimental avec de belles nappes de mellotron qui planent paresseusement sur un univers de fluctuations sonores dépareillées. Une séduisante structure Berlin School émerge du séquenceur vers le dernier tiers du titre. Le mouvement est fluide et entraînant, tout en contraste avec la lente approche méditative de l'ouverture. Prism suit avec un rythme vif et sec. Un rythme qui fait très Tangerine Dream dans une autre enveloppe sonore toujours riche de ses couleurs et ses effets. Le mellotron fait glisser des orchestrations nébuleuses, comme légèrement séraphiques, sur ce rythme qui se développe en un bon rock teutonique à la Düsseldorf School. La finale nous réserve des accords qui grondent et irradient du métal organique. Un croisement entre Kraftwerk et Tangerine Dream dans une enveloppe tonale plutôt sci-fi. Créatif jusqu'à la fin ce Bernd-Michael Land! Babylon est un autre titre atmosphérique expérimental avec un cachet plus cinématographique. La tonalité est très mécanique-industrielle avec des lames et des ondes de synthé qui percent les tympans. On y décèle des effets de voix, organiques comme cyborgs, dans le tintamarre des mugissements et des vrombissements métalliques. Un excellent titre qui allie le Berlin School et une MÉ plus progressive, Klang | Strukturen débute avec très bon Berlin School avec des mouvements entrecroisés du séquenceur qui sculpte un rythme circulaire avec un léger axe zigzagant. On y entend des bruits de train à vapeur sur cette structure où se greffent différents cliquetis organiques. Le rythme prend une tangente plus dynamique assez tôt dans le titre. C'est le moment choisi pour que le synthé émerge afin de nous faire entendre de très bons solos sur de savoureuses modulations rythmiques. Les ambiances me font penser à du très bon Synergy dans sa période 76-79. Nous restons dans la formule des rythmes entraînants avec Fractals et son ossature circulaire d'un séquenceur qui y colle des pépiements organiques séquencés. Le titre a beau être court, il privilégie encore ces mutations rythmiques du séquenceur et la prolifération d'effets sonores sur ce rythme où les martèlements sourds des percussions ajoutent une dimension plus chtonienne.

Je sais que la chronique est déjà très longue. Donc, je conclus en disant que BEGEGNUNGEN (Ich sehe dich) est un album tout simplement époustouflant de Bernd-Michael Land!

Sylvain Lupari (14/09/23) ****½*

Disponible sur le site Web de Bernd-Michael Land

(NB : Les mots en bleu sont des liens sur lesquels vous pouvez cliquer)

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