• Sylvain Lupari

GRÜM~PÉ: The Danger In Dreams (2020) (FR)

Deux heures de pur bonheur sur des rythmes endiablés sur des structures polymorphes

1 Crossing Etherwaves 11:22

2 Unknown ETA 23:42

3 For Keith... 27:15

4 There is a Danger In Dreams 12:38

5 Bacillus Extremis 17:49

6 The Tyranny of Distance 11:17

7 A Sepulchre on Ruined Ground 15:48

8 Circling the Universe, Forever... 7:20

Grumpe Music

(DDL 127:16)

(Berlin School)

Un vif mouvement d'une ligne de basses pulsations propulse avec force Crossing Etherwaves entre nos oreilles. Jouant sur de fines ondulations à peine perceptibles, le rythme monte et descend en proposant une autre ligne de séquences plus harmoniques qui scintille comme le jeu d'un xylophoniste frappant ses lames avec frénésie. Déjà, la présentation de Grüm~Pé est sans équivoque! Le séquenceur emprunte cette voix très Tangerine Dream du début des années 70 avec une belle palette de tonalités qui ajoute une profondeur autant rythmique qu'atmosphérique et musicale à ce gros rock électronique habillé des armoiries du Berlin School. Le rythme est violent et soutenu avec son effet de miroir qui emprunte une autre tangente sonore. Ses basses séquences sont juteuses avec un élément organique dans son effet élastique. Gardant le cap, Maurice Gallagher joue de finesse à donnant de belles courbes ascendantes à son rythme tout en lui enlevant, le temps de quelques secondes, ses effets scintillant, accentuant encore plus cet effet d'ondulation qui se transforme en de vifs papillonnements cristallins. Sur cette armada de séquences frénétiques, Crossing Etherwaves traverse un pont atmosphérique une 15zaine de secondes avant sa 8ième minute. Isolées et dans un mouvement qui n'est pas sans rappeler Ricochet, les séquences limpides virevoltent et papillonnent tout en suivant un corridor ascendant le temps de s'arrimer, quelques 40 secondes plus loin, à une autre puissante ligne de basses séquences qui débutait secrètement son ascension.

Comme un bon consommateur de musique électronique (MÉ) orientée sur le style Berlin School, mes yeux se sont rivés à un message de Grüm~Pé sur la page Facebook de Synth&Sequences lors d'un vendredi Bandcamp, un évènement où les musiciens encaissent au complet les résultats de leur vente. Déjà auréolé du titre accrocheur THE DANGER IN DREAMS (dites-le vite dans votre tête), cet album-téléchargement promettait une compilation de titres dynamiques, palpitants et axés sur le séquenceur du style Berlin School. Et pour Maurice Gallagher, il s'agit d'une excellente introduction à la musique de Grüm~Pé. Ce que le musicien-synthésiste de Cumbernauld, Angleterre, omettait d'écrire était la durée de cette invitation, 127 minutes et des poussières. Mes amis, ça c'est beaucoup de MÉ! Dans un style qui s'apparente à son album A Strange Uncertain Light, réalisé l'an dernier sur Cyclical Dreams, Grüm~Pé tient parole en proposant rien de moins que 2 heures de pur bonheur de rythmes endiablés sur des structures polymorphiques, mis à part pour le très cosmique Circling the Universe, Forever... Pour les reste, ce 2 heures de MÉ renferme une panoplie de rythmes convulsifs et d'explosions rythmiques fournies par un séquenceur qui aime alimenter une panoplie de lignes s'entrecroisant dans des carrefours rythmiques qui sont l'apanage de cette MÉ où nos oreilles payent un lourd tribu pour les rares moments de sérénité. Les ambiances du Cosmos alimentent les premières minutes du long Unknown ETA qui proposent aussi des orchestrations lunaires à faire dériver nos pensées. D'ailleurs, le pas d'une batterie électronique structure un downtempo très lunaire à travers la densité azurée de ces orchestrations pour un court moment avant que les atmosphères cosmiques du ne reprennent le dessus. En fait, il faut attendre une 30taine de secondes après la 8ième minute pour entendre deux lignes de rythme se confrontées dans une texture légèrement spasmodique. Unknown ETA clopine ainsi et tressaille sur cet enchevêtrement de séquences qui virevoltent sans élan et qui peu à peu se regroupent autour des percussions électroniques. Des nappes de voix chtoniennes enveloppent ce passage qui vit sur les ruades des séquences avant de se transformer en un rock électronique remplit d'effets cosmiques, de lames de synthé sombres à la Vangelis sur une structure à faire ruer nos neurones. Du haut de ses 27 minutes et de son ouverture un brin dramatique, For Keith... nous entraîne vers un autre niveau. Vrai que son ouverture est sombre avec des vents ululant de peine. La touche est toujours cosmique, un peu comme si Keith résidait maintenant dans les étoiles. Un très beau mouvement d'arpèges séquencés dans les couleurs de prisme argenté se mettent à tinter après la 3ième minute. De somptueux solos de synthé en enrobent cette cadence à naître avec des élans passionnés, mettant en second plan la naissance d'un rythme qui zigzague de ses entrecroisements entre les mouvements du séquenceur. Une autre ligne s'ajoute en parallèle. Cette première combinaison de rythmes amène une structure qui vacille toujours sous le poids de ces immenses solos de synthé aux harmonies pleureuses. For Keith...atteint une première zone atmosphérique après la 12ième minute. Le rythme qui est ressort est plus vigoureux, mais toujours étouffé par le poids de ce synthé morose qui pleure ses solos et qui crie ses émotions dans une texture où la rage et la douleur se côtoient sur une structure de rythme qui cherche toujours à se justifier. La 20ième minute amène une zone de turbulences où sortira un rythme pleinement bondissant sous des solos et des effets brumeux d'un synthé qui renoue avec une forme de sérénité. Disons que ces 2 derniers titres, plus complexes, sont de taille avec le toujours impressionnant A Strange Uncertain Light.

