• Sylvain Lupari

FRATOROLER: Chez Ricco (2013) (FR)

Updated: Nov 18

Chez Ricco nous ramène là où Looking Forward nous avait laissé sur notre appétit avec un album rempli de ces ambiances vintage

1 Origami1 9:47

2 Chez Ricco 19:18

3 Prismagenta 7:37

4 Violet Hour 18:30

SynGate | CD-r FR03

(CD-r 65:12)

(Psychotronic Berlin School)

Je suis toujours impressionné lorsque l'on réussit à s'introduire dans le temps et à défricher des vieilles souches pour en extraire les semences oubliées. Refaire du vieux avec des visions plus originales! C'est le défi auquel s'attaquent avec brio Thomas Köhler et Frank Rothe depuis qu'ils ont lancé Reflections en 2010. Navigant sur les turbulentes eaux de Looking Forward, Fratoroler revient hanter nos oreilles avec une autre fabuleuse intrusion dans les couloirs du temps où Tangerine Dream était maître de nos écouteurs. CHEZ RICCO reprend là où Looking Forward avait déserté notre appétit avec un album divisé entre ses rythmes noirs et ses ambiances nébuleuses. Un album où les structures évolutives empruntent des couloirs soniques et rythmiques d'un Berlin School sauce Tangerine Dream plus contemporains.

Et c'est ainsi que des airs un peu brouillons d'une mélodie genre Tangram ouvrent le très évolutif Origami. Dès les premiers accords, dont la musicalité résonante reste suspendue dans le vide, Origami étend son intro où gravite une nuée de tonalités embrouillées dans des arômes orientales. C'est là qu'une série de notes flûtées tintent comme un souvenir de Tangram. L'air est délicieusement camouflé dans un épais duvet d'harmonies contrastes qui rôdent dans une séduisante mosaïque un brin cacophonique tandis que le rythme incertain de Origami fait trembler ses pas sournois. Et c'est l’abîme! Avec des vents sibyllins qui soufflent les ténèbres, Origami étreint déjà sa 3ième peau dans une atmosphère électronique où suintent des lignes ocrées, pépient des tonalités organi-cosmiques, tambourinent des percussions égarées et finalement pleure un piano aux timides notes volées aux nébuleuses ambiances poétiques de Tangram. Nous sommes à l'aube des 8 minutes et Origami affiche toujours son embryon sonique qui se déploie en tout sens sans véritablement pousser pour son rythme. Et c'est deux minutes plus tard, avec des séquences qui palpitent lourdement, que ce rythme s'installe. Il tressaille de ces séquences hyperactives qui s'acoquinent avec une ligne de rythme plus mélodique. Nerveux et fébrile, le rythme étend une couche sphéroïdale, attendant d'autres séquences qui tambourinent vivement à contre-courant (oui, ça sonne comme du Franke) alors que les synthés, très discrets jusqu'à présent, époumonent leurs chants et solos en d'oblongues torsades nasillardes qui survolent une violence rythmique constamment refoulé aux portes de la frustration. Les minutes passent et Origami ne se fera pas violence rythmique, préférant plutôt replonger dans ses ambiances nébuleuses, et aussi un étonnant intermède un brin jazzé (j'entends Force Majeure) dont les limites entre le rythme et ses ambiances sont très ténues. Et vers la 16ième minute, le titre embrasse sa 5ième peau avec deux lignes de séquences, une pataude et une autre plus mélodique, qui s'entrecroisent et forment un rythme dont les amples oscillations sautillent sous des chants de synthé aux arômes plus angéliques que symphoniques, scellant 20 minutes aussi indomptables qu'insaisissables.

La pièce-titre emprunte la même mosaïque évolutive que Origami, mais avec une approche nettement plus féroce. L'intro est forgée dans un lit de nébulosité avec des chœurs aux harmonies sibyllines qui fredonnent sur une lente marche funeste et son rythme incertain qui palpite sourdement dans les tintements d'une mélodie rêvant au gré de ses accords espacés. Un lourd grondement secoue les ambiances et fait basculer la nébuleuse marche de Chez Ricco vers un puissant rythme noir où des séquences lourdes alternent leurs pas dans une allégorie rythmique des belles années vintages de la Berlin School rétro. C'est noir et c'est puissant. Et ça se termine par où les ambiances du Dream des années Logos à Poland avaient déjà flirtées. Vient ensuite la deuxième partie de CHEZ RICCO qui présente un volet plus atmosphérique. Après un titre richement ambiosphérique en Prismagenta, Violet Hour présente un rythme linéaire qui tambourine dans de denses sphères soniques aux ambiances aussi sombres et qu'apocalyptiques, replongeant l'auditeur dans les morphiques étreintes de Looking Forward.

Sylvain Lupari (02/01/14) *****

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Disponible au SynGate Bandcamp

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