• Sylvain Lupari

ERIK SEIFERT & JOSEF STEINBÜCHEL: Softlock (2014) (FR)

Sorti de nulle part et plein de charmes, Softlock est un sacré bon album qui séduira tous les fans de TD, de Software et de MÉ en général

CD 1 (46:52) 1 Neutral Density 4:59 2 Chyron 9:19 3 Interpolation 6:21 4 Gamut 12:06 5 Lossless 5:26 6 Anamorphic 8:40 CD 2 (50:30) 1 Reverberation 2:51 2 Motion Artifact 7:57 3 Timelapse 5:21 4 Phase Shift 9:31 5 Fresnel 3:16 6 GPRM 12:15

7 Softlock 9:18 MellowJet Records |  CDr-ss1501

(2 CD/DDL 97:22) (Berlin School)

C'est assez rare qu'un album, de son entier, accapare mes oreilles de la façon dont SOFTLOCK les monopolise depuis une couple de jours. Dans son enrobage sonore qui allie les influences de Software, pour les effets sonores cosmiques ainsi que les arrangements très astraux, de Pink Floyd, pour les bruits psychédéliques, et de Tangerine Dream pour le jeu des séquences, les structures de rythmes noires progressives ainsi que le Mellotron aux arômes de flûtes très aérés; SOFTLOCK est une véritable claque sur la gueule! Cet album qui est paru initialement en 2014 sous la forme de clé USB était assez difficile à trouver jusqu'à ce que MellowJet Records se mêle du dossier. Et depuis décembre 2015, ce double album qui réunit deux membres de Triple S est maintenant disponible pour une distribution plus large. Malgré un beau maillage de styles et d'influences, SOFTLOCK est assez loin de l'approche très rock électronique de Poles dont la guitare de Maxxess dominait largement la musique de cet album. Ici le duo Erik Seifert et Josef Steinbüchel couche une ambiance très électronique cosmique avec de superbes ambiances enveloppantes qui nous conduisent à des rythmes, tantôt ambiants et tantôt entrainants mais toujours très séduisants pour les sens.

Et cette riche aventure sonique débute avec calme et sérénité. Neutral Density met nos oreilles en appétit avec des vagues orchestrales mélodieuses où grondent des bourdonnements noirs qui inondent la toile de fond. Des bruissements de voix et d'effets cosmiques recouvrent aussi ces ambiances qui dérivent tranquillement vers Chyron. Un premier mouvement de séquences secoue la torpeur morphique avec une structure vive qui est finement hachurée par des boucles oscillatrices des séquences basses. L'effet nous plonge dans l'ère Stratosfear avec un très beau Mellotron qui éparpille ses harmonies flûtées parmi les débris ornementaux des riffs de claviers et des effets psychédéli-cosmiques à la Pink Floyd et Tangerine Dream des années 70. Même si vif, le rythme est dans le genre ambiant-flottant avec des retenues dans les élans qui sont dominés par les harmonies flûtées d'un Mellotron dominant ici. Les 13 titres jouent à la chaise musicale entre ambiances pures et rythmes délicieusement croissants. Ainsi, Interpolation est un long titre ambiant avec un synthé aux larmoiements saisissants qui respire un peu la douce mélancolie de Vangelis. Gamut reprend la route des rythmes atypiques avec un autre superbe jeu de séquences à la Phaedra où les ions dansent de façon saccadée dans les ombres d'autres séquences plus fluides et plus métallisées. Le mouvement est entraînant avec des cognements secs qui séduisent le champs d'intérêt pour ces rythmes électroniques si difficile à décrire. On roule du cou on tape des doigts et même du pied sur ce rythme aussi sec que fluide qui reste prisonnier d'une intense faune sonique dont le principal atout reste sa large traînée de brume où fredonne des anges perdus. Après le sombre et venteux Lossless et ses explosions qui éraflent des larmes d'un synthé toujours en mode nostalgie, Anamorphic accroche nos oreilles avec une étonnante structure de rythme qui éveillera pour à coup sûr une envie incontrôlable de se taper Poland de Tangerine Dream. Le synthé y est vampirique avec des harmonies spectrales qui pleurent sur cette structure de rythme qui a tant fasciné les amateurs du genre en 1984 et où se noie des influences de Jarre sur les percussions. Superbe!

Le 2ième CD débute sur une note autant ambiosphérique avec les lugubres ambiances de Reverberation. Motion Artifact débute avec une structure de rythme flottant qui est doucement embrasé par les pulsations de séquences basses et les cliquetis de percussions métronomiques afin d'épouser une structure rythmique motorique. Riches, les ambiances sont gorgées de nappes stellaires où s'échappent des filets de voix célestes et de fascinants cerceaux stroboscopiques. Les effets de synthé sont plus riches ici alors que le Mellotron se fait plutôt discret. Timelapse un titre ambiant riches en ambiances Vangelesque avec des notes de clavier qui se torturent les esprits sous un sanctuaire de larmes et de songes puisés dans un synthé repentant. C'est le genre de musique que l'on ne voyait pas venir... Phase Shift nous amène dans les terres de musique cosmique à la Jean-Michel Jarre. La musique est ambiante et ornée d'effets sonores très Oxygene et Equinoxe sur une toile de fond brodée dans le drame avec un lourd effet de réverbérations sourdes et noires. Une figure de rythme rampe vers le haut autour de la 3ième minute. Les séquences basses s'animent en petit cercles serrés qui sont cajolés par des élytres d'acier alors que leurs ombres soutirent les percussions robotiques de leur zone de silence. Le tout fini par donner un rythme vivant qui monte et descend, berçant une mélodie spectrale qui ondule de ses charmes vampiriques dans de beaux effets cosmiques. Fresnel est un titre court mais efficace au niveau des ambiances très sombres et cinématographiques. GPRM est la 3ième grosse claque de SOFTLOCK où des harmonies aussi plaintives que dans Anamorphic coulent leurs larmes dans une structure de rythme sphéroïdale qui nous fait penser tellement au meilleur de Software. Superbe! La pièce-titre termine ce surprenant SOFTLOCK avec une muraille d'ambiances aussi relevées que du Vangelis dans sa période obscure. Les voix grégoriennes astrales jettent un voile angoissant sur ce long titre ambiant qui conclut avec panache l'un des très bons et beaux albums de MÉ contemporaine à voir le jour depuis belle lurette. À recommander sans fautes.

Sylvain Lupari (03/09/16) ****½*

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Disponible au MellowJet Records

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