Autant Crossing Etherwaves a ouvert THE DANGER IN DREAMS avec force, autant il en est de même avec la pièce-titre qui déroule une structure du séquenceur qui nous rentre sa panoplie de séquences entre nos oreilles étonnées par autant de diffusions et de rayonnements sonores. Ce mouvement frénétique du séquenceur est pareil à observer la course de centipèdes affamés en accéléré. Une ligne de basse fait courir ses ondulations sur cette féérique danse des séquences, donnant ainsi un pouvoir musical à ce violent exercice du séquenceur. Après une ouverture d'usage, Bacillus Extremis fait rugir ses synthés avant de nous entraîner dans une spirale de rythme nourrie de basses séquences bondissantes et d'effets de cliquetis métalliques cuivrés. La structure est plus dynamique que dans For Keith... tout en étant gavé d'autres succulents solos de synthés qui aiment élargir les horizons ténébreux de ce Berlin School statique avec des nappes de brumes chtoniennes. Moins violente, l'ouverture de The Tyranny of Distance s'apparente à celle de There is a Danger In Dreams avec des tourbillons de lignes de synthé qui structurent un rythme nourrit par ces boucles défilant à vive allure. L'effet donne une figure rythmique qui sautille dans une vision finement stroboscopique qui se fait aspirer par l'éclosion d'une ligne de basses pulsations quelques 3 minutes plus loin. Son galop s'accroche à la vitalité des percussions et des cliquetis percussifs, structurant un rythme trop rapide pour les pieds à moins de faire dans du transe. Ici comme partout dans cet album, Grüm~Pé orne sa structure d'additifs et d'effets sonores qui rend une écoute éveillée par cette avalanche d'arpèges, de sons et de séquences à sortir de cette chevauchée rythmique ornée d'une ligne de séquences qui se dandine dans une innocente ribambelle magnétisante. J'aime l'ouverture de A Sepulchre on Ruined Ground et son rythme pulsatoire sous une dense couche de brume intrigante. Le mouvement d'alternance du séquenceur fait sautiller le rythme d'une oreille à l'autre tout en prenant soin de lui donner un lustre moiré afin de découper un peu plus le plaisir auditif. La brume devient une texture criarde alors que le rythme affiche un galop qui ne se peut plus de se contenir dans cette ambiance étouffante où l'horreur chante dans nos oreilles. Toujours en accélérant, et la tonalité comme sa puissance, le rythme fait des bonds élastiques qui bondissent toujours plus vite dans un titre qui s'enrobe d'une parure berbère dans une MÉ tribale. Tant dans le rythme que les ambiances et les mélodies du synthé. Imaginez maintenant un titre tel que Circling the Universe, Forever... et vous obtenez exactement ce à quoi vous vous attendiez! Oui, beaucoup de mots pour beaucoup de grosses minutes de MÉ séquencée en mode Berlin School dans cet imposant album-téléchargement qu'est THE DANGER IN DREAMS. À déguster les oreilles grandes ouvertes!

Sylvain Lupari (28/05/22) ****¼*

SynthSequences.com

Disponible au grum~pe Bandcamp

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